‹ La conquête pacifique de l'intérieur africain: ne?gres, musulmans et chre?tiensChapitre 33 sur 36 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Difficultés de fonder des colonies. Etendue. Population du Soudan. Voyageurs qui l'ont parcouru. Populations intermédiaires. Importance des Beui Miab.

En Algérie, nous avons, pendant de longues années, été occupés à conquérir, pacifier, puis à occuper cette immense colonie dont la prospérité depuis quelques années va toujours croissant.

Depuis longtemps déjà, un certain nombre de personnes se sont préoccupées de son extension vers le sud, de créer des relations avec le Soudan. Mais d'un côté le territoire conquis et la nécessité de sa mise en rapport absorbaient tous les moyens et de plus, à première vue, les difficultés paraissaient excessives; le désert à traverser, des espaces immenses sans eau, sans population, sans ressources, le sable partout. En un mot, beaucoup de risques à courir pour des résultats très douteux. On a, il est vrai, toujours à lutter contre des difficultés considérables, toutes les fois que Ton se trouve en face de pays neufs, dans lesquels la civilisation n'a pas encore pénétré, où le travail et l'industrie n'existent pas. — L'absence de routes et de moyens de transport, l'insalubrité du climat, l'hostilité des populations décuplent les obstacles. Les valeurs considérables que recèlent ces pays dans leur sein sont annulées par les frais énormes que nécessite leur transport.

Cela est vrai partout, au Sénégal, au Congo, au Bas- Niger, au Tonkin, et les colonies qui enrichissent aujourd'hui leur métropole ont coûté bien des sacrifices de sang, d'argent et de temps. C'est la loi humaine. Le travail seul donne la richesse aux nations. Découvrir,

comme l'Espagne autrefois, des mines d'or et de diamants est un rêve, et s'il se réalisait, il serait plus nuisible qu'utile à la nation qui en récolterait les riches produits, en ce sens que cette fortune trop facile tuerait chez elle tout travail.

L'industrie et le commerce français n'ignorent pas cette loi. Cependant, entraînés par l'ardeur du gain, ils ont concentré leurs efforts sur les marchés du vieux monde, où ils ont eu longtemps le dessus sur la concurrence étrangère. Leurs procédés supérieurs de fabrication, leur génie artistique, les productions d'un climat privilégié, leur assuraient un écoulement certain et avantageux de leurs produits. Mais les progrès de la science ont amené les chemins de fer, les télégraphes, le mélange des nations. Les étrangers sont venus dans nos manufactures, à nos expositions, étudier nos outillages, nos procédés de fabrication, et comme chez eux la main d'œuyre est moins chère, ils fabriquent à meilleur marché. On dit même que le commerce étranger provoque, soudoie nos grèves dans le but de pousser à l'augmentation des salaires, afin de précipiter le mouvement de recul de nos produits sur les marchés du vieux monde civilisé . En résumé, la concurrence restreint, peu à peu, tous les débouchés par lesquels s'écoulaient nos produits de toute nature, et nous aurions tort de croire à des jours meilleurs, d'espérer désormais pouvoir fabriquer à meilleur marché que l'Anglais, l'Allemand et l'Américain.

La conséquence de tout ce que nous venons de dire est simple et facile à déduire. Nous devons chercher en dehors du vieux monde et trouver coûte que coûte des marchés neufs sur lesquels une protection bien entendue nous assurera la priorité de vente. L'idée a déjà été admise. Les expéditions du Tonkin, de Mada-

gascar, en sont des manifestations. Ce ne sont peut-être pas des choix fort heureux. Le Tonkin surtout est séparé de nous par le canal de Suez, qui peut se fermer au jour du besoin et, de plus, nous y sommes en contact avec le peuple chinois, commerçant par excellence, dont la concurrence est des plus redoutable. A notre

Porte de theout. [Destin de M. I. Piesse.)

