‹ La conquête pacifique de l'intérieur africain: ne?gres, musulmans et chre?tiensChapitre 17 sur 36 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Eaux de l'Ighargbar. — Eaux artésiennes. — Rôle des Dunes. — Versant de l'Océan Atlantique. — Recherche des bassins artésiens. — Reconnaissance des environs d'Ouargla. Le Transsaharien.

Dans les chapitres précédents, nous croyons avoir démontré qu'à Test de la ligne des crêtes séparant les eaux du golfe de Gabès de celles de l'Atlantique, il existe le long de la bordure nord du Sahara, de vastes terrains riches en eaux, admirablement propres à la culture du palmier, de l'oranger, des arbres fruitiers, des légumes et de divers produits exotiques, comme la banane, le coton, le café, le poivre, la canne à sucre, la garance, etc., etc. L'autre versant, celui qui, à l'ouest du méridien d'Alger s'étend jusqu'à l'Atlantique, présente les mêmes conditions de richesse et de fertilité.

Dans le Sahara il n'y a pas d'eau de surface, l'évaporation les fait disparaître, mais les dunes sont d'immenses réservoirs, qui absorbent toutes les eaux, les préservent de l'évaporation, et forment ainsi comme des lacs souterrains. Par suite, dans les dunes, il suffit de creuser pour trouver l'eau.

De plus la pression de ces vastes réservoirs produit au moins une partie des nappes jaillissantes et explique les puits artésiens que partout on rencontre, à Gabès, àTuggurth, Ouargla, et au delà à Temassinine. Donc en avançant avec la sonde artésienne on trouvera l'eau dans tous les terrains, qui sont tributaires des dunes, aussi bien dunes d'Ouargla, que dunes d'Iguidi, et par conséquent le Sahara n'est pas dépourvu d'eau comme on le prétend généralement.

Cette hypothèse nous met en opposition avec plusieurs ingénieurs, qui ont écrit et affirmé que les eaux artésiennes de l'oued Rir' venaient du nord et que la tradition et la croyance des indigènes à l'origine sud de ces eaux (au Bahar tahtani) mer souterraine, était sans fondement. C'est avec une grande circonspection que Ton doit discuter les affirmations d'hommes importants par leurs connaissances spéciales, cependant nous ne pouvons abandonner l'idée principale, qui ressort de notre hypothèse : à savoir que dans le Sahara les dunes sont les réservoirs des eaux. Nous ne sommes point mus par l'ambition de créer un système, déjà du reste avancé par d'autres personnes. Nous insistons, parce que ce système donne une solution certaine au besoin qu'a notre pays de trouver à travers le Sahara une route vers le Soudan, route à laquelle il faut renoncer si l'eau n'existe pas, autrement dit, si les dunes ne couvrent pas des nappes d'eau considérables qu'elles protègent de toute évaporation et conservent précieusement.

Pour expliquer notre pensée, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails que le lecteur nous pardonnera.

Au centre du Sahara sont deux reliefs montagneux considérables, le Tassili, habité par les Touaregs Asdjers et le Hoggar. Les eaux des versants nord de ces deux chaînes s'écoulent par plusieurs rivières dont les principales sont : l'oued Isaoueu, les oued Igharghareu sortant du Tassili, l'Igharghar sortant du Hoggar. Elles coulaient autrefois dans la direction nord, et réunies sous le nom d'Igharghar, elles apportaient leur tribut au vaste bassin d'Ouargla, et remplissaient les chotts Gharsa, Djérid, Fedjedj etc.

Le lit aujourd'hui desséché de cette rivière est encore visible sur bien des points de son parcours, de plus de

No*a. . L'irttpt'T-tsmrt! ■ nia/tet ■Jr. car hal ■WM de Imtiiùnètrt .

Carte des o*sis soitelles, OiH>-Hm'. (ftofint'r par X. Roltawi.

deux mille kilomètres. Depuis longtemps les sables l'ont coupé au nord de Ouargla et ont formé d'immenses dunes qui arrêtent les eaux, et créent un réservoir gigantesque, par son étendue et ses dimensions. Nous savons que les lghargaren sont riches en eau, qu'elle y affleure partout le sol et qu'il y reste même , de distance en distance , des bouquets de palmiers, derniers vestiges d'anciennes cultures que la guerre et ses horreurs ont fait abandonner.

