LES RESSOURCES MONOIALES EN FER
Consommation croissante du fer. -— Le besoin de fer est devenu, avec le besoin de charbon, un des plus intenses chez les peuples modernes, un de ceux qui grandissent le plus vite et l'un de ceux qui caractérisent le mijeux leur développement industriel. On a fait le calcul, pays par pays, de ce que chaque habitant moyen consomme actuellement de fer par an et l'on a reconnu ainsi le progrès suivant :
États-Unis : 0,18 tonne en 1890; 0,48 en 1905;
Allemagne : 0,21 en 1890; 0,37 en 1905;
Grande-Bretagne : 0,47 en 1890 ; 0,48 en 1905 ;
Belgique : 0,41 en 1905 ;
France : 0,09 en 1890; 0,17 en 1905;
Autriche-Hongrie : 0,08 en 1905;
Espagne et Russie : environ 0,04 en 1905.
Il faut remarquer que la densité de la population a nécessairement son contre-coup dans ce tableau; un pays semble consommer d'autant plus de fer par habitant (pour ses chemins de fer par exemple) qu'il est moins peuplé.
Déplacement futur de la sidérurgie. Utilisation de gisements nouveaux. — En dehors des pays qui viennent d'être cités, l'industrie sidérurgique est encore très rudimentaire. Mais il faut évidemment s'attendre à un déplacement progressif des centres de production du fer, à mesure que s'épuiseront, dans un délai très , court, les minerais des régions où cette industrie a été le plus anciennement et le plus complètement développée. Ce déplacement est d'autant plus à attendre que les grands besoins du fer sont, en partie, provoqués par toute une création d'outillage, par le développement des voies ferrées, etc., qui sont particulièrement nécessaires et particulièrement prompts dans les pays neufs et qui doivent tendre à y diminuer avec le temps. On ne construira pas indéfiniment des chemins de fer en même quantité, dans la vieille Europe ou les États-Unis, tandis qu'à peu près tout, dans cet ordre d'idées, reste à faire dans d'autres continents. Et il est, dès lors, logique de présumer que les pays neufs, où ces besoins vont exister de plus en plus^ lorsqu'ils contiendront du minerai de
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fer (ce qui est fréquent), et de la houille avec le fer (ce qui arrive parfois), ou, à défaut de houille, de Ténergie hydraulique, seront amenés à se créer une industrie sidérurgique nationale, au lieu de continuer à acheter en Angleterre ou en Allemagne. Gomme l'industrie développe les moyens de communication, qui permettent à leur tour l'exploitation de la richesse minérale, là où elle n'entrait pas auparavant en ligne de compte, cela modifiera singulièrement les prévisions sur l'épuisement des minerais dans le monde, bien que cet épuisement, dans la plupart des pays d'Europe, soit assez prochain pour devoir probablement précéder cette grande évolution.
Épuisement des minerais de fer. Discussion. — La question de l'épuisement pour les minerais de fer, plus encore peut-être que pour tous autres minerais, n'est pas une question géologique mais une question commerciale et elle ne nous intéresse que commercialement puisque, géologiquement, il est évidemment absurde de penser à un épuisement qui ne se produira jamais pour une substance dont toute l'écorce terrestre renferme en moyenne 5 '/o dans ses parties superficielles et plus dans sa profondeur. L'épuisement des minerais de fer, qui inquiète les métallurgistes, ne saurait donc être entendu que dans un sens commercial et il faut simplement comprendre par là que les métallurgistes européens commencent à se préoccuper de la possibilité de trouver des minerais analogues à ceux dont ils ont l'habitude dans des conditions de prix qui leur permettent de lutter contre des producteurs extra-européens. Ainsi restreinte, la question n'en présente pas moins un intérêt pratique évident.
Peu importe pour rindustriel français qu'on puisse un jour traiter des minerais de fer nouveaux auxquels nous ne songeons même pas, par une évolution continue dont j'ai déjà montré le rôle dans le passé*. Seul le présent le touche. .
Or, dans les conditions actuelles, il est certain que les marchands de minerais ont quelque peine à se procurer certaines catégories de minerais que leur fournissaient abondamment les gisements de Bilbao, dont la fin menaçante a beaucoup contribué à faire naître cette inquiétude. Avec le développement énorme que le traitement des minerais phosphoreux a pris en Allemagne, les métallurgistes allemands, voyant les gisements d'Alsace-Lorraine s'épuiser rapidement, se tournent avec souci et convoitise du côté de la Lorraine française, ou vers la Laponie suédoise, dont ils voient les minerais s'en aller pour une trop grande part en Angleterre. Dès à présent, la question pratique du fer présente une acuité, qu'on n'imagine pas d'ordinaire et sur laquelle il peut être utile d'appeler l'attention en raison des conséquences de tous genres qui peuvent en résulter pour notre pays 2.
Si nous nous bornons, en effet, d'abord à des chiffres globaux très approximatifs que nous discuterons bientôt, on peut dire que le monde renferme au maximum 16 milliards de tonnes de minerais exploitables dans les conditions actuelles. Or, la consommation annuelle est, également en chiffres ronds, de