avis, il eût mieux valu faire effort du côté du Soudan. C'est une vaste contrée, qui n'embrasse pas moins de 250 lieues du nord au sud, ni moins de 800 de l'est à l'ouest, soit cinq ou six fois l'étendue de la France. La population y est très deuse, on la porte à 100,000,000 d'habitants. Quelques rares voyageurs ont pu y pénétrer et leurs récits nous ont appris qu'il y avait de l'eau en grande abondance, une fertilité exceptionnelle, des

produits de toutes sortes et une population hospitalière et sur beaucoup de points, laborieuse. Une contrée aussi immense, centre d'un continent tout entier, a naturellement depuis longtemps excité la cupidité des commerçants et dès les temps les plus reculés, les Européens ont tenté d'y créer des établissements. Malheureusement la hideuse traite des noirs a longtemps donné des bénéfices tels qu'eUe a absorbé l'activité commerciale et accrédité la croyance qu'elle était le seul commerce possible de ces contrées. A coup sur, si cela était la vérité, il vaudrait mieux renoncer à toute entreprise que de contribuer en quoi que se soit à la continuation de ces chasses à l'homme que font aujourd'hui les Musulmans. Nous sommes les représentants d'une civilisation supérieure, et si nous voulons la pénétration du Soudan, c'est pour améliorer son état, c'est, en un mot, pour le civiliser. Mais en dehors des nègres, il y a de nombreux et riches produits ; aussi les efforts ne cessent pas et tous les peuples, malgré les difficultés et les obstacles, persistent, s'acharnent à vouloir tirer parti de cette énorme agglomération de ressources et de population. Jusqu'à présent partout l'obstacle à résisté. L'Anglais, jaloux de ses intérêts, comme toujours est à la meilleure place, aux bouches du Niger. Il a fait de nombreux efforts pour remonter le fleuve, mais il est arrêté par l'insalubrité, par les rapides, les chutes, les crues énormes, irrégulières et inattendues du fleuve, et sur les bords par des populations sauvages, féroces, absolument abruties par leurs relations avec les traitants, ne sachant faire qu'une seule chose : se battre et se vendre.

Pour triompher de ces difficultés, son voyageur, le docteur Barth, a fait avec le sultan du Bornou un traité dans lequel il lui promet des canons et des fusils,

à condition qu'il emploie ses forées à la conquête des territoires qui séparent Kouku. su capitale, du Henoué, le grand affluent du Niger : << fessez, /lit-if, ros razzias et vtts chasses au nègre, (attendes expéditions en vue île conquêtes plus durables. »

En d'antres tonnes, nous ne pouvons remonter le Niger ; conquérez ce territoire pour arriver jusqu'à nos

1*1. a ce b'IÎL AumU'ATii {F\,\C.k Hamion'. {Missions rufA"(f >/«(■».)

vaisseaux et nous ouvrir le commerce du Soudan. « Ce fut, dit le docteur lïartli, dans cette circonstance qu'il se produisit, après le départ des invités vulgaires, entre nous et le vizir, un entretien très sérieux sur les voies et moyens d'une restauration du Bornou dans sa puissance et sa splendeur passées. Je ne manquai pas de faire remarquer que, pour cela, les funestes chasses aux esclaves devaient, par un bon système de gou-

vernement, faire place à des expéditions militaires destinées à opérer des conquêtes durables. Je soutins surtout que le Bornou devait chercher d'autant plus à s'assurer, par la possession du Benoué, une voie vers l'Atlantique et l'Europe, que les- communications vers le nord étaient occupées] par les Turcs ennemis. Le docteur Overweg s'éleva alors avec chaleur contre la traite des esclaves, mais le vizir lui objecta qu'il n'y avait que ce moyen de se procurer des armes à feu. Je lui démontrai à mon tour que son pays renfermait encore d'autres produits, au moyen desquels il pourrait obtenir, par des opérations commerciales honnêtes et régulières, cet article si recherché. Après de longs débats il se montra enfin disposé à signer l'abolition de la traite des noirs, clause jusqu'alors réservée dans la rédaction du traité de commerce, à la condition que le gouvernement britannique lui donnât 1,000 fusils et 4 canons. L'envoi de ces armes était chose facile, pourvu que les maîtres du Bornou puissent s'ouvrir une voie vers le Dénoué. »

Le sultan a essayé, mais ses troupes, sans organisation, mal conduites, incapables de tenir longtemps la campagne et de renoncer à de vieilles pratiques, chassent encore le nègre et n'ont pu conquérir ces contrées ni même les traverser. Cependant certains indices doivent faire supposer que l'Angleterre entrevoit des chances de succès, car elle a acheté, il n'y a pas bien longtemps, les établissements commerciaux fondés par le comte de Semelle sur le Bas-Niger et le Benoué, afin de rester maîtresse de ce débouché. C'est pour nous un malheur et c'est aussi une grande faute que de n'avoir pas énergiquement soutenu ces établissements et de les avoir laissés tomber entre ses mains. Nous en avons eu la preuve promptement.