Sur Tlgharghar, Flatters nous a révélé la présence des Aguellachen, flaques d'eau, qui sont aussi la preuve de nappe aquifère abondante et affleurant la surface du sol. Au nord, les puits artésiens sont nombreux, tout le cours de l'ancien Igharghar en est jalonné de distance en distance, d'abord à Ouargla où il y en a aujourd'hui un grand nombre arrosant des oasis et un million de palmiers, cinq ou six, croyons-nous, entre Ouargla et Tuggurth où maintenant il en existe un graud nombre arrosant cinq à six cent mille palmiers. Enfin, près de la côte, près du seuil de Gabôs, qui seul semble empêcher cette nappe souterraine de se déverser dans la mer, le commandant Landas a retrouvé la couche d'eau et a fait jaillir des sources considérables. La mer souterraine suit le cours de Tlgharghar, cela est absolument démontré par la série ininterrompue de puits qui existent tout le long de son cours et que nous avons indiqués sur notre croquis.

Les montagnes qui entourent le bassin à l'ouest, au nord et à l'est et d'où sortent les affluents considérables qui s'y déversent, apportent naturellement leur contingent à la quantité considérable d'eau qui jaillit au centre du bassin. Il est impossible qu'il en soit autrement, car ces affluents sont nombreux et considérables.

11 peut bien se faire aussi, comme on l'affirme, que les sommets neigeux de l'Atlas aient des infiltrations, qui contribuent à l'ensemble. Mais, tout en admettant ces faits, il est pour nous, non moins évident, que les dunes d'Ouargla, l'Erg, ont une large part au débit. Nous en donnons, croyons-nous, une preuve indéniable par l'existence du puits de Temassinine au nord de ces dunes, et par la suite ininterrompue des puits d'Ouargla jusqu'au puits Landas, près de Gabès.

Dire que l'appoint venu du sud est peu de chose nous paraîtrait être une assertion hasardée, le Tassili, le Hoggar, ne sont pas de simples coteaux, ce sont des reliefs importants qui s'élèvent, d'après ce que nous en savons, jusqu'à deux mille mètres, et couvrent une étendue considérable de terrain, ce sont de vraies montagnes et quoiqu'elles nous soient imparfaitement connues, nous savons que les eaux vives n'y manquent pas. Il peut bien être admis comme certain que les pluies ordinaires y sont rares, mais leurs sommets sont quelquefois couverts de neige et elle y tient souvent plusieurs jours de suite. Il est certain aussi que les orages ont dans cette région une violence extrême, et que les crues de ces rivières atteignent des dimensions d'autant plus considérables que le déboisement d'une partie du pays, laisse toutes les eaux courir à la surface, or, toutes ces eaux se perdent aujourd'hui dans les dunes dont l'évaporation est nulle.

Nous devons donc admettre, que le bassin tout entier de l'Igharghar et ceux de ses affluents, concourent à la production des eaux artésiennes, que les dunes de l'Erg y apportent leur part, et généralisant, nous disons que toutes les dunes jouent partout le même rôle.

Malgré l'évidence de leur rôle, beaucoup de per-

sonnes n'admettront ces données que comme des'kyppthèses, mais, en considérant que le Soudan, si vâsfe", . si peuplé, si riche en eaux et en productions de toutes-- .-. sortes, est destiné dans l'avenir à être un marché ""-' important, nous disons que le Sahara n'est pas une barrière infranchissable ; que notre hypothèse n'est pas à rejeter sans étude et que la France a un intérêt des plus grands, un intérêt de premier ordre à se rendre compte des difficultés et à entreprendre de les résoudre. Laissant cette question générale, nous nous bornons aujourd'hui à un point particulier, qui est celui-ci : depuis notre débarquement en Algérie, nous avons fait de grands efforts, d'abord pour conquérir : nous avons sans compter versé beaucoup de notre sang, comme nos ancêtres les Gaulois, puis dépensé beaucoup de notre argent. Nous sommes arrivés à un résultat important, que personne ne nie et (jui s'accentue tous les jours. La colonisation est maîtresse du Tell, tous les jours elle le transforme et le fait sien, tous les jours des capitaux nouveaux viennent ajouter aux forces et aux ressources propres des colons, et aider à la marche en avant de la civilisation et de la culture.

Cependant deux ennemis connus forcent notre attention.

\ ° Les insurrections répétées des musulmans . Tout le danger vient des nomades du sud. Les soulèvements des populations sédentaires sont faciles a dompter. L'effort peut se calculer à tant de soldats, tant d'argent et tant de temps. Plus la colonisation s'étend et pénètre les populations indigènes, plus le danger diminue de ce côté. L'insurrrection des populations du sud est une autre affaire et nous savons par l'expérience, que nous en avons faite, qu'il est difficile d'y mettre un terme. Si nous supposons la colonisation répandue sur les

terrains bordure du Sahara que nous avons décrits et . aifivée à une certaine densité, elle formera barrière et le

..;.. /ftomade, pris entre le Tell et cette population, dépendra

;";.>•" absolument de ces deux éléments, ne pourra vivre sans eux et par cela même, sera hors d'état, à tout jamais, de rien entreprendre. Nous devons donc nous hâter de coloniser ces régions sud.

