‹ La conscience de l'enfant; comédie en quatre actesChapitre 12 sur 54 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

MONTRET, GERMAINE.

MONTRET.

Je pensais trouver ta mère.

GERMAINE

Veux-tu que j'aille la chercher?

MONTRET.

Dans un instant. Dis-moi, Germaine, y avait-il longtemps que ton grand-père était avec to i ?

GERMAINE

Quelques minutes.

Ton grand-père te parle-t-il quelquefois de moi '?

GERMAINE

Jamais !

MONTRET.

Bien vrai ?

GERMAINE, le regardant.

Je ne sais pas mentir.

MONTRET.

Je serais curieux de connaître le sujet de vos interminables conversations.

GKRMAINE, sérieuse.

Nous parlons du devoir, de la justice, de la proltité, de la conscience...

MONTRET, souriant.

Vraiment? Toujours ces ^'^rands mots indigestes? Ça doit être gai !

GERMAINE, assombrie.

Pourquoi te moquer ? Les leçons de grandpère lui sont inspirées par sa profonde aiïection pour moi. Père, tu me fais beaucoup de peine !

MONTRET, soucieux.

Allons ! allons ! je sais respecter un sentiment sérieux... (Germaine sourit.) Ail! j'ou-

bliais de te dire : il faudra te faire belle, ce soir, je te mène à une première.

GERMAINE, joyeuse.

Je vais aller demander à grand-père si...

MONTRET.

Gomment, il me faut son autorisation pour mener ma fille au* théâtre ? Alors, je ne suis plus rien, moi, le papa ?

GERMAINE

Tu es toujours le papa.

MONTRET.

Et mon autorité ?

GERMAINE

Ton autorité ?

MONTRET.

Oui.

GERMAINE, gamine.

Eh bien ! tu n'en as pas! Pourquoi veuxtu avoir de l'autorité ?

MONTRET.

Mais quel est mon rôle à moi ?

GERMAINE

Ton rôli^. h toi. est do nous faire riclics. trcs ricJics !

MONTRET, ravi.

Ah ! ail ! petite, tu veux être très riche !

GERMAINE

Oui, pas pour l'argent en hii-même, mais parce que je veux être ficre de toi. J'adore cela : être lîère de ceux que j'aime. Je voudrais qu'on dît de moi : vous savez, c'est la fille de Montret, du grand industriel dont les créations étonnantes ont bouleversé le monde ! Oh ! que je serais contente, si tu bouleversais le monde !

MONTRET, enthousiasmé, l'embrassant.

Moi aussi ! C'est comme ça que j'entends les affaires : la lutte à outrance, la victoire ou la mort... Mais j'ai tort de bavarder, car

les choses se compliquent aujourd'hui et deviennent très intéressantes... Supplie donc ton grand-père de te confier à moi, ce soir, et va dire à ta mère que je l'attends, (.jenny entre.) Mais la voici, justement...

JENNY, à Germaine.

Ta grand'mère te demande...

Germaine sort.

Page 1