LES RESSOURCES MONDIALES EN PÉTROLE
Les ressources mondiales en houille, sans être théoriquement illimitées comme celles de fer, atteignent cependant (et cela dans les conditions actuelles de la pratique) des chiffres tels que, pendant longtemps, l'humanité n'aura pas à craindre leur disparition.
On ne saurait en dire autant d'une autre substance minérale à origine très probablement aussi organisée, dont le rôle dans la civilisation moderne s'accroît aujourd'hui très vite et dont les réserves s'épuisent à vue d'œil avec une rapidité trop manifeste. Les champs pétrolifères sont essentiellement éphémères et durent souvent d'autant moins qu'ils donnent d'abord des résultats »plus brillants. Il y a tout juste un demi-siècle que l'on utilise les huiles minérales, et l'on ne peut pas affirmer que, daus un autre demi-siècle, il. en existera encore. Quelques chiffres vont le démontrer.
Épuisement rapide des États-Unis. — - Prenons d'abord le grand bassin des Appalaches, qui a été, jusqu'ici, le plus important reconnu dans le monde, et qui paraît aussi le plus régulier. Le pétrole y a d'abord été exploité dans la Pensylvanie et l'Etat de New- York. La production de ces deux Etats (le second contribuant environ pour un douzième) est montée de 8 à 30 millions de barils entre 1874 et 1882 ; puis elle a commencé à baisser. En 1891, on l'a vue remonter momentanément à 33 ; mais, en 1905, elle n'a plus été que de 11. Le sud-est de i'Ohio depuis 1886, la Virginie occidentale depuis 1891, sont venus compenser cette baisse par une production d'abord rapidement croissante; cependant, la Virginie, qui avait dépassé 16 millions de barils en 1900, est retombée progressivement à 11 en 1905; dans le sud-est de I'Ohio, où l'on avait atteint 5,5 millions de barils en 1900, on est retombé à 5. Pour l'ensemble du bassin des Appalaches, 36 millions ont été un maximum en 1900 ; en 1905, on n'a plus eu que 29, et la baisse semble actuellement aller en s'accélérant.
En même temps, la profondeur des sondages s'est rapidement accrue. Dès 1880, on ne puisait plus dans les deux niveaux supérieurs rencontrés d'abord en Pensylvanie, et tout le pétrole extrait Tenait du troisième. La production moyenne des puits dans un district s'abaisse bientôt, après avoir d'abord augmenté, pendant Tessordu district, jusqu'à un point maximum. Ainsi, dans le riche district de Bradford, uo puits moyen produisait par jour plus de 12 barils en 1898 ; il n'en produisait plus que 3,4 en 1904. Ailleurs, la décadence a été bien autrement rapide, surtout dans les districts à puits jaillissants qui donnent, pendant quelques jours ou quelques semaines, des résultats extraordinaires, mais épuisent très vite les réservoirs intérieurs. La fortune du Texas n'aura été qu'un feu de paille. On y a vu, en juin 1905, le seul district de Humble donner 3.500.000 barils de pétrole : chiflfre qui n'avait encore jamais été atteint par aucun champ pétrolifère américain. On était tombé à 8.000 en février 1906. Le groupe du Texas et de la Louisiane, dont l'essor date seulement de 1902, était monté à 40,6 millions de barils en 1905 ; il est retombé à 19,7 en 1906.
Baisse de la Galicie et du Caucase. — On a retrouvé, en plus petit, le même phénomène dans les champs pétrolifères de Galicie. Boryslav, dont la vogue date de 1900, est déjà presque fini. Au Caucase, à Bakou, l'irrégularité des puits est classique. La profondeur moyenne des puits, qui était de 60 mèferes en 1877, a dû s'accroître jusqu'à 150 en 1885 ; en 1904, elle variait, suivant les quartiers, de 264 (Balakhany) à 490 (490 à Bibi-Eybat, 445 à Romany); en 1906, elle a
atteint 534 à Bibi-Eybat. La production moyenne par puits et par jour était de 115 barils en 1892 à Balakbany ; elle est tombée à 38 en 1904. Dans la même période, elle est descendue de 625 à 279 à Bibi-Eybat et de 760 à 180 à Romany. De 1896 à 1906, les rendements ont été réduits en moyenne dans la proportion de 3 à 1. En même temps, le pourcentage des forages abandonnés a monté de 16 7© à 40 "^/o. Augmentation de profondeur, diminution de débit par puits, proportion croissante des puits stériles sont des phénomènes trop évidents. .
L'avenir du pétrole : Approfondissement et champs nouveaux. — Il n'est pas besoin, je crois, d'insister davantage pour montrer la nécessité où Ton se trouve, dans les districts pétrolifères, d'approfondir d'abord de plus en plus, puis assez vite d'abandonner. Dans quelle mesure pourra-t-on approfondir, c'est là un point capital sur lequel on n'est pas encore fixé. Jusqu'ici, presque partout, les tentatives faites, d'abord avec timidité ou scepticisme, puis avec une hardiesse croissante, ont donné des résultats d'autant meilleurs qu'on s'enfonçait davantage. Cela ne pourrait continuer longtemps que si le pétrole avait une origine éruptive et interne actuelle, qui paraît peu vraisemblable, et qui, notamment, concorde mal avec ce si général épuisement de ses gisements. Sinon, on doit arriver au terme, sans même faire entrer en ligne de compte les frais et les difficultés croissantes des sondages, dont la limite actuelle est le sondage au diamant de Paruschowitz,.à2.003 mètres.
Reste la substitution de champs nouveaux aux champs épuisés. Dans cet ordre d'idées, il est certain
qu'il y a partout beaucoup à faire, en particulier aux États-Unis, où d'assez nombreux districts reconnus attendraient, dit-on, leur mise en valeur. La nécessité, quand on veut trouver le pétrole, d'aller le chercher par des sondages profonds, pour lesquels il existe souvent fort peu d'indices à la superficie, laisse supposer qu'il existe, même dans les pays très explorés, des richesses de ce genre qu'on ignore. Cependant, Tépuisement se fait partout si vite que l'on ne doit pas, en définitive, compter sur une période un peu prolongée.
Le jour où le pétrole viendrait à manquer, on lui substituerait aisément d'autres produits. On pourra également sans doute fabriquer pratiquement des huiles de synthèse que Ton obtient déjà dans le laboratoire, en passant par l'intermédiaire de l'acétylène, lui-même extrait électriquement des calcaires dont il existe des quantités illimitées, produire du méthane par un moyen quelconque tel que Taction catalytique du nickel, utiliser l'acétylène comme éclairant et comme combustible. La disette du pétrole n'est donc pas de celles qui peuvent causer une transformation radicale dans les habitudes de vie.