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2. Une enquête provoquée dans le monde entier parle Congrès géologique international de Stockholm fournira bientôt, pour les réserves de minerais de fer, des chiffres plus précis que ceu\ dont noas disposons actuellement.

125 millions de tonnes : c'est-à-dire que, même si le chiffre jGLCtuel de la consommation devait rester stationnaire, on n'aurait guère, dans le monde, du minerai de fer, tel que nous l'exploitons aujourd'hui, que pour environ un siècle. ^

Mais cette consommation, loin de rester stationnaire, est très certainement appelée à se développer beaucoup, à se développer dans des proportions qu'il est tout à fait illusoire de prétendre apprécier en prolongeant nos courbes par continuité. 11 reste des réseaux entiers de chemins de fer à créer sur des continents comme l'Afrique, l'Asie, l'Amérique du Sud. Le fer s'emploie de plus en plus dans la construction, les machines agricoles, etc.

Le taux d'accroissement actuel correspond à un doublement de la production et de la consommation en douze ans. Ce taux, si Ton se limitait aux grands producteurs actuels, aurait toutes les chances pour fléchir assez vite, précisément avec l'épuisement de leurs gisements, en même temps que l'accroissement de leurs besoins propres' deviendra moins intense par la satisfaction déjà réalisée de ces besoins. Dans l'ensemble du monde il n'y a aucune raison pour qu'un tel fléchissement se manifeste. On fabriquera peutêtre un peu moins de fer en Angleterre, mais on en fera beaucoup plus au Japon. La production des États- Unis grandira moins vite; mais celle du Mexique, de l'Amérique du Sud, de la Chine, de l'Australie, de l'Afrique, entrera en ligne de compte, etc.

Seulement, la fonte que. l'on obtiendra dans ces pays nouveaux, on la fabriquera avec des minerais auxquels nous ne pensons même pas actuellement, soit parce qu'ils sont dans des régions inexplorées ou

LES RÉSERVES MINÉtlALES DES GRANDS PAYS 337

inaccessibles, soit parce que nous les jugeons sans valeur. Il est donc impossible de raisonner sur Tensemble du monde. 11 vaut mieux se borner à un champ de concurrence plus restreint et qui d'ailleurs nous intéresse bien plus particulièrement, comme l'Europe.

L'Europe a toujours été, jusqu'ici, exportatrice de fer; elle le sera sans doute moins, quand il se sera créé des concurrences lointaines ; mais il ne semble pas vraisemblable que l'inverse se produise assez vite et que TEurope doive avoir à se défendre contre • une importation. Les États-Unis, auxquels on aurait pu penser, touchent de trop près au terme de leurs gisements, comme nous allons le voir. En Europe même, il y a deux grands pays, les deux principaux actuellement, qui ne pourront pas soutenir longtemps leur taux de production actuelle : l'Angleterre déjà arrivée à son étiage et l'Allemagne qui l'atteindra dans une dizaine ou une quinzaine d'années. La France est, par là, destinée à occuper, si elle sait la défendre, une situation tout à fait prédominante, grâce à ses minerais lorrains; il en résultera pour elle un moyen de remédier à sa disette de houille, beaucoup moins grave que celle de fer, puisque l'Angleterre et les États-Unis auront longtemps du charbon à vendre sur nos côtes.

Mais il faut encore répéter, à ce propos, combien, même géologiquement, les prédictions sont difficiles à faire dans ces questions trop vastes. Il n'y a pas dix ans que Ton connaît le bassin de Briey, notre vraie richesse en fer ; les minerais du sud-algérien datent tout au plus de la même époque. De même en Russie, le grand gisement de Krivoirog a une vingtaine d'an-

nées et ceux de Kertch n'ont pris de la valeur que depuis une douzaine d'années, etc., etc.

Commercialement, on doit encore bien plus remarquer combien Touverture de quelque ligne de chemin de fer peut, du jour au lendemain, faire entrer en jeu tel grand gisement aujourd'hui dédaigné, ainsi que cela s'est produit, il y a six ou sept ans, pour les gisements de Kirunuyara. Il serait facile, sans sortir d'Europe, de citer tel autre gîte depuis longtemps connu et visité par d'innombrables missions d'études, qui peut devenir exploitable d'un jour à l'autre : le bassin ferrugineux, situé entre Gijon et Oviedo, par exemple.

Répartition des réserves mondiales de fer. — Revenons maintenant sur la distribution des réserves mondiales de fer, en utilisant l'enquête récemment faite par le Foreign Office sur là demande de la British Iran 7 rade Association.

