RAPPORTS OU BRONZE ET DU FER
Multiplicité et indétermination des âges de pierre. — Comment, où et par qui furent trouvés les métaux? Historiquement, on l'ignore. Le résultat le plus net de longues recherches archéologiques a été de ruiner l'un après l'autre des systèmes qu'on avait cru pouvoir établir sur des observations incomplètes ou localisées et de montrer que, dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, nous ne savons à peu près rien. En systématisant les choses, ainsi qu'on l'a tenté maintes fois, non seulement on va contre la logique, mais on se heurte à des difficultés d'observation et de coordination à peu près inextricables. Dire, comme on le fait souvent, qu'il y a eu un âge de pierre, puis un âge du cuivre et du bronze, puis un âge du
fer, c'est sans doute se conformer à révolution qui paraît avoir eu lieu pour la plupart des peuples et dont quelques-uns ont gardé la tradition devenue légendaire; il est évident que partout il a dû exister une époque où Ton utilisait la pierre, le bois et Tos sans connaître les métaux ; mais, si on entendait par là que chacun de ces âges correspond, dans l'ensemble de l'histoire humaine et pour toute la terre, à, une succession d'étapes chronologiquement déterminées et limitées, comme les successions des niveaux géologiques ou celles des dynasties égyptiennes, on dirait une absurdité qu'il est devenu inutile de discuter. Un premier point bien établi est qu'il n'y a pas eu un âge de pierre, mais des âges de pierre extrêmement multipliés, ayant pu se répartir, suivant les pays (il est vrai avec des variantes notables), sur une grande partie des temps historiques, absolument comme la houille ne correspond pas, en géologie, à un âge déterminé, dit houiller, mais peut se rencontrer dans les étages géologiques les plus divers. Les hommes ont dû tous commencer par employer des cailloux comme arme, le jour où ils ne se sont pas simplement défendus par la force des bras, la morsure ou la fuite. Mais, suivant le degré de civilisation et suivant les conditions locales, leurs descendants ont pu conserver plus ou moins longtemps l'usage des instruments de pierre, sans même faire allusion aux persistances considérées comme d'ordre religieux {feu sacré, circoncision, etc.) *.
Pour commencer par le monde classique, on a
1. En dehors de Tantiquité classique où ces faits sont bien connus, on retrouve un emploi religieux des silex en Chine, où les flèches de pierre sont restées longtemps l'insigne de la royauté.
employé des instruments de pierre pendant toute l'histoire égyptienne, tout au moins à titre d'engins économiques, commodes dans certains cas S et il suffît de rappeler que Tun des contremaîtres de Mariotte se rasait encore la tête avec un rasoir de silex. Les vieilles tombes de Chypre renferment des outils de pierre avec des poignards de cuivre ou de bronze. De même les couches les plus profondes de Troie (vers 1600), où, avec la pierre, le cuivre, le bronze pauvre en cuivre, il y a du fer et du plomb. On s'est servi d'outils de pierre à Tépoque romaine, dans des pays habités par les Romains (ne fût-ce qu'en Thrace). Les sépultures mérovingiennes contiennent souvent des instruments de silex, etc.
Ailleurs, en des civilisations tout à fait indépendantes de celles-là, il en est de même. A l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique, la pierre y était d'un usage courant; on abattait les arbres avec des haches de pierre, et des peuples entiers ignoraient l'usage des métaux (à l'exception de l'or). Les Péruviens, eux aussi, quoique sachant extraire l'argent, le cuivre, etc., gardaient simultanément des outils de silex. J'ai déjà rappelé l'usage actuel de la pierre, en Nouvelle-Calédonie, au Tibet, etc.
De même, suivant la nature des matériaux rencontrés, on a pu préférer polir les outils de pierre, quand on était amené à se servir de diorites, d'euphotides, d'amphibolites, de roches qui s'éclatent mal, à la même époque où des hommes tout aussi civilisés, mais qui trouvaient à leur portée des bancs de silex,
1. Voir notamment les beaux travaux de MM. Lortot et Gaillard et la découverte d'un scarabée au nom d'Amcnopliis III (vers 1427 à 1392) avec une hache de type acheuléen.
aimaient mieux les utiliser sous forme de haches habilement éclatées*.
Dès lors, toutes les tentatives de déterminations chronologiques précises ou d'assimilations fondées seulement sur la rencontre d'outils en pierre de tel ou tel genre, ou même, pour une raison analogue, de bronze, ont une valeur bien mince lorsqu'elles ne sont accompagnées d'aucun autre indice.