2° La colonisation a d'autres ennemis. La culture qui lui a donné, en Algérie les ressources et la vie, est celle de la vigne. Elle a prospéré au moment où elle disparaissait en France sous le fléau du phylloxéra, mais il est à craindre que le terrible insecte ne l'atteigne aussi, de plusieurs côtés on en a signalé l'apparition. Ce serait un grand malheur, dont on ne peut cependant repousser la probabilité. De plus, il viendra toujours un moment où la France reconstituera, au moins en partie son vignoble et où la concurrence arrêtera l'essor qui en ce moment pousse la fortune de la colonie. Déjà, dit-on, l'écoulement de ses produits souffre quelques retards et la production n'est pas sûre de la vente.

La sagesse conseille de chercher, sans abandonner la culture de la vigue, bien entendu, d'autres produits rémunérateurs. A bien des points de vue, la culture du palmier est la plus avantageuse. D'abord, d'ici à bien longtemps, on a la certitude que la production sera inférieure à la consommation. Le peuple indigène seul, pour sa nourriture, achète et paie un prix rémunérateur puisque le palmier adulte, même de qualité ordinaire, dont la valeur est de dix francs environ, tous frais payés, rapporte au minimum trois francs soit trente pour cent et si, dans un avenir lointain, la production dépassait la demande, il ne fait doute pour personne, que la distillerie trouverait dans la datte de l'alcool et du sucre en grande quantité.

out ce que nous avançons ici a déjà été compris

[uelques personnes connaissant le pays, et plusieurs lés se sont formées pour exploiter ces ressources.

La plus ancienne est celle de MM. Fau, Foureau, et C'\ Depuis 1876, ils ont acheté des jardins, creusé des puits artésiens, planté des palmiers, et eu résumé, sont propriétaires de plusieurs domaines répartis sur différents points : Mraïer, Chria Saïah, Tala Em Mouidi, Tamerna et enfin Tuggurth. Satisfaits des résultats de leur exploitation ils cherchent maintenant à agrandir leur entreprise et font à Paris une campagne pour réunir les fonds nécessaires aux agrandissements qu'ils projettent.

Après cette société, celle de MM. Courcival et Rolland, établie dès le début sur des bases plus larges et dont la Société de géographie a plusieurs fois publié les progrès; puis celle de M. Treille. Toutes les trois ont pour théâtre le bassin artésien depuis longtemps connu de Tuggurth et de ses environs.

Enfin une quatrième, a entrepris d'exploiter Test tunisien, près des bords de la mer ; elle a pour inspirateur M. Ferdinand de Lesseps lui-même, et a eu d'abord pour agent M. le commandant Landas. Aujourd'hui M. Baronnet, ingénieur, est à sa tète. On peut dire que ce projet se rattache a celui qu'avait conçu M. le commandant Roudaire et qui était connu sous le nom de mer intérieure.

Si tout ce que nous avons avancé est vrai, ces quatre compagnies méritent qu'on les aide énergiquement, car il n'est pas douteux que si elles réussissent elles entraîneront sur ce terrain des imitateurs. Avec une audace des plus heureuses elles ont montré la voie à suivre ; leur réussite prouvera la justesse de leur conception et facilitera aussi la tâche de ceux qui oseront suivre leur exemple.

Le gouvernement de la France et celui de l'Algérie ont un puissant intérêt a soutenir et à faire prospérer

ces entreprises, d'abord parce que la colonisation de ces contrées, en nous attachant à tout jamais les populations Houar'as, nous donnerait, comme nous l'avons expliqué plus haut, la certitude de mettre les nomades dans un état réel d'impuissance et ferait disparaître toute crainte d'insurrection.

Les militaires qui sont responsables de la sécurité de l'Algérie, ne doivent pas arguer de la difficulté de

HOBUJ DE SlDI YAH1A ET PLANTATIONS NOCVS

[Société Je Bntna. Oued iti'r'. Donné par M. Rolland.)

protéger des entreprises aussi avancées ; la force des choses nous a amenés à Conquérir ces contrées, à y mettre des garnisons, et la protection de l'armée doit s'étendre partout où la colonisation peut faire des établissements utiles.

