‹ La conscience de l'enfant; comédie en quatre actesChapitre 46 sur 54 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

GAUVELIN, MADAME CAUYELIN, MON- TRET, JENNY, GERMAINE, JEAN, RI- CHARD.

JENNY

Germaine, tu as dit, tout à l'heure, adieu à ton père. Il faut me dire adieu à moi aussi, car je pars avec lui.

Mouvement général.

MONTRET, profondément ému.

Jennyl

GERMAINE, frappée au cœur.

Tu pars avec lui ?

JENNY, à Germaine.

Je lie veux ]ias eiitr;i\ cr la vie, ni'opposor

aux aspirations de ta jeunesse... Je n'en ai pas le droit! Mais j'ai le devoir do partager avec ton père le fardeau des douleurs et des injustices!...

QERMAINE.

Je ne veux pas te quitter !

JENNY

Il le faut! je te laisse à la famille Richard qui me répond de ton bonheur... M. Jean me comprend ?

JEANj d'un accent profond.

Oui, madame.

GAUVELIN, éclatant.

Quelle folie? Toi partir avec l'homme..»

JENNYj à son père.

Je lui pardonne!

LA CONSCIF.NCK DE L'ENFaNT 227

MONTRET.

Je ne veux pas de ton pardon ! je partirai seul !

JENNY, allant d'un grand élan lui prendre la main,

Georges, laisse-moi donner à ma fille l'exemple que j'ai reçu de ma mère, de la fidélité à toute épreuve, de l'attachement indestructible, de l'amour quand même! Que ma fille sache que tu es tout pour moi, et quand elle saura ce que c'est que l'amour, qu'elle se souvienne de mes paroles, etqu'elle aime à son tour comme j'ai aimé!

GERMAINE? qui est, depuis son entrée, en proie à une émotion croissante, se jette dans les bras de sa mère.

Maman! (Elle pleure sur son épaule, puis elle se redresse et regarde son père avec émotion. Le cœur plein d'un sentiment qu'elle ose à peine exprimer.)

Père, moi aussi, je t'aime 1

MADAME CAUVKLTN.

Bien, Germaine.

JENXY, rayonnante.

Georges, je te l'avais déjà donnée une fois. Je suis heureuse de te la donner encore !

Elle pousse Germaine dans les bras de son père. MONTRET, tenant Germaine embrassée.

Merci;, Jenny ! (a Germaine.) Merci, mon enfant. Je n'aurais pas vécu sans ton afîection... Mais ce qui est convenu doit s'accomplir... Marie-toi. 4.

GERMAINE

Je ne veux pas me séparer de toil (Elle va

vers Jean résolument et lui donne la main.) Adieu,

Jean.

Germaine, je suis profondément ému. Tout

ce que je viens de voir et d'entendre m'emtpli d'un sentiment dont je ne me croyais pas capable ! iMon cœur n'est plus stérile et vide! Je t...

GEKMAINlo arrêtant le mot sur les lèvres de Jea».

Non!... je dois suivre mon père.

GAUVELIN, qui a suivi des yeux Germaine avec anxiété.

Tu dois rester! J'ai résolu ce mariage!

GERMAINE, regardant son grand-père avec effroi.

Grand-père, laisse-moi partir.

GAUVELINj sentant que l'enfant lui échappe. Tu veux partir! (signe affirmatlf de Germaine.)

C'est bien I...

Il s'éloigne et se met à l'écart.

JE>fNYj allant embrasser sa mère.

Alèro. il faut nous quitter. Adieu I et pardonne-nous!

GERMAINE» embrassant sa grand'mère.

Adieu, grand'mère, et pardonne-nous I

MADAME GAUVELIN, les tenant toutes deux embrassées.

Allez en paix, mes enfants. Vos cœurs ont bien parlé!

Madame Cauvelin amène doucement Jenny et Germaine vers Cauvelin, mais celui-ci se redresse et les repousse du geste. Jenny et Germaine, celle-ci pleurant sur l'épaule de sa mère, se dirigent vers la porte.

CAUVELIN, à Montret.

Ainsi, monsieur, vous sacrifiez votre enfant?

MONTRET.

Soyez tranquille, je saurai assurer son avenir.

CAUVELIN, exaspéré.

Vous savez pourtant que, dans ces conditions, la banqueroute est sur votre tête I

MONTRE ï> se retournant près de la porte par laquelle viennent de sortir sa femme et sa fille, — avec l'accent du triomphe et de la joie.

J'ai retrouvé les miens, monsieur, je n'ai plus besoin de personne !

IL sort.

Cauvelln veut s'élancer vers lui, il est arrêté par sa femme, Jean fait un geste de prière à son père, qui fait tristement un geste de refus.

Rideau.

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