Chronologie des instruments de pierre. — Parmi les indices complémentaires qui peuvent permettre de dater des instruments de pierre^ il faut encore choisir; et bien des affirmations absolues demanderaient à être rectifiées. L'un des plus sérieux est, sans doute, la présence d'animaux très probablement éteints, comme le mammouth, Tours des cavernes, le bœuf primitif, etc., ou simplement émigrés de l'Europe centrale comme le renne et le lion. Mais, si la présence de tels animaux a une valeur de chronologie relative et locale, on doit remarquer que la date réelle et absolue de disparition ou d'émigration nous est inconnue, qu'elle tient aux progrès de la chasse ou du déboisement autant qu'à un changement de climat et qu'elle peut être souvent bien plus récente qu'on n'est tenté de l'imaginer. La découverte récente du Glossotherium en Patagonie, de l'Helladotherium (Okapi) en Afrique, du Geratodus en Australie, etc., en sont des preuves entre autres.
Restent, il est vrai, d'autres caractères plus strictement géologiques, impliquant des modifications profondes du relief, du climat, etc., mais dont quel-
1. A noter aussi qu'en Afrique certains peuples actuels, très inférieurs, ont précisément les armes en silex les plus parfaites.
ques-uns ont pu encore se trouver, jusqu'à un certain point, influencés par le changement considérable, d'origine humaine, qui a consisté à défricher progressivement les vastes contrées tout d'abord uniformément couvertes de bois ou de marais (action sur les pluies, par suite sur les glaciers, sur le régime des eaux courantes, des sources, etc.).
A défaut d'autres preuves soigneusement discutées, il est donc impossible de comparer, comme âge absolu, un « âge de pierre » avec un autre, sous peine d'arriver à dire que les Canaques actuels ont vécu au moins 5.000 ou 6.000 ans avant Jésus-Christ. On s'expose, en attribuant une date en années ou en siècles à un outil de pierre d'après sa forme, comme en faisant une affirmation du même genre pour les poteries d'un foyer, pour les peintures d'une grotte,elc. , à d'assez étranges surprises. La préhistoire, on l'oublie trop souvent, n'est déjà plus, même dans ses parties les plus anciennes, de la géologie.
Il en est de même de la plupart des inductions fondées sur des rapprochements entre telle ou telle habitude absolument naturelle à l'homme et ayant dû se manifester chez lui, à des degrés près, dès le jour où il a pu sortir un peu de ses tanières ou de ses grottes, faire autre chose que chasser ou pêcher, se différencier enfin des animaux et mériter réellement le nom d'homme* : celles, par exemple, de domesti-
1. Je ne veux pas dire ici que la période antérieure, à laquollo se rapporte, comme dernière étape et terme d'un long effort, l'usage des pierres éclatées, n'ait pas dû olfrir un caractère do généralité, avec une durée probablement considérable, ni quun ordre de succession déterminé, comme celui du magdalénien (avec ses peintures, sculptures, etc.) après le chelléen aux outils grossiers, n'ait pas une valeur locale pour la France, en môme temps qu'il a
quer les animaux, de planter certaines herbes donnant un fruit comestible, ou même, plus tard, de recueillir et de fondre quelques minerais ; celle encore de choisir et de grouper de très grandes pierres pour donner une
pu représenter à peu près. partout une évolution assez logique. Mais je crois que la période de sauvagerie primitive, où Von ignorait partout les raffinements du magdalénien et les métaux, s'est terminée, pour les races les plus avancées, en Afrique et en Asie, longtemps avant tontes les époques que nous abordons directement par Tbistoire, et que les périodes analogues, dont on constate des représentants postérieurs en d'autres pays, n'en sont que des équivalents attardés et locaux, ayant pu, eux, s'échelonner dans les temps les plus divers. Il a pu et dû se développer simultanément des civilisations tout à fait indépendantes les unes des autres, comme on le constata un beau jour en découvrant le Nouveau Monde. Et, d'autre part, quand on prétend attribuer une date extrêmement ancienne à ceux de nos ancêtres qui dessinèrent le mammouth ou cohabitèrent avec le renne, on fait une hypothèse à peu près gratuite sur le moment où ces animaux ont pu disparaître de notre pays. Au fond, le seul renseignement précis que nous ayons sur l'âge de ces hommes paléolithiques qui laissèrent, surtout en France, les outils chelléens et moustiériens, c'est qu'ils paraissent postérieurs à la principale période de pluîçs et de glaciation européenne, c'est-à-dire au dernier phénomène