‹ La conquête pacifique de l'intérieur africain: ne?gres, musulmans et chre?tiensChapitre 16 sur 36 · PS · texte numérisé non relu

PS

0* Naïl, hohme, femme et enfant.

semblable au Nefzaoua, l'eau doit s'y trouver à fleur de terre, ou, au plus à quelques mètres de profondeur. Du peste, quelque incomplètes qu'elles soient, les cartes indiquent surtout le parcours, des puits à Faible distance les uns des autres. II y a lieu de s'étonner que le gouvernement tunisien n'ait pas repris le projet et ne l'ait pas

mis à éxecution, afin de reconnaître au moins la limite de nos possessions. Car enfin si le pays est susceptible de culture, le Djérid, le plus riche pays de la Tunisie, celui dont la population fournit au trésor beylical, la proportion d'impôt la plus considérable peut recevoir une extension indéfinie.

C'est en tout cas une question fort intéressante, que de savoir si le bord sud du Chott a été peuplé, habité comme le côté nord. M. le colonel Roudaire dit qu'on a trouvé à Tozer les débris d'un bateau, d'un autre côté on dit que jamais ces chott s n'ont communiqué avec la mer. C'est être bien peu curieux que de ne pas chercher où allaient ces bateaux, quels pays ils abordaient. Il y a des ruines romaines à la pointe du Nefzaoua vers Debabcha. 11 n'est pas douteux qu'il doit y en avoir sur la même rive vers Bir-Regaa ou vers El-Fouara. Il n'est pas possible que le Nefzaoua seul ait été habité, il est plutôt le dernier reste, le témoin d'une ancienne civilisation qui s'éteint.

La ville la plus vieille du Djérid, est Ceddada. Ses ruines sont situées dans les gorges du Chareb (montagne qui forme la limite nord des chotts) ; à peu de distance au nord-est de la ville actuelle, près de la Koubba de Sidi-Bou-Hellal, que domine un défilé profond, le Khanget-Majer, débouchant sur le versant nord de la montagne, à l'ouest de Bégra : sur ses flancs, ravinés, ravagés par les orages, on trouve des traces confuses des cavernes qui y étaient creusées. L'emplacement en est indiqué de distance en distance par de très légères cavités. Seule, une grotte située dans un ravin voisin est assez bien conservée. La tradition arabe veut qu'elle, ait été l'ermitage d'un pieux personnage Sidi-Abbas (Sa Koubba s'élève vis-à-vis de celle de Sidi-bou-Hellal, elle n'en est séparée que par le Khanget-Majer) qui s'y

serait retire 1 pour y mener la vie pieuse des anachorètes et des solitaires-

Elle paraît quoiqu'en dise la légende, bien antérieure à l'époque où vivait cet ermite, et être l'une des anciennes demeures des premiers habitants du pays. Puis, succédant à ces grottes préhistoriques, s'est élevée sur les sommets une cité moins antique, mais aussi étrange. C'est la vieille Ceddada. Ses remparts mono- Iythes, déroulés le long des abîmes, dominent à l'est le

Source de Nlfta (Dessin de M. ffCallaghan, d'après une photographie île M. Baronnet).

défilé d'El-Majer et à l'ouest le Chabt-el-Melah. Ils s'abaissent brusquement vers le sud pour donner accès dans la ville par le ravin de Sidi-Bou-Hellal, que couronne la koubba du saint : au nord ils remontent d'une manière uniforme jusqu'à l'extrémité de la table dans laquelle ils sont taillés et qui se termine elle-même, par une petite plateforme entourée d'un léger rebord en saillie. Le roc est, en cet endroit, percé de trous peu

profonds, qui pouvaient être aussi bien destinés à recueillir le sang des sacrifices, qu'à recevoir la hampe d'un étendard ou les supports d'une tente. Un chemin de ronde de un mètre de largeur sépare les maisons des précipices, sur lesquels elles semblent se pencher curieusement. Des restes d'escaliers gigantesques descendent au fond des précipices, aux sources qui probablement alimentaient la ville.

Il est difficile de déterminer la nature des habitations primitives. Les décombres accumulés sur le plateau de Sidi-Bou-Hellal, pèsent de tout leur poids sur le passé et promettent, croyons-nous, une riche moisson à ceux qui essaieraient de les soulever.

Les Romains ont occupé Ceddada, ils ne pouvaient négliger une position militaire aussi importante. Mais ils n'y ont eu vraisemblablement qu'un poste. Leur colonie Thiges, était située dans l'intérieur, aux lieux que les indigènes appellent henchir Gubba, Tagianous ou Taghious, où il y a des restes de constructions.

Il est probable que Ceddada, préservée par les difficultés extrêmes de sa situation, résista longtemps à l'invasion arabe. Mais en 980 de l'hégire, elle fut détruite de fond en comble par un sultan du Djérid, et les habitants qui échappèrent à la mort, durent dorénavant habiter au pied de la montagne. C'est ainsi que se créa la nouvelle Ceddada. Ses habitants forment encore dans le Djérid une population sauvage, mal unie au reste des habitants, ayant l'allure de gens opprimés et disposés a la révolte.

