SCENE III Les Mêmes, GAUVELIN, EMMANUEL
Ces derniers entrent en causant. Gauvelin a des papiers en main. Eva est accoudée à la cheminée. Jenny est assise à l'écart, toute frémissante de colère.
GAUVELIN, à'Emmanuel.
Tu as bien compris, Emmanuel. Richard père m'apportera dans un instant la signature du banquier Audibert. Va donc chez Montret. Dis-lui que sa femme est décidée à former une instance en divorce, (se tournant vers Jenny.) N'est-ce pas, cc sont tcs intentions ?
JENNY
Oh ! oui, oui ! je veux divorcer le plus tut possible !
Gauvelin.
Bien, (a Emmanuel.) Informe donc le mari de la résolution de sa femme.
Encore une commission désagréable !
GAUVELIN.
Expose ensuite à ce monsieur que le banquier exige, pour accorder sa commandite, que j'entre dans le nouveau conseil d'Administration, — mon nom est nécessaire, paraît-il, pour ramener la confiance publique, — et que je mets à mon concours les deux conditions suivantes : 1° Montret ne se défendra pas contre l'action en divorce ; 2^ Il me déléguera ses droits paternels et s'engagera à ne jamais revoir son enfant. A ce prix, je le
sauve, et s'il refuse, il est perdu ! Dis-lui que j'ai vu ce matin le Procureur général, et que, sans mon intervention, il serait déjà arrêté...
Emmanuel s'éloigne en se grattant l'oreille. EVA, arrêtant son mari.
Mon cher Emmanuel, je ne puis servir à rien dans cette crise de famille qui no me regarde pas...
EMMANUEL
Tu es des nôtres.
EVA
Sans doute, mais je me sens un peu souffrante, et je serais mieux chez moi...
Attends un pou... Nous partirons ensemble tout à l'heure... Tu pourrais aller faire un bout de causette avec maman...
EVAj résistant.
Je ne sais trop si je lui ferais grand plaisir.
EMMANUEL
Je t'assure qu'elle sera ravie de te voir.