géologique, que l'on puisse considérer comme ayant en un certain caractère de généralité. Depuis ce moment, il ne s'est produit, dans la faune, la flore, le relief môme du sol, que des changements assez insignifiants, comparables à ceux qui se manifestent sous nos yeux, notamment pour le recul ou la disparition de telle grande bête trop chassée, pour Témersion ou l'enfoncement de telle plage. On a apporté une imagination extraordinaire dans les classifications d^-âge fondées sur la forme des outils de pierre, oo même sur la chronologie des graviers- pléistocènes à instruments de silex, dans lesquels on a pu constater des superpositions locales •^Chênes, etc.), souvent discutables, en tout cas impossibles à assimiler entre elles sans témérité. Quand on y regarde de près, ces grandes divisions du Chelléen dans la Seine ou la Somme, du Mousiiérien dans la Dordogne, du Solutréen en Bourgogne, etc^.^ ont, malgré quelques assimilations (les Eysies., etc.), one val«yr autant géogrdphique que chroooloigique, M. Millier a pvt récentimient soutenir la thèse d'un rayonnement périphérique ayant, pour origine un foyer de civilisation oriental et gagnant peu à peu les. pays déshérités du Nord. Les mélanges, les superpositions, anormalses
idée de majesté, de gloire ou de religion*. Supposer que telle ou telle de ces idées est venue un jour donné et un seul à un inventeur, comme celle de la sérothérapie ou celle de la télégraphie sans fil (pour lesquelles l'affirmation ne serait môme pas rigoureusement exacte), c'est méconnaître la communauté d'instinct développée par un long atavisme, qui existe chez tous les êtres humains, indépendamment d'un contact quelconque et d'une éducation analogue. De tous temps, les grandes inventions, avant d'être réalisées par un chercheur plus prompt et plus heureux, ont été, comme on dit vulgairement, « dans l'air ». Il est instinctif chez l'homme (et on l'observe assez chez les enfants) d' « essayer » curieusement, sur tout ce qui est à sa portée, les expérimentations les plus baroques, et, en premier lieu, l'action de l'eau ou du feu, ou encore le goût, l'odeur, le poids, etc. Certaines premières découvertes fondamentales ont dû être faites ainsi un peu de tous les côtés, absolument comme les castors n'ont pas eu
sont constants {à Menton, type moustiérien à la base, avec Elephas antiquus\ et chaque expk>ratioii nouvelle, laite sans parti pris, force à démolir les théories antérieures. Il ne reste plus rien, par exemple, de ce refroidissement qui, au magdalénien, aurait forcé les hommes à se réfugier dans les cavernes, puisqu'on recueille maintenant, dans les grottes, des silex moustiériens, etc. On a raisonné trop souvent comme si, aujourd'hui, trouvant, en quatre points, un moulin à vent, une roue hydraulique, une machine à vapeur et une dynamo, on en concluait la superposition de quatre civilisations successives. £t, surtout, quand on a voulu établir des assimilations d*époque avec l'Amérique ou l'Afrique (si riche partout en stations de « l'âge de pierre » ), on est tombé dans la fantaisie pure.
1. Il est certain que certains dolmens ont été construits par des hommes connaissant les métaux. Et je n'ai pas besoin de rappeler la manie de mégalithisme qui a sévi dans les provinces asiatiques de l'Empire romain.
besoin d'un professeur commun pour apprendre à édifier leurs barrages, los abeilles pour faire leurs ruches, les araignées pour tisser leur toile sur un modèle uniforme, les singes pour aller cueillir des fruits. C'est pourquoi il n'y a pas lieu de s'étonner si les fouilles archéologiques, en se multipliant, nous font de plus en plus reculer dans le passé toutes ces belles inventions, au moins en ce qui concerne l'ensemble de l'humanité, et ruinent les théories trop simples, autrefois énoncées à ,ce sujet comme des articles de foi.
Rapports du cuivre, du bronze et du fer. — Ces
observations générales peuvent s'appliquer tout particulièrement au cas. des métaux, qui a constitué le premier pas bien- net accompli dans l'appropriation de la richesse minérale après l'usage de la pierre. Prenons, par exemple, le cuivre et le bronze. Après avoir longtemps parlé du bronze seul, on a fait un jour celte remarque, évidente à première vue, que l'homme, avant d'utiliser le bronze, avait dû se servir de cuivre pur, sans alliage; et, comme certaines analyses d'objets anciens avaient fait reconnaître de tels objets en cuivre pur dans les très anciennes époques de l'Egypte ou de la Chaldée, on en avait conclu que l'on tenait là l'indice de cet âge de cuivre universel, antérieur à celui du bronze^.