Depuis quelques années le problème s'est résolu tout seul, et la justesse des idées soutenues autrefois par plusieurs des représentants de l'armée ne fait plus de doute. Ce sont les garnisons les plus avancées qui sont

les plus utiles à la sécurité de l'Algérie : à la lisière du Sahara il n'est, du reste, pas besoin de troupes nombreuses, et quelques centaines d'hommes suffisent toujours pour assurer une protection efficace.

Quels sont les secours, quelle est l'aide que le gouvernement peut donner à cette entreprise?

1° Avant tout, il faut étudier l'avenir de cette colonisation, reconnaître si oui ou non il y a dans ce pays des chances de prospérité et de fortune, se faire une conviction. Ce n'est pas là une chose difficile à résoudre, car il y a assez de gens qui, depuis 1854, année de la conquête de Tuggurth, l'ont étudiée pour que tous les éléments du problème soient connus. Cela fait, si l'enquête est en faveur de cette idée, il est du devoir du gouvernement français et algérien de faire connaître leur manière de voir au public par tous les moyens possibles, de porter à sa connaissance les ressources, les difficultés., en somme, les chances bonnes ou mauvaises.

2° Faire connaître aussi les conditions générales dans lesquelles la colonisation de ce pays peut se faire et qui doivent servir de direction au public. Elles ne peuvent absolument être les mêmes que celles employées pour le Tell. Il est bien évident qu'il y a suivant la nature, l'état du pays, des différences qui imposent la conduite à tenir.

D'abord, il est presque certain que la colonisation devra s'y faire avec des capitaux français, mais avec la main d'oeuvre indigène. La chaleur, le climat, l'inexpérience des ouvriers français dans la culture du palmier leur interdit pour quelque temps encore la pénétration du pays en grand nombre. De plus, la région des oasis est occupée par une population laborieuse, particulièrement apte à ces cultures et qu'il est

utile de nous attacher. Constamment opprimée et martyrisée par les nomades, elle est bien préparée pour être nôtre, si nous lui faisons une existence possible. Nous ne devons donc pas procéder, comme nous l'avons fait dans le Tell, par la substitution de l'élément français à l'élément indigène, mais bien comme l'ont fait déjà MM. Fau et Fouraud, nous rendre acquéreurs des arbres avec nos capitaux et employer les indigènes à la culture. L'intérêt bien entendu des Européens est

Puisatiers Oced Rin'

(Dessin de H. WCallaghan, d'apris un eroquk de M. Dinet.)

d'utiliser leurs capitaux de deux manières différentes, mais qui tendent au même but : acheter des arbres en plein rapport, afin d'avoir de suite un revenu et planter peu à peu de jeunes arbres à portée des anciens. Se contenter de planter de jeunes arbres condamnerait les capitaux à rester sept ou huit ans sans revenus, ce serait une mauvaise spéculation. En employant les deux moyens concurremment on assure le présent et on prépare l'avenir.

La plantation de terrains nouveaux est entourée de quelques difficultés inhérentes à la constitution de la

propriété dans ces régions, difficultés qu'il faudra étudier et lever en partie par la législation.

3° L'eau est le premier facteur de cette colonisation. Dans le Sahara les eaux de surface sont rares à cause de l'évaporation, mais de temps immémorial il y a eu dans l'oued Rir' des puits artésiens. Nombre de personnes, entr'autres M. le colonel Pein ( Lettres familières sur l'Algérie, publiées par Tanéra), ont décrit comment les indigènes creusaient ces puits et les entretenaient. M. le général Desvaux, commandant la province de Constantine, le premier, vint en aide à ces populations en amenant dans l'oued Rir', un matériel de sondage fourni par M. l'ingénieur Jus. L'État a creusé, depuis cette époque, aux environs de Tuggurth nombre de puits qui ont rendu à la culture une grande quantité de terrain et ont ramené la fertilité, par suite la prospérité. En continuant ces forages sur ce terrain, l'État, à notre avis, sort de son rôle et nuit aux sociétés françaises, qui sont elles-mêmes pourvues d'outillage, et sont en mesure de creuser pour leur compte et même pour les indigènes tous les puits que l'on voudra. L'aide utile au début s'est changée en une sorte de concurrence nuisible.

Est-ce à dire que le rôle de l'État soit fini et qu'il n'ait qu'à cesser les forages, telle n'est pas notre pensée. Ses efforts doivent se porter ailleurs. Il doit chercher à découvrir le chemin suivi par les nappes artésiennes, en laissant aux Compagnies l'exploitation de la découverte. 11 doit aussi, dans l'oued Rir' fixer le régime des eaux : M. l'ingénieur Rolland a, dans la Revue scientifique, proposé la création d'un syndicat tendant à ce but .

