‹ La conscience de l'enfant; comédie en quatre actesChapitre 13 sur 54 · SCENE XI MONÏRET, JENNY · texte numérisé non relu

SCENE XI MONÏRET, JENNY

JENNY

Que voulais-tu me dire tout à l'heure?

Voilà ! j'aurais peut-être besoin de prendre une hypothèque sur tes propriétés de

Bretagne, el cominc nous sommes mariés sous le régime de la séparation de biens, que nous a imposé mon prudent beau-père. . .

JKNNY, se rappelant la recominaudation de son père, après une seconde d'hésitation.

Tu veux ma signature ? As-tu l'acte ?

MONTRET.

Le voici. (.lenny signe.) Je ne me servirai probablement pas de ce pouvoir qui est un simple en-cas. C'est pour une alTaire...

JENNY

Je t'en prie, pas d'explications !... ce qui est à moi;, est à toi. Et tous les papiers timbrés du monde ne changeront rien à cela !

MONTREÏ.

Brave amie !

JENNY

Est-ce que tu crois par hasard que notre

LA CÛNSClENCIi DE L ENTANT

contrat do mariage est chez le notaire? Pasdu tout !... Il est là.

Elle montre son cœur.

MONTKET.

Ta confiance double mon courage !

JENNY- En avais-tu douté ?

MONTRET.

Je craignais qu'on ne t'eût mise en garde contre moi.

JENNY) après un temps.

On aurait perdu son temps. Je crois en toi... D'abord, je sais que tu m'aimes, que tu ne voudrais pas me causer l'ombre d'un 'liagrin, et je sais aussi que tu aimes Germaine. Quand tes yeux se fixent sur elle, je vois passer dans ton regard tout ce que l'alTection paternelle peut inspirer de dévouement... Cela met en moi une confiance qu'il ne se-

rait pas aisé de détruire. Je n'ai qu'une peur... c'est que tu perdes la santé à ta fîôvre de travail...

MONTRET.

La fièvre et le travail sont mes éléments.

JENNY

Tu te tueras.

MONTREÏ.

C'est l'inaction qui me tuerait !

JENNY

Je te trouve plus agité que de coutume. Tu n'es pas souffrant ?

MONTRET.

Non.

JENNY

Tu n'as pas une douleur, une inquiétude?... Le mariage de Germaine, peut-être ?

MONTRET, tristement.

J'accepterai la loi de la nature avec plus de résignation que ton père, qui ne m'a jamais pardonné de lui avoir pris sa fille...

JENNY) suppliante.

Il ne faut pas lui en vouloir.

MONTRET.

Soit ! Mais alors que je ne sente pas son hostilité autour de moi.

JENNY

Que crains-tu donc ?

MONTRET.

S'il faut te parler franchement, je crains l'influence de ton père sur toi et sur Germaine. La bataille au dehors, sur le terrain des affaires, je l'affronte volontiers, je l'aime, étant armé et connaissant assez bien la manœuvre. Mais ici, tu le .sais, je ne suis plus

le même homme. On pourrait facilement me blesser à mort I

JENXY.

Rassure-toi, mon ami. Je suis fille, je suis femme et je suis mère... Mes trois affections • ne se contredisent pas, elles se soutiennent l'une l'autre.

MONTRET.

L'heure des contradictions peut sonner.

JENNY

Jamais ! tu dois avoir confiance. Quant à Germaine, penses-tu qu'on veuille la détacher de toi ? Cela n'est pas possible et si on le tentait, n'oublie pas que je suis là, que je ne permettrais pas une pareille chose, et que je te réponds de l'enfant !

MONTRET.

Quoi que tu dises, j'ai été bien imprudent' de confier l'éducation de la petite à un

homme qui me hait. Ma fille n'est presque plus ma fille. Elle n'habite même pas dans ma maison, mais dans celle de son grandpère. Je sens entre elle et moi de vagues désaccords..

JENNY

Encore une fois, mon ami, aie confiance. Tu peux compter sur moi, quoi qu'il arrive ! Et quoi qu'il arrive, je te réponds de Germaine!... A tout à l'heure, je vais rejoindre maman, elle m'attend... Et n'oublie pas la consigne : De la confiance! Moi, j'en ai!...

Elle sort.

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