L'existence de quelques bijoux égyptiens en étain pur a semblé également devoir être rapportée aux premiers temps de l'étain.
1. Dans le préhistorique de l'Europe .centrale, les premières haches de métal, qui empruntent encore les formes plates de la pierre, sont souvent en cuivre pur.
La vérité est qu'il n'existe pas, dans ces deux pays, de restes tellement anciens que nous soyonç assurés de n'y pas rencontrer de bronze à des teneurs en étain variables *, — plus ou moins fortes suivant les cas, peut-être suivant que le « cours » de l'élain était plus ou moins élevé, ou encore suivant l'application que l'on visait. — Le temps du cuivre pur, s'il a existé en Egypte, est antérieur à tout ce que nous y connaissons de monuments historiquement datés. Et, au risque de toucher au paradoxe, je serais presque tenté d'en dire autant pour le fer.
On a trouvé du fer à diverses reprises dans les pyramides de la quatrième dynastie (la première que nous connaissions bien); et, si l'on n'en a pas signalé davantage, ou si l'on a contesté nombre de ces trouvailles, c'est surtout parce qu'a priori on était convaincu de l'absence nécessaire du fer à une époque aussi reculée.
Le fer, il est vrai, n'a joué ensuite qu'un rôle très insignifiant, par rapport au bronze, pendant de longues périodes, et Ton s'en est montré surpris. Mais cet étonnement vient de ce qu'on confond le fer tel que nous le connaissons avec le fer tel que les hommes primitifs pouvaient l'obtenir par une réduction aisée au bas-foyer, alors qu'il s'agit là de deux métaux pratiquement tout à fait différents. Jamais, dans l'antiquité, tout au moins dans les périodes primitives, on n'a obtenu du fer en passant par l'intermédiaire de la fonte. Le fer était réputé infusible. Pour en tirer un instrument, il fallait un travail de façonnage pénible et prolongé, qui donnait, en fin de compte, un assez
1. Des objets de bronze à 9°/o d'étain datent de la 4® dynastie.
piètre métal, ou sajet à se tordre, ou cassant. N'était-il pas infiniment plus simple d^utiliser le bronze, auquel on pouvait, dans un simple moule, attribuer immédiatement la forme voulue, si facile à refondre, si aisé à obtenir par masses volumineuses?
On a dû, sauf pour des applications spéciales, dédaigner quelque peu le fer jusqu'au jour où son extrême diffusion, et, par conséquent, son bon marché, ont, — peut-être plus encore au début que ses qualités^ — conduit à le préférer.
Puis, il s'est produit, comme toujours en pareil cas, des persistances religieuses ; le bronze a gardé un rôle dans le culte, comme le silex plus ancien en avait conservé un. C'est le rasoir d'airain avec lequel le Flamen Dialis devait se couper la barbe et les cheveux ; ce sont les cérémonies expiatoires du rituel des frères Arvales, quand du fer était entré dans le Temple, etc. Le fer a dû conquérir sa place peu à peu, comme toute nouveauté révolutionnaire. Mais, en tant que découverte proprement dite, je ne vois pas, malgré le préjugé courant, de raison pour le croire postérieur au bronze.
On peut encore faire une observation du même genre, en ce qui concerne l'écriture. De temps en temps, on trouve avec étonnement un peuple civilisé qui paraît avoir ignoré l'écriture; tel a été, un moment, le cas pour les Mycéniens. Après quoi, on constate que cette anomalie apparente tient simplement à une lacune des premières fouilles.
Si nous considérons, non pas tel ou tel peuple particulier, pour lequel ces inventions peuvent avoir une date précise à la façon des connaissances importées par les Espagnols dans le Nouveau-Monde, mais
l'ensemble de rhamanité, il me paraît très vraisemblable que la découverte des grands métaux usuels, celle de la domestication des animaux, celle de la culture du blé, celle de l'écriture hiéroglyphique, etc., remontent beaucoup au delà de tout ce que nous pouvons espérer atteindre dans le temps par nos investigations. Mais la conséquence est alors que, chez tel ou tel peuple dont Thistoire nous intéresse particulièrement, ces mêmes connaissances ont pu, si elles n'étaient pas de celles que Tinstinct réalise presque immédiatement partout, être introduites brusquement, plus ou moins tard, jMir le hasard des colonisations, des voyages ou des guerres, et marquer ainsi des dates locales, entre lesquelles il n'y a pas à chercher le moindre synchronisme d'un pays à l'autre.