A la conférence de Berlin, l' Angleterre h demandé avec instance la concession de ce territoire et n'a pu réussir. Elle n'a pas pour cela reculé et elle vient de dérlarer, quand même, mm protectorat sur te Bas-Niger et le Benoué.

La France est installée depuis peu au Congo. Nos nationaux y poursuivent des voyages d'exploration et cherchent déjà les communications avec le bassin jlu Niger, avec son'uffl lient, le Benoué. Nous subissons la même attraction vers l'intérieur ; c'est là que sont les pays riches et producteurs.

Dans ces derniers temps, il a paru des publications affirmant que le commerce du nord de l'Afrique avec le Soudan est nul et ne vaut pas la peine que la France s'en occupe. Ce n'est pas lft question vraie. Notre conquête algérienne , les prédications des Senoussya, 1 anarchie, les guerres intestines, surtout \rC suppression de la traite des nègres ont à peu près, il est vrai, fait dévier à l'est et à l'ouest de nos possessions les relations avec l'intérieur. Il est absolument vrai qu'il s'est interposé entre nous et le Soudan des obstacles qui barrent la route. Mais la question à poser est celle-ci.

Les produits du Soudan sont-ils assez importants, ont-ils assez de valeur pour que nous ayons le devoir de rompre ces obstacles?

Si nous prouvions cela clairement, il est certain qu'il n'y aurait plus à hésiter, qu'il faudrait passer à l'exécution. Malheureusement il n'y a que bien peu de voyageurs qui aient pénétré ces contrées, et nous sommes obligés de nous en tenir à des données très générales et peu contrôlées.

Le major Laing, René Caillé n'ont vu que le Soudan occidental, Nachtigal a visité le Soudan oriental. Son livre établit que les eaux sont extrêmement abondantes que la population est dense, laborieuse, que les travaux de l'agriculture sont en honneur sur les bords du lac Tchad et même que dans un certain nombre de villes il y a des rudiments d'industrie. Richardson, Overweg D. Beurmam et tant d'autres sont morts à la peine ; reste le docteur Barth. Il a eu la bonne fortune de pouvoir y séjourner longtemps, de les parcourir sur une grande surface, d'en revenir sain et sauf et d'en rapporter ses notes et documents. Il a publié ses observations dans un travail des plus complets, qui abonde en détails du plus haut intérêt. 11 serait trop long de citer tous les passages qui éclairent le sujet. Nous nous bornerons a un seul qui concerne la ville de Kano.

«Kano, dit-il, page 24, est une ville de 60, 000 âmes, industrielle et pleine de vie, dont les manufactures approvisionnent uue grande partie du continent africain. Les transactions qui s'y opèrent ont pour objet les fabrications indigènes et spécialement les articles de coton, que l'on tisse dans la ville même et que l'on teint au moyen de l'indigo récolté dans le pays; les sandales, djebiras, sacs et autres objets en cuir, qui s'importent dans l'Afrique septentrionale. » Il ajoute à cela une nomenclature de tous les objets que Fou trouve sur le marché à Kano.

« Sandales, djebiras, sacs de cuir de toutes les di-

mensions. Armes, plats en bois, vêtements de coton, vêtements de laine, burnous, gandouras, objets de sel lerie en cuir, cuivre des mines d'EI-Hofra et articles de forgerie. Tapis en laine, ivoire, cornes de rhinocéros, pierres précieuses, plumes d'autruche, copal, cardamone, antimoine, or, natron, beurre végétal, gomme, cire, assa fœtida, indigo, encens, épices, blé, vignes, café, thé, coton, sarrazin, riz, noix de gouro, tabac, banane, oignons, igname, canne à sucre, etc., etc. » Enfin il affirme l'existence dans le Wadaï, le Ba-

(Dessin tl^M. O'Cttfltighan, d'apris unr phot>»jrnphie <k M. Baronnet.)

ghirmi, le Bornou d'une magnifique race de chevaux, d'une richesse immense eu troupeaux pouvant fournir une immense quantité de viande de boucherie. On y trouve également une race d'ânes très vigoureux et très recherchés. Les autres représentants du règne animal qu'il cite sont : l'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, les antilopes, les sangliers, etc.

