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Derviche hcmdia.it. (Jtirmm-DidiA.)
les mosquées et les zaouias se multiplient avec une incroyable rapidité.
Il choisit alors pour centre de Tordre qu'il veut créer les côtes abandonnées de la Cyrénaïque et s'y établit loin de toute autorité et de tout gouvernement. Dans ses nombreux voyages, dans ses écrits, il a déjà fait connaître les bases de son ordre. Ascétisme rigoureux, isolement, contemplation, rigorisme absolu, éloigne* ment de toutes relations avec le monde surtout avec le monde chrétien, récitation continuelle de la prière.
L'ordre est ouvert à tous et pour faciliter son extension et la cacher, il admet les Khouans de tous les ordres à faire partie du sien, avec l'intention certaine de finir par les absorber tous. « En somme, dit M. le commandant Rinn, les doctrines des Senoussya sont le retour au Coran et an Çonfisme des premiers siècles de l Islam. Leur but est surtout le retour à FImâmat comme gouvernement, et, c'est vers r Imamat exercé par leur cheikh que tendent tous les actes et toutes les prédications des Senoussya. »
Si-Mohamed s'établit d'abord entre Tripoli et l'Egypte, près de Ben-Ghazi, à la zaouia de Refâ. Mais à cette époque il ne se sent pas assez puissant pour rester à portée des Turcs et bientôt il s'éloigne jusqu'au Djebel- el-Akhdar où il construit, à El-Beida, une zaouia, qui est le berceau de sa grandeur.
Eu peu d'années le Djebel-el-Àkhdar fut littéralement couvert d'établissements. Chaque jour son influence grandit et il est bientôt le véritable souverain de tout l'immense pays que limite au nord la Méditerranée, de Gabès à Alexandrie, et qui s'étend au sud, au delà des royaumes nègres du Wadaï, du Baghirmi, jusqu'au bassin du Congo.
Vers 1855, la lutte entre les ulémas et les Turcs
de Constantinople grandissant toujours, il trouve le Djebel- el-Akhdar encore trop près de la côte et il s'enfonce dans le désert, à trente jours de marche de la côte. C'est près de l'oasis Syouah, à (v^r) Djerboub, qu'il fixe définitivement sa résidence et qu'il établit la zaouia maîtresse de son ordre .
Le point est bien choisi, au milieu de populations assez denses, mais sans relations avec le monde chrétien, presque inconnu des Européens; point central cependant pour les populations musulmanes de l'Afrique, nœud où toutes les routes de l'Egypte, du Soudan, du Maroc, de l'Algérie et de la Tripolitaine se soudent et où se rencontrent les caravanes allant à la Mecque ; à portée de Constantinople, qu'il faut surveiller, car les sultans, trop en contact avec la civilisation européenne, sont suspects de tiédeur. Là, de tous les pays, les caravanes amènent des représentants ; beaucoup , partis pour le saint voyage de la Mecque s'arrêtent à Djerboub, et, suffisamment sanctifiés, retournent dans leur pays, emportant la bonne doctrine, l'affiliation et l'enthousiasme .
Cette immense propagande rend, en quelques années 4 le Senoussi maître d'une partie du Soudan, auquel il renvoie, comme missionnaires, après les avoir convertis à sa doctrine, les nègres amenés par les caravanes. Dans d'autres parties du Soudan, ses principes s'imposent par la force et le sabre. Il nous suscite des insurrections, des révoltes à Lagouath, à Tuggurth; ailleurs, comme chez les Touaregs, il s'introduit sans bruit par la propagande de ses adeptes. Reconnaissant en Algérie et en Tunisie les difficultés d'un triomphe par la force, il conseille aux musulmans l'abandon de ces pays : « Quittez, leur dit-il, ces pays maudits, la ten % e est assez grande pour vous recevoir, ne vous souillez pas du
contact de l'infidèle, et Dieu vous donnera les jardins du Bonheur.» Ses moqadems répètent ses paroles : «Est-
Le Père I'uwiaru, Missionnaire d'Afrique, assassiné près de Ghadahès. {Missions Catholiques).
ce que la terre de Dieu n'est point vaste, changez donc de résidence sur cette terre ; quant à ceux-là qui n'émigreront pas, leur demeure sera l'enfer, et celui qui quittera sa patrie pour suivre la voie de Dieu, trouvera sur la terre des asiles nombreux et commodes. » A
Djerboub, siège de Tordre, un chrétien ne peut pénétrer; à Ben-Ghazzi, à trente jours démarche de ce dernier point, un consul européen n'oserait, le soir, sortir de sa demeure. Le musulman même, s'il est étranger, n'y est introduit qu'après l'examen le plus minutieux, les épreuves les plus sévères et la certitude de son identité. La Zaouia est rempli d'armes, même de canons achetés en Egypte, et des renseignements, qui peuvent être admis comme vrais, affirment que, récemment, cet arsenal a reçu trente mille fusils. Un personnel nombreux et choisi est prêt pour la défense, et des ouvriers habiles sont entretenus pour la réparation et l'entretien des armes. Un service de courrier à cheval ou à méhari (chameau de course), est organisé autour de Djerboub sur plusieurs lignes distinctes.