J'ajoute encore, comme dernière remarque, que, suivant le climat d'un pays, son passé peut prendre une apparence de recul, contre laquelle il est sans doute prudent de se tenir en garde. Et, pour TÉgypte, en particulier, on pourrait être tenté d'attribuer Tapparence de merveilleuse antiquité qui frappe en elle à ce que cette antiquité s'y est mieux conservée que partout ailleurs. Mais il ne faudrait pas abuser d'une telle idée et si, cinq mille ans avant notre ère, les habitants de l'Angleterre, de la Norvège ou de la Germanie avaient été aussi avancés que les Égyptiens, il est infibiment probable que, malgré un climat défectueux, nous en retrouverions de nombreuses traces.
Succession logique des étapes primitives. — Laissant donc de côté, pour un moment, toute archéologie, puisqu'il s'agit d'époques antérieures à celles
dont les vestiges nous ont été conservés d'ordinaire, on peut, comme je Tai déjà indiqué en passant, s'imaginer que Thumanité a dû commencer par un âge de pierre universel, contemporain d'une faune disparue partiellement, à la suite duquel certains peuples ont précédé les autres dans révolution vers la vie civilisée, en sorte que d'autres âges de pierre très postérieurs ont pu se manifester encore, bien des siècles ou des milliers d'années plus tard, chez ceux que cette transformation avait laissés en arrière. Cependant, un jour, le regard d'un premier homme fut attiré par des parcelles brillantes d'or*, ou par , des cailloux colorés, éclatants et lourds, constituant ce que nous appelons des minerais. Un instinct banal de curiosité lui fit jeter ces minerais dans son foyer; et, par hasard, une première fois, dans une circonstance favorable, la fusion, peut-être même la réduction, s'opéra ; il se mit à couler cette chose prodigieuse, une pierre liquéfiée ; on eut une substance infiniment précieuse, susceptible de se mouler à toutes les formes qu'on voulait lui attribuer, sans aucun travail de façonnage, à la fois dure et souple. De cette première découverte, qui dut être un grand nombre de fois répétée ailleurs dans la suite, mais qui pourtant eut nécessairement sa première heure, est née la métallurgie^.
1. On sait que des outils de pierre ont été trouvés dans les graviers aurifères de Californie. .
2. Pour la môme raison, dans les pays où la houille abonde à fleur de sol comme l'Angleterre ou la Chine, on n'a pu manquer de s'apercevoir assez vite que ces pierres noires brûlaient. Il fte serait pas impossible qu'une observation de ce genre eût contribue aux premières métallurgies : les réductions de minerais oxydés étant facilitées par ce genre de combustibles.
En dehors de Tor que Ton, trouve à Tétai de métal tout formé, aussitôt utilisable, quels métaux put-on ainsi commencer par fondre? Comme nous Tavons vu déjà, la seule fusibilité des minerais en désigne immédiatement deux : le cuivre et l'antimoine. On peut ajouter Tétain, qui nécessitait une réduction assez facilement provoquée par le mélange du combustible avec le minerai, et qui donne ainsi un métal fondant dès 228 degrés. Enfin la réduction des oxydes de fer en petites masses est également assez simple pour avoir été rapidement réalisée. En pareille [malière, il n'y a que le premier pas qui coûte. Que Ton ait fondu un jour par hasard de la stibine et l'on aura essayé bientôt de fondre de même les autres pierres ayant un éclat métallique comparable : on aura varié les conditions en tâtonnant, et tous les métaux qui peuvent s'obtenir par une semblable métallurgie élémen* taire, composée de fusions directes, grillages ou réductions, — c'est-à-dire, en dehors de Tor, Tétain, le cuivre, Fantimoine, le fer, le plomb et même l'argent — ont dû être assez vite connus. Pour ce dernier, il a fallu cependant cette circonstance particulière d'avoir fondu un jour le plomb dans un vase poreux en cendres d'os et d'avoir constaté qu'il se produisait ainsi un bouton éblouissant d'un métal nouveau. Trouvaille singulièrement ancienne, puisque nous savons que les Phéniciens la connaissaient, et puisqu'il existe de l'argent, certainement obtenu ainsi, dans les tombes égyptiennes, chaldéennes, etc. ^ Après quoi, pour de longs siècles, l'homme a immo-
1. L'argent est mentionné h. diverses reprises dans Homère, dans la Bible (temps d'Abraham, etc.).
bilisé sa métailurgie dans d'assez minces progrès; mais il possédait l'essentiel.