Autrefois Ceddada formait avec les autres villes d'El- Oudian une seule oasis d'une longueur de douze kilomètres environ. Leurs jardins forment maintenant trois tronçons, et l'espace qui les sépare montre encore des traces de jardins qu'une administration intelligente

ferait facilement revivre, eu déblayant les sources qui les alimentaient autrefois. Les indigènes abandonnés à eux mêmes, sans union entre eux, désintéressés de leur entretien par des impôts abusifs, qui tuent la production, les déblaieraient eux-mêmes si le gouvernement les encourageait par des dégrèvements proportionnés à leurs efforts ou par l'aide de quelques subsides ; il est clair que l'ordre et la paix qu'imposent notre protectorat, rendront ces espaces à la culture et à leur fertilité première.

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Marché de Tozer. (Dessin de M. {/Callaghan, d'après une photographie

L'oasis que nous rencontrons en marchant vers l'ouest est Tozer. C'est la plus riche et la plus importante du Djérid. Les palmiers s'élèvent au chiffre de plus de deux cent cinquante mille et au-dessous de leurs tètes élevées s'abritent un nombre plus considérable encore d'arbres de toutes sortes.

Du temps des Romains, Tozer était une très grande

ville et le centre d'un puissant pays. Il reste des traces nombreuses de leur établissement et ce sont encore des barrages établis par eux, qui répartissent l'eau entre les différentes fractions de l'oasis.

Tozer est très connue et la richesse de ses plantations et de son industrie est trop célèbre pour que nous nous . arrêtions à en faire une description que d'autres ont, du reste, déjà plusieurs fois essayée.

Ce qui nous importe, c'est de dire que Tozer peut être considérablement augmentée, qu'autrefois elle avait un développement bien plus grand et que quelques travaux conduits avec intelligence permettraient de multiplier ses plantations et de les étendre à de grandes distances. Il n'est pas douteux qu'il y a peu de temps encore des portions de terrains aujourd'hui incultes étaient en pleine culture, et des vieillards montrent des endroits où coulaient de vrais ruisseaux qui sont aujourd'hui à sec. Les eaux qui alimentent Tozer sont les eaux dont les sondages Roudaire ont établi l'existence au Seuil de Kriz. Ce ne sont pas les eaux du Bahar Tahtani, elles n'en ont ni la température ni le goût et H. Duveyrier dit : « L'eau non plus ne leur manque pas, parce que le Djebel Chareb, et le Djebel Tarfaoui, etc., leur envoient sous la forme de ruisseaux et de rivières intarissables le résidu des pluies qu'ils reçoivent, et grâce aux conditions géologiques spéciales à la contrée, les eaux de ces ruisseaux sont thermales. Les oasis du Djérid, proprement dit, sont donc des serres naturelles, à ciel ouvert, irriguées avec de Ceau tiède, dernière condition que ne réalisent ni les oasis de l'Algérie, ni celles de la T ripolitaine , ni celles du Maroc. Aussi nulle part trouve-t-on rien de comparable aux superbes et délicieuses variétés de dattes du Djérid? On pourrait maintenant cultiver dans ces oasis

Barrage romain de Toîer.

(Detsinde M.ffCollaghan, d'npri» une photographie dt M. Barronnet).

quelques-uns des végétaux qui font la fortune des colons de F Inde , de la Martinique et de la Réunion. »

La population extrêmement laborieuse, est exempte de fanatisme, désire Tordre, la paix, et ne demande qu'à avoir la liberté de travailler et de commercer. Nous savons que jadis ses produits allaient à Ghadamès et dans le Soudan, et étaient une source d'immenses bénéfices. La tradition, nous dit aussi, que les chefs de Tozer avaient une grande puissance, l'un d'eux, Keidad, père d'Abou-Yezid se posa même en rival des Fatimites.

Aujourd'hui, divisés en plusieurs partis, jaloux les uns des autres, leur rôle est très diminué, et ils sont sans action hors de leurs murs. Souvent même, ils ont à souffrir les meurtres et les vols des bandits Hamâmas. Mais leur fortune est encore considérable et leur argent leur donne à Tunis un certain poids.

Non loin de Tozer est sa rivale en fortune et en développement agricole, Nefta. Elle a environ cent quatrevingt mille palmiers et un nombre considérable d'orangers, de citronniers, de jujubiers. C'est la ville la plus orientale du Djérid. Les sources qui la fertilisent suintent au pied de collines de sable fort élevées et qui vont toujours en se surélevant par les dépôts successifs. De sorte que les eaux forment un ruisseau s'écoulant entre deux berges profondes.

Lorsqu'on arrive au sommet de ces dunes, on aperçoit à ses pieds et fort au-dessous de soi cette forêt d'un vert sombre d'une immense étendue. Le coup d'œil est vraiment magique. Malheureusement cette dune gagne sur les sources qu'il faut péniblement déblayer. Il serait relativement facile d'arrêter l'envahissement de ces sables et de les empêcher de gagner sur les sources.