« Quant au commerce étranger, il arrive à Kano sous forme de tissus de coton bleu, écrus et imprimés à Manchester, de soieries françaises, de toile rouge de

Saxe et Livourne, soies communes, bonnets rouges, perles de Venise, papiers ordinaires, glaces, aiguilles, mercerie de Nuremberg, lances d'épées de Solingen, rasoirs de Styrie, sucre de Marseille, bougies, allumettes, etc. »

Nous ne recherchons pas si cette nomenclature est complète ; mais ce qu'il y a de certain c'est que Kano n'est qu'un point dans cette vaste contrée et qu'il est une branche de commerce dont l'exploitation serait certainement fructueuse, celle des armes à feu.

Barth conclut (p. 107, 4 e vol.) :

«Il y a là un champ d'exploitation immense pour l'activité européenne. Mais outre les difficultés considérables que présentent les distances et l'absence de gouvernement régulier du pays, les rivalités des nations civilisées, surtout de la France et de l'Angleterre, rendent encore plus inaccessibles ces régions entourées déjà de tant d'obstacles par la nature. »

Ainsi donc le voyageur le plus compétent affirme clairement la richesse de ces contrées et ne met pas en doute qu'elles rémunéreront largement les efforts de ceux qui y pénétreront, mais il faut vouloir et c'est une question d'influence et de prestige à répandre au loin. C'est le seul abri sous lequel nos nationaux pourront étendre leur rayonnement.

Quand nous parlons de commerce, nous n'entendons pas que nos nationaux pourront, à bref délai se mettre en route pour Tombouctou et Kano, et y vendre euxmêmes leurs draps, leurs cotons, leurs bougies ou leurs armes, etc. Nous n'entendons pas non plus, qu'ils engagent bientôt des capitaux, pour y envoyer des caravanes. Non, c'est à plus longue échéance, qu'il faut espérer un profit quelconque . Nous entendons seulement que notre commerce bénéficiera dans une certaine

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mesure que personne ue peut déterminer, de la pacification du Sahara, de la fîu de toutes ces luttes, de toutes ces razzias et «le la transformation de uos Chambas et des Touaregs pillards en populations paisibles, s'occupant de la culture de leur pays, de l'élève de leurs troupeaux et de convoyer le commerce de l'Algérie au Soudan. Alors si vraiment l'agriculture leur donne des

Hue lit: Itm Smim (lk**in <k M. (XCtilltujhan.)

moyens d'existence, si le commerce est rémunérateur, au lieu de s'entretuer et de se détruire, ils augmenteront eu nombre et en ressources et il ne nous est pas défendu d'espérer que ce peuple, aujourd'hui disséminé, ne se concentre, ne se développe et ue finisse par donner de l'importance à ses transactions et à ses convois.

Nous avons déjà dans les populations des Beni-Mzab des intermédiaires extrêmement importants qui ont, tout le monde le recouuuit, le génie commercial à un

haut degré . Parfaitement placés sur la route entre Alger et les Touaregs, ils exploitent depuis longtemps toutes les branches du commerce et ont, de tout temps, eu des leurs à Tombouctou même. Ils possèdent des capitaux importants, un crédit considérable. Si nous leur ouvrons la route, il est certain qu'ils se serviront de tous les avantages. Notre seul rôle, sera de profiter, sans courir de risques, du surplus qu'amènera forcément dans les ports de la côte les transactions qu'ils établiront avec l'intérieur. Nous devons donc nous hâter de faciliter le transport des marchandises qu'ils achètent à la côte, car plus ils gagneront, plus ils seront ardents à la besogne et plus ils donneront de bénéfices à nos commerçants. Plus aussi ils pourront lutter contre la concurrence anglaise établie par les routes du Maroc et de Tripoli, c'est-à-dire qu'il nous faut pousser en avant aussi vite que possible le chemin de fer de Biskra à Tuggurth, puis à Ouargla et y rattacher le Mzab. C'est un des besoins les plus pressants du commerce algérien et aussi c'est un des plus utiles au point de vue militaire. On peut dire que son établissement s'impose depuis longtemps.