La reconnaissance opérée par M. le capitaine Bajolle, publiée en 1887, est venue confirmer ce que nous

avançons au sujet de la richesse en eaux de tous les abords du cours de l'igharghar. Il dît, page 25, eu parlant du sud d'Ouargla. « Les puits sont nombreux dans la région. On les trouve dans les oued ou dam les dépressions. Dans tout le bassin de Ngouça, il suf/it de gratter la terre pour trouver l'eau.

Dans l'oued Igharghar et dans les dépressions qui parsèment le plateau, les puits sont si faciles à creuser gué les Chambas se préoccupent peu de les voir ensablés.

Il est certain qu'une petite troupe d'une centaine

Puisatier OtiEli Km {Dessin de jtf. O'Callaghan d'après un croquis de M. Dinet.}

d'hommes, munis d'un appareil de sondage portatif et suivant les lignes de dépression, n 'aurait pas beaucoup à se préoccuper de la question d'eau. »

Et plus loin page 27 : « Les sondages exécutés dans l'oued Mya et aux environs d'Ouargla, les traditions recueillies chez les indigènes établissent à n'en pas douter l'existence dune nappe artésienne considérable dans F oued Mya et dans l'oued Igharghar. A fret ec Chaouch, Ain Sidi Mohammed, H' Mahmoud, Ain el Khadra, Bou Kkeloua sont autant de points où la

tradition, d accord avec l'examen et ta cote du terrain, signale V apparition d'eaux artésiennes. Ce ne sont pas les seules, les dépressions utilisables sont nombreuses dans V oued Igharghar . »

Il donne ensuite la description des terrains qu'il a reconnus et d'une grande quantité de puits qu'il a mesurés et examinés. Il est donc acquis que ce pays n'est pas celui de la sécheresse et de la soif. Les ruines de villes et les traces de cultures témoignent de sa richesse au temps passé. C'est la guerre, l'anarchie, les luttes intestines, l'absence de travail humain qui l'ont rendu inculte et désert, et le travail humain le vivifiera.

On commence à y croire; cette année encore, le gouvernement envoie des officiers faire des recherches dans ces contrées et nous avons la conviction qu'elles ne seront pas vaines; en tout cas, il est certain, dès maintenant, que tout le long de l'oued Mya et de l'oued Igharghar, l'eau existe en abondance et qu'il n'y a qu'à creuser pour la faire jaillir.

Le succès des forages opérés près Gabès, par M. le commandant Landas, indiquent que la nappe artésienne doit exister entre Tuggurth et Gabès. Il faut porter la sonde et les recherches du gouvernement sur les routes : de Mrair au Djérid, qui suit les bords sud des chotts, passant au nord des villes du Souf ; du Souf au Djérid, puis sur celle du Djérid à El Fouara et au Nefzaoua. Ces routes traversent un immense pays qui, plus tard, appartiendra à la culture : c'est le devoir de l'État d'y aller à la découverte et d'en jalonner les routes, en uu mot d'en faire la reconnaissance de proche en proche et la sonde à la main. Nous devons reconnaître qu'entre Ouargla et Goléah, cette mission a reçu un heureux commencement d'exécution et que déjà sur cette route où l'on ne trouvait pas une goutte d'eau, il y a aujour-

d'hui, croyons-nous, cinq puits qui, à chaque gîte d'étape, donnent une eau abondante.

4° Ouvrir avec ce pays des voies de communication qui facilitent les relations, assurent les transports à un prix raisonnable et permettent d'y amener l'outillage indispensable pour les constructions. Cette condition est déjà à peu près remplie, car le chemin de fer de Cons-

Bordj d'Ourir et plantations nouvelles (Société de Batna. Oued Hîr. Donn/' par M. Rolland.)

tantine est arrivé à Biskra, et certainement il entre dans le projet de le continuer vers Tuggurth.

Il faut se hâter de l'y pousser et de faire des embranchements qui rejoignent, Ouargla et le M'zab, le Djérïd et Gabès. C'est le vrai moyen de colonisation et tout le long de ces parcours on verra les populations s'établir et produire.

5° Pour élucider la question de la direction à donner aux chemins de fer de l'Algérie, il faut avant tout se rendre compte de la constitution de ces régions, en étudier la géographie.

