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(Iabès. — Marahuit.
(Dessin de M. O'Valla'jhan, Wapri* uni- phnlographii.)
un immense plateau où l'on rencontre, dans un périmètre de vingt à vingt-cinq lieues, de vastes constructions que les indigènes désignent sous le nom de madjen (récipients, citernes.) Deux surtout ont fixé notre attention. Une, nommée Madjen-Smaoui, sur la route de Kairouan à Gafsa, à douze lieues environ de cette ville. C'est une masse énorme de maçonnerie. Elle est de forme circulaire, et a environ quinze mètres de profondeur. Elle est aussi large au fond qu'au niveau du sol, et a environ trente mètres de diamètre. Elle peut donc contenir
quatre mille mètres cubes Sur une partie de la
circonférence, il règne une sorte' de voûte percée de trous par lesquels on puise l'eau. Lorsque nous y sommes passés, elle était à moitié pleine et l'eau quelle contenait était assez bonne. Nous avons cherché à nous rendre compte de la façon dont elle se remplissait, mais sans succès; aucune conduite, aucun aqueduc n'y débouchait ; elle était seulement construite entre deux ravins profonds de deux ou trois pieds et près de leur confluent. Nous fûmes forcés d'ad mettre que ces ravins avaient eu des crues considérables et que l'eau était montée assez haut pour entrer dans la citerne. Peut-être existait-il autrefois des barrages sur ces ravins, mais il n'en restait aucune trace. Très désireux de tirer parti de cette construction sur une route où l'eau vive ne se rencontre, en été, qu'à de très grandes distances, nous fîmes des barrages dans les ravins pour déverser les eaux des crues dans la citerne et nos travaux furent couronnés d'un plein succès.
A Gafsa, on nous dit que cette citerne avait été bâtie par un nommé Smaoui dont elle porte du reste le nom, et qui était l'ancêtre éloigné du sergent El Akhdar-ben- Hamadi, celui-là même qui fut tué dans une sortie contre les Hamâmas dont nous avons parlé plus haut.
El Akhdar, interrogé, eut la complaisance de nous montrer un vieux livre de famille où se trouvaient des comptes établissant le prix de revient des travaux que son ancêtre Smaoui avait fait exécuter. La lecture attentive de ce document important nous a démontré que ce n'avait été qu'une simple réparation, qui avait consisté à vider la citerne, à enlever la boue, les immondices, puis à bouclier les fuites en rebâtissant les parties effondrées de la maçonnerie et en faisant à l'intérieur un enduit avec un mélange de chaux et de ciment. Mais évidemment il n'y eut qu'une réparation importante et non une construction. La quantité de matériaux transportés ne permet pas l'ombre d'un doute. Elle est donc plus ancienne que cette réparation. Un autre dira si elle est d'origine romaine ou non, ses dimensions, sa durée portent à le croire.
L'autre est aussi sur la même route, entre Madjen- Smaoui et l'oued Fekka. Elle porte le nom de Madjen- Célicila.
Elle a à peu près la même situation par rapport à un lit de rivière qui passe près d'elle. Elle a encore de plus grandes dimensions que Madjen-Smaoui, mais elle n'a pas aussi bien résisté aux insultes du temps. Peutêtre n'a-t-elle pas été réparée et entretenue comme l'autre ; mais elle présente une installation particulière. Un aqueduc romain, de dimensions considérables, traverse toute la plaine dans sa direction, pendant plusieurs lieues, et en ligne droite. Il semble avoir pour point de départ l'oued Cehela, qui se perd à la sortie de la montagne près de la Koubba de Sidi-Ali-Ben-Aoun.
Quelques palmiers dressent à cet endroit leurs cimes élevées.
Nous pensons qu'il devait y avoir là un barrage, dont l'aqueduc recevait les eaux pour les conduire à
Célicila. Nous avons cherché inutilement ses traces.
Cet aqueduc porte à croire à l'origine romaine de ces citernes. Du reste toute la Tunisie est couverte des ruines laissées par les conquérants ; elles indiquent une densité de population, telle qu'aujourd'hui dans l'état actuel du pays, elle mourrait absolument de soif. Il est donc bien certain qu'il existait, du temps des Romains, sur toute la surface, des quantités d'eaux beaucoup plus considérables, grâce à des travaux d'aménagement très complets et très habiles.
En somme, la rivière de Lala, l'oued Baïach, et tous les ravins qui sortent des montagnes environnant Gafsa, donnent la certitude que cette ville est appelée à un grand développement lorsque des travaux intelligents développeront les richesses du pays.
Il y a entre le Nefzaoua et Gafsa beaucoup d'autres points importants par leurs cultures et les développements qu'ils peuvent prendre, par exemple l'oasis d'El- Guettar sur la route de Gafsa à Gabès.
C'est un endroit remarquable par l'esprit énergique, la vitalité de ses habitants. Les conduites (fegaguir) qu'ils ont creusées pour aller chercher sous terre, à une profondeur considérable, les eaux, qui arrosent leurs jardins et entretiennent la fraîcheur de leur oasis, méritent l'attention et prouvent combien les accusations de paresse adressées à ces populations sont fausses et erronées .
