‹ La conscience de l'enfant; comédie en quatre actesChapitre 20 sur 54 · JEAN, RICHARD, CAUVELIN, GERMAINE · texte numérisé non relu

JEAN, RICHARD, CAUVELIN, GERMAINE

GERMAINE, aux Richard.

On vient do m'avertir que vou.s étiez là. Bonjour, Jean.

Elle lui tend la main harJi nent. Jean la lui prend avec un empressement affeclueux.

JEA.N.

Bonjour^ ma chère Germaine.

GERMAINE» venant à uichard père.

Bonjour, monsieur Richard.

RICHARD, tristement.

Bonjour, mon enfant.

GERMAINE

Vous ne m'embrassez pas, aujourd'hui?

RICÎIARD.

De grand cœur!

Il l'embrasse avec émotion.

GERMAINE

Je vous sais gré d'être venus, malgré... ce qui arrive...

JE A Nj \ivemi'nt.

C'est surtout aux jours de douleur qu'il faut iiltendre ses amis, Germaine.

GERMAlNEj revenant à Jean.

Sans doute, mais nous ne sommes pas des amis ordinaires. Ce (jui a été convenu hier ne iieut plus...

JEANj embarrassé.

Pourquoi revenir aujourd'lmi sur cette question?

GERMAINE, bravement.

C'est le jour ou jamais d'en parler, Jean. Me supposerais-tu l'esprit assez léger pour no pas comprendre qu'une chose grave s'est levée entre nous? Va! je devine ce qui se passe en toi... je sais le respect légitime^ l'affection profonde que tu as pour ton père... Je connais de longue date ses idées... ses

idées que tu partages... (Mouvement de Jean.)

Oh ! ne le nie pas ! Nous en avons mille fois parlé, mille fois je les ai approuvées, admirées même, au temps où je ne prévoyais pas leur importance dans ma vie... Je ne les discuterai donc pas, pour la première fois, le jour où j'en éprouve la cruauté, et peutêtre l'injustice!

JKAN.

Germaine, encore une fois, ne parlons pas de cela. Tu as la fièvre. Moi-même, je suis troublé... Ces événements si inattendus bouleversent toutes mes idées... Qu'il te suffise aujourd'hui do savoir que tu as en moi un

frère...

Un frère... oui...

JEAN

Un frère qui souiïre de tes peines, qui voudrait t'épargncr des chagrins que tu mérites si peu... et qui est venu te dire: Prends courage, ma clièrc Germaine... Attends avec conlîancc! Les mauvaises heures passeront! Ton père, après tout, n'est pas vaincu, et saura, j'en suis sûr, triompher de ses ennemis!

GERMAIN E, amoremont.

Oh! pour cela, je n'en doute pas! Mais

LA CONSCIENCK hV. L'EîiFX'ST

quoi qu'il arrive, mon pauvre Jean, ma si tuation vis-à-vis de loi n'en sera pas niodili('*o... je le sais! Je sais que ton père, quoi qu'il arrive désormais, ne consentira pas à notre mariage. (kHc s'avance vers uiciiard.) Monsieur Richard, soyez franc, je vous en con- f jure.

RK^HARD, emu et embarrasse.

Jean a raison. Nous parlerons de cela une autre fois. >.

GERMAINE, avec fermeté.

Non! non! tout de suite! Ne me ménagez ^ pas, je vous en supplie ! Je suis assez forte r pour regarder la vérité en face !

Mais je ne voudrais pas vous faire de la peine, moi! Mon affection pour vous est plus grande que jamais! J'enrage de penser ce que je pense! Je voudrais... ^

GElîMAIN'E, l'interrompant.

Oli : cela suffit, monsieur Richard. Je sais ce que je voulais savoir! (a cauveiin.) Jeté l'avais bien dit, grand-père... (Allant vers Jean, avec résolution.) Je te rends ta parole. Jean.

JEAN, vivement.

Mais, je ne veux pas la reprendre!

GERMAINE

C'est donc moi qui reprendrai la mienne ! Jamais je n'entrerai dans une famille où l'on ne m'accueille pas de tout cœur et sans arrière-pensée !

JEAN

Mais je ne veux pas que tu sois malheureuse !

GERMAINE, fièrement.

Sois tranquille! Je ne le serai pas! Et quand je devrais l'être, j'aimerais mieux cela que d'être épousée par pitié!

Klle va vivement vers la porte.

Je t'en prie, écoute-moi encore !..i

GERMAINE

Non! non! Je ne veux rien entendre!

Elle sort.

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