Cet immense pays est tout entier divisé en deux bassins : celui de l'oued Guir ou oued Saoura, dont les sources sont l'oued el Hallouf et l'oued Zousfana, et celui de VIgharghar. A l'ouest, le bassin de l'oued Saoura coule du nord au sud, en arrosant Figuig et la multitude d'oasis qui relèvent des confédérations du Gourara, du Touat, du Tidikelt, d'Insalah et d'Agabli, etc. Plus à l'ouest et à portée, sont les riches pays de Tafilalet, de l'oued Draa, du Sous et du Noun. On ne peut douter de la prospérité d'un chemin de fer qui desservirait ces vastes et fertiles contrées. Arrivé à Igli, confluent de l'oued Hallouf et de la Zousfana, cette voie ferrée devrait se séparer en deux branches, l'une exploitant le sud marocain, l'autre se dirigeant sur Tombouctou par In Zize, Timissao, Es Souk, l'ancienne capitale des Touaregs Aouelimïdden. Certes, toutes deux auraient leur raison d'être et leur utilité. Mais dans l'état actuel de l'empire du Maroc, il n'est pas possible de construire avant longtemps une ligne sur son territoire. Le pouvoir des sultans dç la Dynastie est tout entier fondé sur le maintien des sujets de leur empire dans l'ignorance de tout ce qui fait la vie des autres populations, et il est certain que, si les perfectionnements de la civilisation s'introduisaient dans l'empire de l'Ouest, la Dynastie n'aurait pas une longue durée.

Le chemin de fer que nous avons établi d'Arzew à Mecheria, et que nous entendons pousser jusqu'à la frontière, ne peut donc pas être continué au delà, et les représentants des intérêts de la province d'Oran s'illusionnent quand ils lui prédisent un avenir commercial. Cette ligne de pénétration, la plus longue de l'Algérie, est sans avenir, car son avenir est lié à celui du Maroc et, pour la pousser plus loin, il faudrait conquérir le

Maroc ou le transformer. Jusque-là, ce ne sera qu'un simple chemin de fer militaire, dune utilité incontestable pour défendre et protéger la frontière, pour faciliter les mouvements de troupe, de matériel et pour drainer les produits de la province d'Oran vers la côte. Mais il est peu utile pour l'importation ou l'exportation des produits intérieurs. Les contrées qui se trouvent au delà de son point terminus sont inabordables ; un pays musulman, quel qu'il soit, ne s'ouvre que par la crainte ou la force. Mais ici, l'emploi de la force créerait des difficultés internationales. Quand même l'Espagne, jadis maîtresse d'Oran et de Tlemcen, n'interviendrait pas, ce serait la conquête du Maroc qu'il faudrait entreprendre, et nous savons ce que la conquête de l'Algérie nous a coûté de sang, d'argent et d'efforts. Il reste cependant une ressource à la province d'Oran, c'est de créer au point terminus un marché qui, par des bénéfices certains, déciderait les populations du Sud oranais à y apporter leurs produits. Quant à lier la province d'Oran par mie autre voie au centre du Soudan, ce n'est pas possible, comme on le verra par ce qui suit. Entre les deux bassins de l'oued Saoura coulant du nord au sud et de l'Igharghar, coulant du sud au nord, se trouve une ligne naturelle de séparation plus ou moins définie. Cette ligne est constituée par le Djebel Amour, le Ras Chaab, la portion ouest de la Chebka du Mzab, le Tadmayt, le Mouydir et le Djebel Hoggar, à l'extrémité ouest duquel se trouve Taourirt. Naturellement, tous les pays situés sur cette ligne de crêtes sont les plus incultes et les moins habités, puisqu'il n'y a de culture que là où il y a de l'eau, et l'eau ne peut exister que dans le fond des bassins. Cependant dans les parties élevées, comme le Djebel Amour, le Mouydir, le Hoggar, on trouve des eaux vives et des têtes de

vallées qui permettent une certaine culture ; mais à la sortie des reliefs montagneux les eaux de surface disparaissent par évaporation ou infiltration et dans les hauts plateaux pierreux (Hammadas) l'eau est introuvable, c'est le désert dans toute son horreur et ses difficultés. Or, il est impossible de passer du Tell oranais dans le bassin de l'Igharghar, quel que soit le tracé que l'on suive, saus franchir ce dos d'âne, désert immense que le chemin de fer ne transformera pas. Sans doute une ligne ferrée pourrait, en traversant la crête de la chaîne qui borne le sud oranais, pénétrer dans l'un des bassins des Oued Namous, Benout, Seggueur, Zergoun, qui d'après Gérard Uohlfs contribuent par leurs infiltrations à la richesse du Touat ; mais pour sorti)' de ces bassins on viendrait toujours butter contre le relief montagneux qui descend vers le sud perpendiculairement à la grande chaîne de l'Atlas.