D'après les dernières statistiques, la production des minerais de fer dans le monde, qui était, en 1880, de 31 millions de tonnes, en 1890 de 54, en 1900 de 87 et en 1905 de 105, s'est élevée en 1906 à plus de 124 millions, suivant, par conséquent, une progression remarquablement rapide, puisque, de 1880 à 1890, on a gagné 23 millions ; de 1890 à 1900, 33 et, seulement de 1905 à 1906, 19 : presque le résultat d'une décade entre 1880 et 1890. Au total, on produit aujourd'hui quatre fois plus de minerais qu'il y a vingt-cinq ans. Dans ce total, les Etats-Unis occupent de beaucoup *le premier rang avec 50 millions de tonnes. Tandis que la production mondiale quadruplait dans le dernier quart de siècle, la leur passait de 7 millions au

septuple. Puis vient rAlleroagae, qui a un peu plus que quadruplé, avec 19,5; la Grande-Bretagne avec 15,7 (production baissée depuis 1880) ; TEspagnë et la' France chacune avec 9 (production à peu près «triplée); le Luxembourg avec 7, la Suède avec 4,5, la Russie avec 4 et F Autriche-Hongrie avec 3. La part des autres pays est actuellement encore assez insignifiante.

Le fer aux États-Unis. — On a vu aussitôt, par le simple énoncé précédent, quel rôle essentiel incombe actuellement, dans le monde, aux Etats-Unis, dont la production représente seule près de la moitié du total. La zone du Lac Supérieur y est de beaucoup la plus remarquable par la richesse de ses minerais à 50 ou 60 p. 100 de fer, par les facilités de transport vers la région industrielle qui est la région houillère de TEst et par l'intensité de l'extraction. Le Lac Supérieure lui seul a produit, en 1905, 34,5 millions de tonnes, dont 20 millions pour le district de Mesabi (qui date de 1903) et 4 pour chacun des plus vieux districts de Marquette (exploité depuis 1850) et de Menominee (depuis 1877). D'après les évaluations récentes, le maximum du tonnage disponible au Lac Supérieur serait de 1 milliard de tonnes. Au taux actuel et sans même tenir compte de la progression qui, de 1904 à 1905, a fait passer l'extraction de 22 à 34 millions de tonnes, on n'en aurait pas pour trente ans : un chiffre de nature à éveiller l'attention dés plus téméraires. Dans un tiers de siècle, la force productive des Etats- Unis se trouverait donc, si l'on lient compte seulement des ressources aujourd'hui reconnues, réduite à presque rien.

Il est vrai que, dans un territoire aussi immense

et aussi riche en métaux, on doit pouvoir retrouver, on retrouvera certainement ailleurs d'autres gisements pour remplacer ceux qui ont disparu ; mais il faut compter avec les conditions d'exploitation et surtout de transport, qui rendent, par exemple, tous les minerais de l'Ouest assez inutiles pour le moment aux usines de Pittsburg. Or, parmi les districts actuellement productifs en dehors du Lac Supérieur, on ne peut guère compter que sur la zone parallèle aux Appalaches, de l'Alabama, du Tennessee, etc. L'Alabama produit aujourd'hui quelque 3,5 millions de tonnes de minerais phosphoreux à 45 ou 48 p. 100 de fer et son cubage peut être évalué à 60 millions de tonnes, soit une quinzaine d'années au plus. Le Tennessee, avec la Virginie, produit 1,8 million de tonnes et son avenir est également très restreint. Au total, on a généralement envisagé les minerais de fer connus aux Etats-Unis comme ne pouvant pas durer plus de trente à quarante ans. Plus tard, la sidérurgie ne pourrait, d'après ces calculs, continuer à vivre qu'en se déplaçant.

Le fer en Allemagne. — L'Allemagne, qui vient après les Etats- Unis et dont la production est également en voie d'ascension rapide, est surtout alimentée par la partie conquise de notre bassin Jorrain et son prolongement dans le Luxembourg qui forme une annexe industrielle de TAllemagne. Les autres districts de la Sieg, de la Lahn et de la Haute-Silésie ne fournissent à eux tous que 4,5 millions de tonnes sur 19,5, ou même 27 en annexant le Luxembourg. Les ressources de la Prusse, mal connues, sont certainement fort limitées. Quant au minerai oolithique

lorrain à 31 p, 100 de fer et phosphoreux, son cube, estimé par certains auteurs allemands à 2,2 milliards de tonnes, doit être ramené à la moitié, soit 1,1 d'après M. Villain. On estime que ce bassin, après avoir atteint son maximum vers 1930, sera à peu près épuisé en 1945. Dès 1935, il est probable que le Luxembourg, avec ses 300 millions de tonnes (réparties sur 3.600 hectares), sera fini. L'Allemagne qui, en 1904, a déjà dû importer près de 3 millions de tonnes, deviendra donc très vite de plus en plus tributaire de l'étranger et Ton comprend aussitôt rinlportance chaque jour croissante que les minerais de fer français de la Lorraine ont pour elle.

Le fer en Grande-Bretagne. — La Grande-Bretagne, qui a longtemps tenu la tête pour la production des minerais de fer, en partie grâce à des minerais trop pauvres pour être aujourd'hui commercialement utilisables, en est à la phase nettement décroissante.

