‹ La conquête minéraleChapitre 74 sur 82 · L'ÉTAT DÉFENSEUR DE L'AVENIR. - L'ÉTAT EXPLOITANT · texte numérisé non relu

L'ÉTAT DÉFENSEUR DE L'AVENIR. - L'ÉTAT EXPLOITANT

Je me suis déjà trouvé citer, notamment au chapitre VIII, quelques cas historiques où l'État s'est substitué aux particuliers pour exploiter les mines ou a empêché les particuliers de les exploiter à leur «guise. L'État exploitant de mines exerce sur certains esprits une séduction analogue à celle de l'État entrepreneur de transports, ou de téléphones, fabricant d'alcool, de cigares ou d'allumettes. En fait, les cas de mines domaniales, sont assez nombreux dans quelques pays comme l'Allemagne ou TËspagne. En France, le domaine ne possède que les concessions minières retirées au concessionnaire pour cause d'abandon et n'ayant pas trouvé depuis d'acquéreur. Inutile de dire que la valeur en est minime.

C'est surtout pour les métaux précieux que, dès l'antiquité, la possession de la mine a été revendiquée par les souverains ou les Républiques comme une

sorte de corollaire de leur droit de battre monnaie. La conquête d*une mine d'or ou d'argent pouvait motiver une guerre, et représentait, en cas de succès, un très sérieux appoint pour les guerres futures.

Lois antiques restrictives de la production minière. — Dans certains cas, on à vu, dès l'antiquité égale^ ment, TÉtat imposer d'une façon plus imprévue sa volonté aux exploitants pour interdire ou restreindre l'exploitation : soit qu'il redoutât, dans cette exploitation trop active, un gaspillage de la richesse publique, soit qu'il craignît la concurrence pour ses propres mines, auxquelles il voulait assurer un monopole, soit qu'il fût influencé par des considérations sociales.

Tel est le cas de cet ancien sénatus-consulte cité par Pline, qui, dit-il, interdit d'exploiter les richesses minérales de l'Italie « pour ménager le pays ». Interdiction qui fait penser aux mesures prises de nos jours par les Mormons pour empêcher, tant qu'ils le purent, l'exploitation des mines d'argent de l'Utah, de peur que les mineurs étrangers ne vinssent altérer leurs mœurs et leur religion ; qui rappelle ausai les défenses faites dans certaines parties de la Chine, « pour ne pas troubler sous terre les esprits des morts ». Telle est également cette autre loi censoriale romaine relative aux mines d'or d'Ictimules, dans le territoire de Vercelles, par laquelle il était défendu aux fermiers de TÉtat d'employer plus de 5.000 ouvriers à l'exploitation. En Bretagne, le plomb, dit encore Pline, était si abondant, qu'une loi spontanément portée défendait d'en fabriquer plus d'une certaine mesure.

L'État moderne exploitant de mines. — Dans les temps modernes, TÉtat s'est parfois, je l'ai rappelé, constitué exploitant de mines^ notamment en Allemagne et en Espagne, parfois avec un soin très jaloux de défendre son monopole ou ses bénéfices. Dans ce rôle qui n'est pas le sien, il lui est arrivé d'avoir peu de succès. Mais si l'État, et j'en ai cité plus haut des exemples ^, est d'ordinaire un mauvais exploitant par le fait même qu'il est trop désintéressé, il est parfois un administrateur philanthrope, dont la gestion s'attache à favoriser d'une manière durable le personnel ouvrier, et c'est le côté qui a fait souvent défendre cette solution.

Dans l'AUemague d'autrefois, l'exploitation des mines domaniales de la Saxe ou du Harz a été longtemps menée avec ce vieil esprit germanique de calme persévérant et de douce philosophie, qui a. fait place à l'initiative plus arrogante de l'Allemagne moderne quand les races du Nord se sont trouvé prédominer sur celles du Sud. mais en laissant toutefois dominer l'esprit de discipline, de soumission au pouvoir et de méthode. De très nombreuses mines ont été exploitées ainsi jusqu'aux extrêmes limites (parfois même, pendant d'assez longues périodes, avec perte, comme l'État seul peut le faire), afin d'en assurer l'utilisation aussi complète, aussi méthodiquement parfaite que possible, en vertu de ce raisonnement que toute parcelle de minerai extraite de terre constituait un gain absolu, même quand le prix de revient était supérieur au prix de vente. On considérait que ce prix de revient profitait en somme à

Page 1