L'Igharghar a ses sources dans les massifs du Hoggar, pays des Touaregs. Cette rivière coule du sud au nord directement jusqu'à la sortie du Djebel Hoggar, traverse le reg de l'oued Gharis, tourne à l'est jusqu'à Temassinine, où elle reçoit les Ighargharen et l'oued Isaouen qui sortent du massif du Tassili, pays des Touaregs Azguers, puis descend en ligne droite jusqu'à Tuggurth, tourne à l'est à angle droit, forme les Chotts que le regretté colonel Roudaire avait voulu transformer en mer intérieure, et s'arrête près de la côte de la grande Syrte à Gabès. C'est un très vaste bassin, surtout par le nombre et l'étendue de ses affluents 1 . A l'inspection

1. L'oued Taghmachnakt et les étangs (Aguellachen) indiquent que les eaux de l'Igharghar, retenues par le barrage que forme l'étranglement d'Amguid, apparaissent à la surface du* sol. Les oued Gharis, Mya, Mzab, Nça, Zeguerir, Atar, Retem, Itel, Djedi, qui a sa source au Djebel Amour; puis l'oued el Arab et et l'oued Baiach, qui a sa source à Kasserine dans le Tell tunisien, arrose Gafsa et tombe dans les Chotts. La ceinture de

de la carte, on voit i[ue le bassin île l'Igharghar s'étend au sud de la Tunisie et des trois provinces de l'Algérie, et qu'il touche au Maroc à la pointe du Tadmayt où se trouve Insalah. Si donc la province d'Oran veut pénétrer dans ce bassin, il lui faut, comme cela a été déjà dit, ou franchir la chaîne stérile qui l'en sépare, ou bien conduire nu chemin de fer à la tête de l'oued

Vie dk Ourlana. (Dessin de H. L. Pi

Djedi pour rejoindre l'Igharghar, et alors le chemin de fer ressort à la province d'Alger.

La province d'Alger est située plus avantageusement ; le chemin de fer qu'elle voudrait conduire dans le bassin de l'Igharghar pourrait emprunter la vallée du Chélif, qui de Boghar remonte jusqu'au Djebel Amour et tra-

lïgharghar est Formée par le Djebel Hou Hedtna, le tiuemouda el les monts du Djebel Nouba dans le Tell tunisien, lus monts de l'Aurcs, le Djebel Suhari, le bou Kahil, le Djebel Amour. A ce dernier se soudent, à l'angle droit se dirigeant vers lu sud, le Ras Chaab qui se continue par la corne de la Chebka du Mzab, le Taduiajt, le plateau de Tingnerl, le Mouydir et leDjebel Hogpar. Eufin il se ferme par le Tassili, les monts qui joignent le Tassili au Fezzan, les monts des Oughammas.

verse un pays relativement fertile dans les régions de Chabounia, Taguin et Aïn Beida ; arrivé à Laghouat il continuerait sur le Mzab et rejoindrait l'igharghar à Ouargla. Le Mzab, par sa population, son commerce et le crédit de ses habitants, a une certaine importance que nous devons essayer de développer en vue de l'avenir.

Les oasis des B l Mzab, qui ont environ deux cent mille palmiers de bonne qualité, sont dues à une circonstance particulière dont on retrouve d'assez nombreux exemples en Algérie. Les rivières 1 qui l'arrosent ont leur source dans le Ras Chaab, et viennent se heurter contre la Chebka dont elles ont forcé le passage ; la Chebka, complétée par des travaux considérables, forme barrage , retient les eaux et permet ainsi la formation des oasis. Leur culture n'est pas susceptible d'extension ; car le Mzab utilise toute l'eau des rivières et sa fertilité dépend de leurs crues, qui n'ont lieu que tous les trois ou quatre ans. Quand la crue se fait attendre plus longtemps, les palmiers ne sont sauvés que grâce aux travaux étonnants de cette laborieuse population. Il n'y a donc pas intérêt à conduire un chemin de fer dans ces contrées, à travers les quarantecinq lieues désertes qui les séparent de Laghouat. Il suffira de les relier plus tard à Ouargla.