Les principaux gisements actuels sont les fers carbonates du Cleveland et du North Yorkshire entre 28 et 32 7o de fer, dont on évalue le cube subsistant à 100 millions de tonnes ; puis les riches hématites rouges du Gumberland et du Lancashire, dont il existe encore des réserves dans Touest du Gumberland; les minerais oolithiques du Lincolnshire à 34 7o; les blackbands de TÉcosse à 25-28 %; et les clay-bands du sud du Pays de Galles à 30 7o. Au total, on estime le cube de minerai disponible en Angleterre à 250 millions de tonnes. La production a décru depuis 1882, où Ton avait atteint 18 millions de tonnes ; dans ces dernières années, elle s'est très légèrement rele-

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vée : 14,2 en 1900; 14,8 en 1905; 15,7 en 1906. En outre, on est obligé d'importer chaque année plus de 6 millions de tonnes, venant pour les quatre cinquièmes d'Espagne. Ici encore on peut, dans un avenir assez prochain, attendre l'épuisement des minerais nationaux.

Le fer en Espagne. — J'ai dit que l'Espagne venait après ces trois grands pays pour la production des minerais de fer; et, comme FEspagne n'a qu'une industrie sidérurgique infime (Asluries, etc.), elle exporte la plus grande partie de ses mine tais. En 1899, l'exportation a atteint 8,6 millions de tonnes ; elle oscille actuellement autour de 7,5. Ici les ressources pour l'avenir sont encore assez considérables, et l'Espagne peut garder, pendant trente ou quarante ans, son rôle fructueux de marchand de minerais ;> car, en dehors des gîtes exploités activement comme ceux de Bilbao, des Asturies,. etc., il paraît en exister nombre d'autres qui n'attendent que des moyens de transport meilleurs pour être utilisés.

En tête de la production de ce pays vient le district de Bilbao, qui, à lui seul, en 1899, a produit 6^5 sur 9,4. Les minerais de qualité supérieure, hématites brunes à 48-50 7o, hématites rouges à 56 %? ^^ ^^^ fait longtemps la fortune ; mais le fléchissement de ce district, sans être aussi rapide qu'on avait pu le craindre un moment avant la mise en valeur de ses minerais carbonates à 40-45 %, préoccupe depuis plusieurs années les métallurgistes d'Angleterre, d'Allemagne et de France qui s'y fournissent. On évalue le stock subsistant à 50 millions de tonnes,

soit une dizaine .d'années. Les gisements des Asturies sont évalués à 200 millions de tonnes, ceux de Séville à 35 millions, de féruel à 50, d'Huelva à 18, de Murcie, Almeria et Malaga à 60, avec teneur de 52 ^1^. Tout cela ne mène pas au delà du demi-siècle au maximum.

France. — Inutile de revenir sur la France. Nous avons vu qu'avec les 2.500 millions de tonnes à plus de 35 '/o que paraît renfermer le bassin lorrain, la France va se trouver occuper une situation exceptionnellement favorable en Europe d'ici quelques années.

Russie. — En Russie, TOural renferme d'abondantes ressources en fer peu utilisées, que l'on a évaluées à 800 millions de tonnes, dont une notable proportion à haute teneur. Le bassiçi de Krivoirog, dans le sud de la Russie, est calculé pour 80 et l'on estime à près de 700 les minerais oolithiques et phosphoreux de la région de Kertch en Crimée. Il faut, en outre, compter, dans ce vaste pays, les fers spathiques de la Pologne, les minerais de la Finlande, du Caucase et de la Sibérie. Krivoirog, dont les minerais à 40-65 % de fer avec 0,01-1 % de phosphore sont pour la plupart exportés, semble devoir être épuisé en une trentaine d'années. Mais le reste de la Russie a un plus long avenir devant lui.

Scandinavie. — En Scandinavie, on doit compter : en première ligne, Kirunuvara, dans la Laponie, qui doit contenir 230 millions de tonnes jusqu'au niveau du lac voisin et peut-être 700 si l'on peut descendre 300 mètres plus bas ; Gellivara, où l'on en

compte de 100 à 125 ; plus un certain nombre de gisements septentrionaux, actuellement peu ou pas exploités, soit par suite de leur position, soit en raison de certains défauts (comme le titane à Routivara), qui porteraient le total à environ 1 milliard de tonnes. Plus au sud, Grângesberg est évalué à 60 millions de tonnes jusqu'à une profondeur de 300 mètres, et les autres gisements du centre à 40 millions: ce qui ferait, en résumé, 1.100 millions pour la Suède.

En Norvège, la production est encore insignifiante; mais on compte pour l'avenir sur les gisements du Dunderland, de Navarhangen et de Sydvaranger dont on évalue le cube à 100 millions de tonnes.

Autriche-Hongrie. — Dans ce pays, il existe : en Bohême, des gisements assez étendus de. carbonate de fer et d'hématite brune ; en Hongrie, de la magnétite.

Quant aux pays extra-européens, il est impossible d'en apprécier les ressources, trop mal connues et, en même temps trop directement dépendantes, pour la plupart, du développement des voies de communication, sans entrer dans des détails dont ce n'est pas ici la place. Leur mise en valeur, qui, à quelques exceptions près, n'est pas prochaine, rentre d'ailleurs dans ces prévisions d'avenir lointain, qui nous semblent inutiles pour un métal aussi banal que le fer.

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