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Étatisme contemporain. — Après une période récente du xix* siècle où des tendances plus libérales ont prévalu, un esprit d'ingérence analogue se reproduit aujourd'hui dans une foule de pays : en partie peutêtre par suite de Tautorité généralement attribuée, dans les gouvernements modernes, à des hommes sans instruction, à des électeurs incapables de comprendre un raisonnement un peu abstrait, mais aussi parfois ailleurs par la fantaisie individuelle de quelque souverain impulsif qui, convaincu de chercher le bien public, tranche une question très complexe sans la connaître, à la façon d'un de ces électeurs ignorants.

Il faut, d'ailleurs, que la question soit bien difficile et la tendance à faire intervenir l'État bien spécieuse pour qu'on la retrouve de tous côtés. L'Italie, nation latine, éprise comme nous le sommes trop en France de la rectilignité romaine, nous en fournira des exemples; mais nous en trouvons également dans un pays démocratique comme les États-Unis et autoritaire comme la Prusse.

Tantôt l'intervention de l'État se traduit par la domanialité. L'État s'attribue les mines nouvelles (sans avoir encore osé jusqu'ici nulle part confisquer les mines anciennes) et entreprend de les exploiter lui-même. Ailleurs, il réglemente l'exploitation, en limite le chiffre, régit les conditions de vente, etc.. Ailleurs enfin il se contente de faire sentir son action par le protectionnisme, qui traîne aussitôt derrière lui son cortège de trusts, cartels, syndicats, etc., auxquels, le jour où le danger en apparaît, on le voit essayer de s'opposer.

L'État italien et les minerais de l'Ile d'Elbe. —

Commençons par Tltalie. Dans ce pays à développement rapide manquent à peu près complètement les deux substances minérales qui ont été jusqu'ici les caractéristiques de l'industrie moderne, le fer et la houille. On comprend que les Italiens se soient préoccupés de garder, de défendre le peu qu'ils pouvaient posséder dans ce genre. Tel est le but des règlements et contrats qui ont toujours restreint la production des seuls minerais de fer nationaux ayant quelque valeur, ceux de l'île d'Elbe, des mesures qui en ont longtemps monopolisé la production entre les mains de l'État, qui en provoquent encore par de fortes primes la vente presque exclusive aux usines italiennes, tandis qu'on restreint d'autre part, au moyen de tarifs douaniers, l'importation de minerais de fer étrangers en Italie.

Il y a là un peu de trompe-l'œil. Et, sans doute, l'État italien peut se féliciter de retrouver aujourd'hui les minerais de l'Ue d'Elbe qu'il a empêché d'exploiter autrefois ; mais, si l'on établissait une balance bien complète, comme un industriel, en tenant compte des intérêts qu'aurait rapportés l'argent gagné dans l'extraction ancienne , en calculant Famortissement, etc., le résultat ne serait probablement pas en faveur de la mesure prise. Il faut bien se rendre compte, que lorsqu'en 1885 on a résolu de limiter la production à 200.000 tonnes, c'était parce qu'une évaluation erronée des minerais restants les estimait au total à 8 millions de tonnes. Quatorze ans après, quand, en 1899, le gouvernement s'est décidé à affermer pour vingt-cinq ans la production de 250.000 tonnes par an, l'opinion était encore qu'on n'arriverait jamais à ce terme. Le jour où l'industrie privée a commencé

sur le gîte des explorations un peu plus méthodiques, on s'est aperçu que la richesse réelle était bien supérieure aux estimations. On produit aujourd'hui 370.000 tonnes (1906). Mais c'est encore peu à côté des produits ferreux (fonte, fer et acier) que Tltalie est obligée d'importer chaque année et qui montent (1906) à 790.000 tonnes, soit à plus de 2,5 millions de tonnes de minerais et peut-être aurait-il mieux valu, après épuisement des minerais de l'île d^Ëlbe, laisser arriver les minerais de fer d'£spagne, d'Algérie, etc., avec les charbons anglais, sur la côte.