Nefta est un centre religieux, ta population est plus fanatique que celle de Tozer. Cela tient à la présence de plusieurs Zaouias importantes. Mais cependant, il n'y a pas là de gens de désordre et de guerre. Tout y est voué au commerce et à la culture. Du reste Nefta n'est susceptible d'aucune défense. De Nefta à quelques kilomètres à l'ouest la route nous conduit aux oasis de l'oued Souf. Il est inutile de les décrire, on ne pourrait

Vue de Nefta (Dessin de M. (ÏCoUaghan, d'après une photogi-apkie de M. Baronnet).

que répéter les récits déjà faits. Nous nous bornerons à saluer en passant la puissance de la volonté et le génie humain, victorieux dans une lutte, de tous les instants, contre une nature rebelle et ingrate.

Les palmiers de l'oued Souf sont arrosés par des eaux superficielles, et déjà nous aurions dû venir au secours de cette laborieuse population, en faisant des sondages artésiens qui réussiront sans doute. 11 eu a déjà, croyons-nous, été souvent question, mais nous n'avons pas encore entendu dire qu'aucun travail ait eu lieu,

du moins les résultats n'ont pas été publiés. Il ne peut être douteux que, sur tous les bords du chott Melrir, le Bahar-el-Tahtani n'existe, et par conséquent tout le pays qui s'étend entre Nefta, les oasis nord de l'oued Souf (Sidi Khelifat et Gemar) et les bords du chott Melr'ir', est arrosable et cultivable . Bien plus, lors même que la couche artésienne, pour une cause inconnue viendrait à y faire défaut, l'eau superficielle doit y être à fleur de terre, sous le sable, à la hauteur des eaux du chott Melr 'ir'.

Nous ne parlerons pas de la richesse des bords du chott Melr'ir' ; depuis trente ans, la population grandit en nombre, les plantations se multiplient et déjà, comme nous l'avons dit à la première page de ce travail, la colonisation européenne y a pénétré sous la forme de sociétés et v a obtenu des résultats satisfaisants.

Lorsque nous dépassons dans l'ouest le Chott Melr'ir', le sol se relève sensiblement et nous conduit vers la ligne de crête qui forme la ceinture ouest de l'Igharghar, en un mot vers l'épine dorsale du continent africain, qui sépare le bassin du golfe de Gabès du bassin de de l'Atlantique et du Niger. Cette épine dorsale, est composée de hauts plateaux (hammadas), et là il ne faut point espérer trouver des contrées favorables à la culture . . . Cependant , quelques - unes des rivières , affluents de Tlgharghar, qui, sortent de cette épine dorsale méritent de fixer notre attention.

i° L'oued Mzi ou Djedi, qui sort du Djebel Amour, arrose Aïn Mahdi, Tadjmout, Laghouath et enfin les oasis des Zibans, célèbres dans l'histoire de la conquête française par la lutte énergique que les populations soutinrent dans Zaatcha, Célèbres aussi par la richesse de leur végétation et le nombre immense de leurs palmiers.

L'oued Djedi est un vaste champ et là non plus la terre et l'eau ne manqueront pas. Le temps n'est pas loin où il sera à notre portée par le chemin de fer de Biskra.

2 e L'oued Mzab, qui arrose les cinq oasis de Ghardaïa, Melika, BenMsguen, Bou-Noura, et El-Atef.

Nous ne citerons que pour mention l'oued Zeguerir qui arrose l'oasis de Guerara, et l'oued Neça qui arrose Berrian.

Si nous poussions plus loin cette étude nous pourrions

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e Hl Keidj. {Dessin de M. L. Vietse.)

ajouter à cette nomenclature tous les terrains que traverse le cours de l'Igharghar, entre le chott Melr'ir' et les dunes d'Ouargla. Mais nous avons déjà un champ assez vaste pour suffire à notre activité pendant de longues années. Nous faisons des vœux ardents pour que la France, reconnaissant enfin que la Méditerranée est le centre le plus favorable à l'extension de sa puissance concentre tous ses efforts et tous ses moyens à développer dans sa colonie les ressources qu'elle contient en germe et à lui donner toute l'extension dont elle est susceptible.

Nous avons jadis laissé prendre Gibraltar à l'Angleterre, et bientôt avec ses canons dont la portée va toujours en augmentant, elle fermera le détroit. Dans des temps plus récents nous lui avons laissé mettre la main sur Suez, là aussi elle fermera bientôt le passage...

Si par suite nous devons craindre de ne plus pouvoir sortir de cette Méditerrannée, au moins occupons-nous de la partie qui est nôtre et hâtons-nous de nous en assurer la possession en armant nos ports, en y faisant des arsenaux, des chantiers, des constructions, etc.. surtout, des chemins de fer qui lient l'intérieur à la côte et aussi en la peuplant et en y développant toutes les cultures et toutes les industries.

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