Des chameaux en grand nombre paissent à portée de l'oasis, prêts à emporter le cheikh dans les asiles qu'il s'est préparés dans le désert, en cas de dangers graves. La police des Senoussya est admirablement faite partout où ils ont un intérêt ; et, c'est un fait reconnu, ils ont introduit jusqu'auprès du sultan, leurs affiliés et leurs serviteurs, et celui-ci a été, plus d'une fois, obligé de suivre la direction donnée par eux.
La doctrine s'étend de jour en jour, nous pouvons calculer le chemin parcouru, par le nombre de morts qu'elle nous a coûtés. Elle entoure et cerne nos possessions algériennes, dans lesquelles elle pénètre peu à peu. Les zaouias s élèvent partout en Algérie, et les tribus du sud tunisien, qui avaient fui en Tripolitaine, sont remplies de ses khouans et de ses moqadems.
Personne, dans le monde musulman, ne doute de la puissance et des moyens considérables, dont disposent les Senoussya. Qu'attendent-ils et que veulent-ils? Quel
est leur but? Au service de quelle œuvre out-ils mis toute cette énergie, ces talents d'organisation et préparé ce levier redoutable, de la foi d'un peuple si amoureux de luttes, de batailles, de sang? Questions auxquelles nul ne saurait répondre, mais qui nous préparent pour l'avenir, plus d'un sujet de surprises.
Lorsqu'on jette un coup d'œil sur le vieux monde musulman, on est frappé des sentiments de rivalité qui, depuis longtemps déjà, existent entre les Turcs et les Arabes et de la diminution de la puissance du commandeur des croyants , de celui que l'on nomme l'homme malade. Un choc puissant aurait déjà produit sa chute, si Constantinople n'était un objet de convoitise, pour plusieurs états européens. Le choc est inévitable et les esprits clairvoyants peuvent prévoir, dans un avenir rapproché, la fin de l'influence du gouvernement turc sur le monde musulman, soit par la chute même de l'empire, soit par le progrès de l'influence de la civilisation chrétienne sur les Turcs de Constantinople, influence qui les éloigne de plus en plus de la loi du prophète et qui peut finir par les mettre hors de l'orthodoxie. Dans ce dernier cas, la conséquence logique de la réforme entreprise par les Senoussya, serait de reconstituer entre leurs mains l'imamat, c'est-à-dire, le gouvernement général du monde musulman, faisant retour à l'orthodoxie.
Le réformateur, sous un but apparent de recherches de la pureté religieuse, veut le Panislamisme, et, au nom de son orthodoxie, il jette l'anathème aux chrétiens et aussi aux Turcs qui les fréquentent, à tous ceux qui s'accordent et s'arrangent avec eux. Il prêche la guerre sainte comme retour au Coran armé du sabre du conquérant, qui convertit ou fait disparaître les popula-
tious. Aussi voici la devise de son successeur, de sou fils el-Mahdi :
c* jUJij tlp « Les Turcs et les chrétiens »
v\) $ Jtfl « Tous de la même bande (classe , espèce, catégorie). »
•s $ rt»*k«; (< J e l es détruirai en même temps. »
L'ambitieux (un chef d'ordre ébloui de sa puissance Test toujours) veut jouer le premier rôle. Il voit bien que l'empire des Turcs est vieux, que son influence s'éteint, et il se prépare à en élever un, qui aura pour base la foi religieuse du peuple arabe, et qui réunira en un seul faisceau, les mille tribus éparses sur la surface du mystérieux continent. De là. le choix pour capitale d'un point inconnu, en plein désert. Là, on peut s'organiser et grandir sans être vu. De là, les fortifications de Djerboub, ses approvisionnements d'armes, de canons, ses fabriques de poudre. De là ces refuges préparés au milieu du désert et sur la route du Soudan dans ces oasis de Koufara, d'Aziat, de Nedjila et de bien d'autres qu'il a défrichées, plantées à l'aide des nègres du Soudan et de ses adeptes, et élevées sur les ruines de vieilles civilisations égyptiennes ou romaines ; vieux mondes tombés dans le néant et qu'il a ressuscites.
Là, il est insaisissable, y conduire une expédition serait une affaire des plus difficiles, aussi bien pour les Turcs que pour nous. Une fois le débarquement effectué, il faudrait pour arriver à Djerboub, avec des forces suffisantes, trente jours de marche dans le désert, et les moyens de transport feraient absolument défaut. Enfin il ferait le vide devant l'ennemi et se réfugierait dans les profondeurs du Sahara. Cependant, il est certain qu'on lui porterait un coup redoutable en s 'emparant de son port de Tabrouq et en s'y installant solide-
ment, car c'est par là qu'il entretient, avec de nombreux bâtiments européens, un commerce des plus fructueux, dans lequel il écoule tous les produits soudaniens qu'apportent les caravanes de l'intérieur et les nègres que la traite lui livre.