Le syndicat obligatoire des soufrières de Sicile. — La même tendance étatiste, qui est bien latine, s'est donné libre carrière à propos des soufres de la Sicile. Cette question des soufres de Sicile est une de celles qui occupent le plus souvent le Parlement italien. L'industrie du soufre est une question vitale pour la Sicile, où le paupérisme sévit pour bien des causes, sinon avec l'acuité qu'il peut avoir dans un pays du nord comme l'Irlande, du moins avec une gravité indéniable. Or les difficultés, contre lesquelles se débattent depuis longtemps les producteurs siciliens, par suite de la concurrence dés pyrites comme minerais de soufre, se sont énormément accrues depuis 1901 par la concurrence nouvelle des minerais de soufre de la Louisiane, identiques à ceux de la Sicile et susceptibles, par conséquent, avec des conditions d'exploitation plus économiques, de leur enlever leurs derniers clients. Là, il ne s'agit plus de défendre une industrie par des barrières douanières : ce qui (sauf à en éprouver des contre-coups impré-

vus), est facile, mais de s'assurer au contraire un marché d'exportation. En présence de cette crise, l'Etat italien a eu récemment (l*"" août 1906) l'idée, tout au moins hardie, de se mettre lui-même et obligatoirement^ pour douze ans, à la tête d'un syndicat de production, de vente, etc., réglementant l'extraction, achetant et vendant la production, comme d'autres gouvernements ont pu essayer de favoriser la vente, à titre toujours bénévole et d'ailleurs sans succès : les États-Unis pour l'argent, sous la pression des silvermen ; le Brésil pour le tabac. C'est dans ces conditions de socialisme trop moderne qu'il a engagé la lutte contre la Louisiane, afin d'arriver à une entente, avec restriction de la production mondiale et maintien des prix. Syndiquer la Sicile et la Louisiane est sans doute fort possible. Mais la concurrence ultérieure des producteurs de pyrites n'en subsistera pas moins, et la difficulté sera d'écouler les stocks invendus qui ont augmenté de 78.000 tonnes en 1906 (au total 507.000 t.).

Il est peut-être permis de remarquer, à ce propos, conformément à l'idée indiquée plus haut, combien il eût mieux valu, pour la Sicile, achever rapidement l'exploitation de son soufre alors qu'elle n'avait aucun concurrent dans le monde, sinon alors qu'il n'était pas question des pyrites, du moins avant la découverte de ces nouveaux gisements de Louisiane et employer les fonds tirés de cette extraction à mettre en valeur telle ou telle autre richesse de son territoire.

La défense des minerais de fer suédois. — A Tautre bout de l'Europe, les minerais de fer de Suède ont

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donné lieu à des mesures de défense analogues à celles que nous avons signalées pour Tile d'Elbe. Là, pendant longtemps, TÉtat s'est opposé à la mise en valeur de minerais qui ont le défaut d'être phosphoreux, de crainte de nuire à la bonne renommée des fers suédois. Et, dans une certaine mesure, Tévénement semble ici lui avoir donné raison, puisque ces minerais se sont trouvés restés vierges pour le jour où les minerais phosphoreux ont été, au contraire, demandés avidement sur le marché. Puis sont venues les longues discussions entre les deux « pays frères », pour la construction de la ligne trans-laponne, enfin ouverte en 1901. Actuellement, une ville de 8, à 9.000 âmes a surgi, avec la rapidité d'un camp minier américain, au pied de la montagne de Kirunuvara, qui constitue peut-être le plus grand amas de fer, concentré sur un seul point, dans le monde entier, soit 200 à 400 millions de tonnes de minerai ^ Mais le gouvernement, profitant de ce qu'il pouvait agir sur la Compagnie exploitante au moyen du chemin de fer indispensable à l'exploitation, s'est attaché à faire restreindre la production, afin d'assurer la [longue vie de cette industrie. Au début, il avait limité le droit d'exportation à 1.200.000 tonnes, s'engageant seulement jusqu'à concurrence de ce chiffre à un prix de transport, faute duquel le minerai ne serait pas vendable. Des négociations récentes ont assuré à l'État la moitié de la propriété de la mine en échange de certaines exemptions d'impôts et de la possibilité d'élever l'exportation à 3.750.000 tonnes sans taxe de sortie.

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