Puis la splendide oasis d'El-Hammam, centre de la grande tribu des Beni-Zid, tribu guerrière et pour ainsi dire tribu maghzen qui, pendant l'insurrection, nous a prêté un concours dévoué.
En continuant vers l'ouest, on suit le cours de l'oued Baiach qui, après Gafsa, prend le nom d'oued Terfaoui. L'eau de la rivière, qui apparait de distance eu distance,
est généralement salée ; cependant, à Gourbata, il y a une source d'eau douce. C'est le point dangereux entre Gafsa et le Djérid, et c'est là que les coupeurs de route attaquent toujours les caravanes soit à l'aller soit au retour. Aussi, dans les premiers temps on avait construit à Gourbata même, sur la source, une petite redoute et la garnison assurait la sécurité des voyageurs. C'est le pays de la peur et des légendes. Un des affluents de l'oued Terfaoui, l'oued Tseldja, descend du Djebel Tseldja. En le remontant on arrive à une gorge extrêmement remarquable. La rivière, qui prend sa source au nord de la montagne, l'a traversée en la creusant profondément, et on marche pendant deux kilomètres entre deux blocs de roches de cent mètres d'élévation, qui font des deux côtés une muraille à pic. Au bout de deux kilomètres, le défilé s'élargit et forme un vaste cirque boisé de tarfas (tamarisques). Près de la sortie de cette plaine, on a creusé de main d'homme dans le rocher une grotte spacieuse, en forme d'hémicycle. Elle a environ soixante mètres de diamètre sur vingt à vingtcinq mètres de profondeur. Il nous a été raconté par les indigènes que c'était une reine des anciens temps (sultane, Djazia el œlélia) àJ^l ijU ('), qui avait fait creuser cette grotte pour habiter pondant les chaleurs de l'été. Le rocher dans lequel elle i\ été creusée porte encore le nom de Kef- Djazia. Les indigènes prétendent que ces montagnes sont hantées par des démons CojU* (afârits), et qu'il s'y trouve des serpents énormes (Tràben) qui attaquent l'homme. Beaucoup parmi eux affirment en avoir rencontré et racontent des histoires d'hommes dévorés par ces serpents. Ils n'y passent le jour qu'en nombre. La nuit aucun d'eux n'v resterait, tant ils sont
(1) Djazia el œlèlia est l'héroïne de plusieurs romans historiques de la conquête arabe, entre autres de El-Zenati.
convaincus des fables qu'ils racontent. Malgré l'espoir qu'ils avaient fait naître en nous de trouver là un descendant du fameux serpent de Kégutus, et quoique
Vue de Taulga. (Dessin de M. L. Piesae.)
nous y soyons restés deux nuits, rien n'est venu troubler notre sommeil.
A quoi attribuer ces traditions? Il y a évidemment des faits historiques à élucider qui en donneraient l'explication, mais parmi ceux qui nous accompagnaient personnen'en savait davantage. Le lieu n'était pas fait, nous l'avouons, pour inspirer une confiance entière. Ce sombre défilé, ces murailles à pic, noires et perpendi-
culaires, en faisaient un site des plus sauvages et des plus pittoresques ; la rivière, assez abondante, saute de rochers en rochers avec un bruit étourdissant. Partout, sur la montagne et sur la petite plaine, des ruines de villages, des traces de cultures anciennes, quelques oliviers, mais pas un vestige récent. Il s'est évidemment passé là un fait de destruction qui remonte peutêtre à l'époque de l'invasion arabe, et à cette histoire se trouvent mêlés seulement deux noms, celui de la sultane Djazia, la reine de la grotte qui s'était assuré là, eu même temps qu'un abri impénétrable aux rayons du soleil, un bain rafraîchissant dans la rivière qui fermait sa demeure ; puis le nom de Chaâbi, sultan qui a joué un grand rôle dans ce pays. En somme, dans ce désert, on trouve les traces d'une population assez dense. La rivière, qui traverse cette gorge a sa source, assez loin dans le nord, et arrose une oasis nommée Aïnel-Ksob, puis elle disparait sous le sol et ne reparait qu'au renflement produit par les montagnes de Tseldja et par plusieurs sources que l'on appelle Ras-el-Aïoun. A la sortie de la gorge dont nous avons parlé, elle disparait sous les sables.
Autrefois elle a été cependant utilisée à sa sortie, car on trouve sur les flancs du rocher, à une élévation de dix à douze mètres auj- dessus du niveau actuel de la rivière, les traces considérables d'un barrage en maçonnerie et des prises d eau qui la déversaient dans la plaine. 11 serait relativement facile aujourd'hui d'établir un travail de ce genre et de créer un beau village et des cultures avec les eaux, mais il y aurait lieu, en le construisant , de prendre des précautions pour le garantir des crues de la rivière, qui doivent être d'une violence extrême.