Quels sont, dans le bassin de l'Igharghar qui reste seul à notre disposition, les points principaux de production ? Nous avons d'abord sur les affluents, au nord l'oasis de Gafsa sur l'oued Baiach . Ses productions sont restreintes. Sur l'oued Djedi, Tadjerouna, Aïn Madhi, Tadjemouth, Laghouath, Ksar el haïran, Messad sur

1. Oued Metlili, oued Mzab sur lequel sont les villes de Ghardaïa, Bou Noura, Melika, B» Isguen et El Attcf ; l'oued Nça qui arrose Berryan, J'oued Zéguerir qui arrose Guerara.

l'oued Tademitz dont les productions assez restreintes aussi relèvent du chemin de fer de la vallée du Chélif. La valeur de cette ligne sera beaucoup plus militaire que commerciale et agricole. Il faut citer ensuite les oasis importantes des Zibans, peu distantes du chemin

de fer qui va atteindre Biskra et le Mzab dont nous avons déjà parlé.

Nous trouvons sur l'Igharghar même les oasis de Gabès, d'EI Hammam, les nombreux villages du Nefzaoua, riches en eaux et en palmiers, susceptibles tous d'une extension considérable ; les oasis du Djérid, les

plus riches de tout le pays saharien ; le Souf, l'oued Rir' où la colonisation européenne a déjà des établissements importants, enfin Ngouça et Ouargla.

Le cours de l'Igharghar est donc le vrai tracé du chemin de fer dont le but est de porter les capitaux et l'industrie européenne dans le pays des palmiers. Avec un outillage de forages artésiens, on trouvera de l'eau partout en abondance et on transformera le Sahara en foret de palmiers ; car la nappe artésienne existe tout le long du cours de l'Igharghar. On constate que la profondeur de ces puits va toujours en diminuant, ceux de Gabès ont quatre-vingt-dix mètres, ceux de Tuggurth soixante-cinq, ceux de Ouargla quarante, le dernier àTcmassinine a seulement douze mètres de profondeur. Déjà une Société a proposé au Gouvernement tunisien de construire la première partie du chemin de fer de Gabès à Tuggurth. Malheureusement, Gabès n'est pas un port. M. de Lesseps avait eu une perception exacte des conditions d'avenir de ces pays, lorsqu'il prêta l'appui de son nom aux projets du commandant Roudaire. Depuis, l'idée première a été transformée, sauf pour la création du port de Gabès. Si ce port se construit, le chemin de fer de l'Igharghar aura un grand avenir, si toutefois nous conservons ces régions, et nous constatons à regret que nous n'avons encore rien fait pour les mettre à l'abri de tentatives qui trouveraient certainement un appui parmi les populations italiennes des villes de la côte .

Dans ces conditions, il est préférable de relier notre chemin de fer de pénétration à la côte algérienne, d'autant plus qu'il est en grande partie exécuté ; il est arrivé à Riskra. Il faut sans hésitation le pousser jusqu'à Tuggurth. 11 n'y a pas là de difficultés puisque le pays à traverser est sans relief.

Au point de vue de la défense, les chemins de fer doivent faciliter la concentration, en permettant de porter rapidement toutes les troupes sur un point de débarquement ou d'insurrection. Le premier jalon posé a été le chemin de fer parallèle à la côte. Évidemment celui-là n'est pas un chemin de fer commercial. Il n'est venu à l'idée de personne que les produits de Tunis, par exemple, viendraient s'embarquer à Alger à Oran, ou réciproquement. C'est un chemin de fer stratégique qui relie les provinces entre elles et les fait concourir toutes à la défense. Mais tous les produits qui s'importent ou s'exportent étant obligés d'arriver aux ports d'embarquement et ayant intérêt à se servir du port le plus voisin, il est évident que tous les ports de la côte doivent être reliés à ce chemin de fer central par des embranchements perpendiculaires dont le tracé est forcé \ Le territoire actuel de l'Algérie serait entièrement desservi par ce réseau.

Si nous jetons les yeux au delà de cet horizon, nous apercevons le Soudan avec ses fleuves immenses près desquels les nôtres sont de pauvres ruisseaux ; le Soudan avec ses nombreuses populations que certains portent à cent millions d'âmes, avec ses productions variées, son ivoire, ses éléphants, sa fertilité colossale . Nous devons désirer d'en avoir notre part, ne pas l'abandonner aux Anglais, aux Allemands, et le chemin, c'est l'Igharghar. Grâce à ce fleuve, il y a de l'eau partout .

1. Une partie de ces chemins de fer est déjà établie. Ils suivent ou suivront naturellement les principales vallées de pénétration, la Mina, le Chélif, le Bou Sellam qui conduit à Sétif, le Rummel et la Seybouse. En Tunisie, l'oued Mellegue dont les sources rejoignent au Djebel Nouba, l'oued Marguelil, l'oued Fekka qui conduisent à Kairouan et à Sousse, et l'oued Baiach qui conduit à Gafsa, à Gabès et au Djérid.

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