JEAN, GERMAINE, RICHARD, G AU VELIN
Richard et Cauvelin sont entrés à temps pour entendre les dernières répliques.
RICHARD
Eh bien, mettons la chose à trois semaines... (A cauvelin.) Cela te va-t-il?
CAUVELIN.
Parfaitement !
Sauf avis de monsieur et de madame
GERMAINE
Papa et maman sont toujours de mon avis.
LA CO.NSOIE.NCE DE l'EiNFAKT 61
RICHARD, à cauvelin.
T'A uiciiiilciiaul. iiioh bon, je Jiie sauve... (A Jean.) T'en vieiis-tu avec moi, garçon?
.lEAN.
Oui, j'ai à rédiger une communication pour la prochaine séance à l'Académie. A moins que Germaine...
GERMAINE
Non, non, va à ton travail. Tu es libre. Tu le seras toujours.
Richard embrasse Germaine.
JEAN» après avoir été prendre congé de M. cauvelin, revenant à Germaine.
A demain !
GERMAINE
A demain.
Ils se serrent la main cordialement. Les Richard sortent. Germaine les suit des yeux.
SCKNE IX CAUVELIN, GERMAINE, puis MONTRET.
GAUVELINj après avoir regardé un moment Germaine.
Es-tu contente, Germaine ?
GERMAINE, heureuse.
Oui, grand-père.
CAUVELIN.
Cela ne te fait pas un peu de peine de me quitter?
GERMAINE
Nous nous verrons tous les jours.
CAUVELIN.
Ça ne sera plus la même chose, mon enfant. Oh! je suis averti, j'ai déjà passé par
là quand ta mère s'est mariée. Tu vas aller, ù ton tour, vers de nouveaux horizons, et me laisser dans la solitude de mon foyer presque éteint...
GERMAINE, caressante.
Grand-père...
GAUVELIN.
C'en est fini de notre bonne vie, côte à côte, sous le même toit, de nos bonnes causeries où nous nous sentions si d'accord!... Comme tu vas me manquer!
GERMAINE
Grand-père, je n'oublierai rien.
GAUVELIN.
J'en suis sûr, et c'est ma consolation. Mes derniers espoirs se sont concentrés sur ta tête. Tu es devenue ma dernière raison de vivre. La lâche suprême do mes vieux jours fut de te faire une bonne conscience, une
conscience pareille à la nôtre. J'y ai réussi, grâce à Dieu I et tu es bien la digne fille de ces braves gens, de ces grands magistrats dont je t'ai souvent raconté l'histoire.
GEBMAINE.
Je les ai toujours devant la pensée.
GAUVELIN.
Que de joies lu m'as données, petite ! J'ai assisté à Téclosion de ton âme scrupuleuse et fière. J'ai vu naître et s'affirmer, avec ravissement, ta loyauté intransigeante, ta passion pour la justice, ton horreur instinctive de tout ce qui est laid, ton sentiment du devoir et de l'honneur! Oui, tu es bien à nous, de notre race ! Et je m'en réjouis, parce que je crois à la race, moi, je crois aux devoirs envers les ancêtres, je crois que s'il y a un but noble dans la vie, c'est de transmettre aux générations futures, l'héritage de
vertu que vous ont légué les générations passées. Ces idées... surannées feraient sourire bien des gens, mais tu les comprends, toi, n'est-ce pas, Germaine ?. ..
GERMAINE, gravement.
Oui, grand-père.
GAUVELINj se passionnai* peu à peu.
Et tu les garderas religieusement au fond de ton cœur, malgré la décadence morale de notre mauvaise époque. Car, vois-tu, elles sont rares, aujourd'hui, les consciences qui ont un peu do tenue. Il traîne dans l'air de bizarres théories de scepticisme et d'indulgence. On équivoque sur le vice, sur la vertu. On embrouille,, avec du sentiment, les questions les plus claires. Mélie-toi du sentiment, Germaine. C'est malsain, cola fausse tout ! La vraie armature morale des individus, comme des sociétés, c'est la justice ! Quand
un homme est coupable, il est coupable ! Et la faute, il faut la délester, toujours la détester, envers et contre tous!...
GERMAINE
Comme tu te passionnes, gra/id-père... Tu ne dis pas tout cela... contre quelqu'un?
GAUVELIN, reprenant son sang-froid.
Contre personne! Je n'ai jamais parlé que pour ton bien.
GERMAINE
Et je t'en suis profondément reconnaissante ! Et ne crains rien. Tes leçons sont imprimées là! Elles ne. s'eiïaceront jamais. Je Suis trop fière de tout ce que tu m'as fait comprendre et admirer. Et je t'aime bien. Je ne t'aime pas comme un grand-père, mais comme un papa. (Gaimeut.) J'ai de la chance, moi, j'ai deux papas !
GAUVELIN.
Lequel préfères-tu?
GERMAINE, l'embrassant.
Cekji que j'embrasse... (A.vec malice.) Au moment où je l'embrasse !
Un domestique entre et remet, sur un plateau, une carte à Gauveliii.
GAUVELIN.
Faites entrer ce ^Monsieur dans mon cabinet. (Le domestique sort. Lisant la carte.) « Servans^
pour alTaires graves concernant M. Alon-
tret )) (a Monlret qui entre par la gauche.) Est-CC
(jue vous connaissez un M. Servans?
MONTRET, étonné.
Oui, c'est un membre inllui'ul de mon Gon seil d'Administration.
CA tIVICLIN.
Il est là. et désire me voir.
MONTRET, tressaillant.
Servans ? Que signifie cela?
GAUVELIN.
Je vais le lui demander.
Il sort.
MONTRET, réfléchissant, puis rejetant ses inquiétudes.
Bahl nous verrons bien!