Quelle devrait être la force d'une pareille expédition? Quels moyens devrait-elle avoir? Quelles dépenses entrainerait-elle ? Ce sont là autant de questions auxquelles nous ne sommes point en mesure de répondre, mais qu'il est nécessaire d'étudier, car il est certain que la lutte deviendra aiguë et que nous serens un jour ou l'autre dans l'obligation d'agir. En tout cas, Tabrouq est un port qui ne manquerait pas d'importance et de valeur pour notre marine.
Comme le dit si justement M. Henry Duveyrier, le
nom seul du fils du fondateur de l'ordre, Si-Mohamed
el-Mahdi est un programme politique. Le nom de sa
mère, Fat ma, son âge, le signe des prophètes {nœvus
rond et bleuâtre entre les deux épaules qui, d'après la
tradition musulmane, existait à la même place sur le
corps de Moïse, de Jésus-Christ et de Mahomed), tout
se réunit aux yeux des musulmans pour qu'il soit
l'homme de la vieille prophétie qui promet à l'Islam le
Maître du monde. Quand on voit les secousses données
à notre conquête algérienne par des Bou-Maza, des
Bou-Baghla, des Bou-Débia et des Bou-Haméma, on
ne peut que redouter une levée de boucliers conduite
par cet homme. Ah! On comprend bien la haine des
Senoussya pour nous autres Français, nous leur avons
pris leurs plus belles provinces. Au royaume de Djer-
boub, il manquera toujours ces joyaux, qui s'appellent
Tunis, Constantine, Alger, Oran. Bien plus, notre esprit
cultivé, nos habitudes de tout soumettre à l'examen
se refusent à croire à leurs miracles et démasquent aux
yeux de nos sujets musulmans les mensonges de l'ambitieux .
Jusqu'à présent, en face de nous, le chef des Senoussya n'a pas osé se mettre en campagne, à la tète d'une levée en masse, pour exterminer les infidèles et conquérir Alger, arrachée violemment depuis plus d'un demi-siècle au culte orthodoxe. Il eut fallu, pour cela, abandonner les jouissances d'un luxe exquis, dont il est fort épris, dit-on, et les adorations dont sa personne, toujours voilée, est l'objet dans ses palais de Djerboub, pour courir lçs aventures, et mener une vie des plus dures et des plus pénibles. Il eût fallu croire soi-même à sa puissance surnaturelle, pour oser se lancer au devant de tous les dangers et essayer une œuvre dont le succès est certainement plus que douteux: arracher l'Algérie à l'armée française et jeter celle-ci à la mer.
Quelle que soit la raison de son inaction, il n'a pas agi, au risque de perdre une partie de son prestige et d'inspirer des doutes sur la réalité de sa mission providentielle. Il faut que les raisons qui l'ont retenu aient été puissantes, car il a déjà dû entendre dans le monde musulman des protestations contre cette inaction et des sommations qui le rappellent à son rôle. Aussi nous devons admettre comme une chose certaine, qu'à la première occasion favorable nous aurons à compter, sinon avec lui, du moins avec ses lieutenants ou ses émissaires. « C'est, dit Henri Duveyrier, publier une « vérité, que seuls parmi les intéressés, nous resterions « à ignorer, que d'affirmer que la confrérie des Se- « noussya est l'ennemie irréconciliable et réellement « dangereuse de la domination française dans le nord « de l'Afrique aussi bien en Algérie qu'en Tunisie et « au Sénégal et de tous les projets tendant, soit à « étendre notre influence et notre commerce dans Vin-
-< térieur de l'Afrique, soit m< ! me à augmenter la « somme de nos connaissances sur le continent au nord « de l'Equateur. »
Le Père Hichakd, Missionnaire d'Afrique, assassiné près de Ohadamès.
(Missions Catholiipies).
Nous sommes en contact avec les Senoussya sur deux points principaux :
1" Dans le sud tunisien soumis à leur influence depuis
que les dissidents, lors de notre entrée dans la Régence, ont séjourné sur le territoire tripolitain, en contact journalier avec les gens du Madhi.
Beaucoup, parmi les principaux personnages des Hamamas ont été jusqu'à Djerboub et en sont revenus avec le titre de moqadems et des missions particulières.
2° Dans l'extrême sud de nos possessions algériennes, depuis qu'il a établi des zaouias à Rhatt et à Insalah et que l'assassinat du colonel Flatters et de sa mission ont rompu toutes relations entre nous et les tribus Touaregs qui couvrent tout le Sahara depuis Ghadamès jusqu'à l'Atlantique et au Soudan.
AV\ . svv
>fi 1 !h"|i.TT\ /' K 1^?^
Casbah de Soussa. (Dessin de M. 0. Callaghan.)