La construction, du reste, présente peu de difficultés. Il est partout en plaine sur un terrain solide et de plus il suffit de lui donner une largeur réduite de m ,90 qui permettra de lui donner plus de flexibilité. Inutile de chercher sur une voie pareille à obtenir de fortes vitesses. Pendant longtemps il n'y aura pas abondance de voyageurs et les marchandises n'exigeront pas non plus un grand nombre de trains. Les dépenses de construction seront donc aussi faibles que possible.

Le chemin de fer du Sud Oranais, construit dans ces conditions fait preuve d'une puissance de transport suffisante.

On peut, il est vrai, prétendre que rétablissement de ce chemin de fer saharien précéderait les besoins commerciaux, et que généralement on établit les voies ferrées pour l'écoulement de produits existants. En Algérie, tous ceux qui ont été construits, l'ont été pour donner la vie aux pays traversés, pour y développer la culture et le travail, et partout, leur construction a précédé les besoins des populations.

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On objecte (pic les transports des produits de pays aussi lointains absorberont tous les bénéfices, et même «pie peu de marchandises pourront supporter une pareille surélévation de prix. Ce n'était point un obstacle insurmontable du temps où se tenait annuellement le grand marché d'Amadghor et si nous réussissions à pacifier tout ce pays, et à substituer notre influence à celle des Senoussya et des traitants, nous aurions à poursuivre par tous les moyens, la résurrection de cet ancien marché. Assurément, cette résurrection ne peut être l'œuvre de quelques jours. Mais la présence d'une force suflisante

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sur la route d'Amadghor serait pour tous une garantie de sécurité. EU* rendrait possible pour tous les intéressés des pourparlers, des arrangements, qui seraient le point de départ de relations, impossibles sans elle.

Il est, du reste, dans les habitudes traditionnelles de ces populations de tout traiter dans des assemblées (miads) où tout le monde a droit de discussion.

Les résolutions prises ainsi en commun sont généralement respectées, et ont force de loi. Ce serait un spectacle intéressant et utile de faire tenir là un grand miad où nous ferions poser par nos amis les questions qui nous intéressent; la liberté des routes et des transactions, protection de ces routes, pacification, sécurité, police du Sahara, etc. Si nous parvenions à y amener des représentants de nos populations du sud de l'Algérie, des ordres religieux Tedjinya et autres, les chefs des Touaregs Asdjers, etc., nous aurions bien des chances de préparer en notre faveur bien des modifications à l'ordre de choses actuel.

Si toutes les populations qui jalonnent la route se faisaient laborieuses et commerçantes, si les produits s'échangeaient de proche en proche, les prix de transport seraient vite réduits et nous ne nous contenterions pas longtemps de transports à dos de chameau. Pour améliorer la situation, on n'est pas obligé d'entreprendre d'emblée, les 1800 kilomètres qui nous séparent de ces pays, comme il semblerait qu'on l'a rêvé un instant. Il y a bien des étapes d'Alger à Kano, Katsenna, Tombouctou ou Kouka, et la chaîne qui les liait autrefois existe encore. Elle se composait des Kel-Owi et Aouelimidden, frères des Asdjers, de ceux-ci, des Chambas et des Beni-Mzab. Les chaînons désunis peuvent être rattachés.

Dire d'emblée que le Soudan n'a pas de valeur com-

-merciale, c'est dire une chose fausse. Quand l'Angleterre a débarqué ses premiers colons sur les rivages de la puissante et riche Amérique, c'était un pays de sauvages, qui n'avait pour richesses que des forêts et ses grands cours d'eau. Que deviendra le commerce des pays du sud saharien, c'est difficile à prévoir, mais il offre aux peuples européens un terrain fertile, riche de produits précieux. Ce serait une faute grave, que de se laisser arrêter par la légende saharienne, comme ce serait une utopie de rêver la conquête de ces pays et leur colonisation, on y userait ses forces et sa fortune. Il faut seulement arriver à ouvrir avec eux des relations, et à les guider dans les voies de la civilisation. 11 faut surtout mettre des limites aux progrès des autres nations et ne pas les laisser s'emparer de tout le Soudan. Elles y marchent à grands pas.

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