‹ La conscience de l'enfant; comédie en quatre actesChapitre 53 sur 54 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

JEAN, GERMAINE, JENNY, RICHARD, pais MONTRET, puis GAUVELIN et MA- DAME CAUVELIN.

Germaine, tout entière à sa douleur, n'entend pas entrer sa mère.

JENNY, s'avançant vers Jean, avec anxiété.

Eh bien ?

JEAN» avec un geste de désespoir.

Elle ne veut rien entendre!

JENNY, bas.

Ah ! quel chagrin elle me fait !

Elle la contemple un moment en silence. Montret paraît à la porte de son cabinet, et vient vivement vers Jenny.

MONTRET, bas à Jenny.

Je viens de voir entrer dans la maison ton

père et ta mère, (a lean et à sa femme, en désignaat Germaine qui pleure toujours.) Toujoursnon ?

JENNY

Toujours non.

Geste navré de Jean.

LE DOMESTIQUE, entrant.

M. et madame Cauvelin demandent...

MONTRET, l'interrompant.

Oui, je sais... Faites entrer, (ii vient à Germaine. Doucement.) J'ai pensé, ma chère enfant, que tu avais du chagrin de ne pas voir ton grand-père. Je l'ai donc prié de venir... et le voici...

GERMAINE, se levant, pleine d'angoisse.

Mon Dieu !

Cauvelia et madame Ganvelin entrent. Jenny se jette dans les bras do sa mère, puis Germaine ■ vient embrasser sa grand'mère.

MADAME CAUVELIN.

Ma petite Germaine, comme tu es pâle!...

GAUVELIX; les yeux fixés sur Germaine, avec une grande émotion.

Bonjour. Germaine...

GERMAINE, allant vers son grand-père, avec une joie qui se contient.

Grand-père !...

MONTRET, bas à Jenny.

Tu vois...

CAUVELIN, tenant sa petite-fiUe embrassée.

Je savais bien que tu n'étais pas perdue pour moi ! Pas une minute, depuis six mois, tu n'es sortie de mes pensées. J'attendais

cette crise, cette crise nécessaire... et je serais venu, môme si l'on ne m'avait pas demandé.

MONTRET, à cauvelin.

Si j'ai cru devoir provoquer cette entrevue, monsieur, c'est parce que Germaine dépérit de jour en jour, parce que rien ne peut l'arracher à sa tristesse et parce qu'elle refuse d'épouser un brave garçon qui l'adore, qu'elle a aimé autrefois et qu'elle prétend ne plus aimer aujourd'hui. Vous avez eu sa volonté dans les mains, monsieur, vous l'avez sans doute encore. Parlez-lui donc, obligez-la au bonheur.

CAUVELIN.

Le seul moyen de la guérir, monsieur, c'est de me la rendre.

GERMAINE, s'écartant de lui.

Je no pou.x pas to suivre, grand-père !

GAUVELIN.

[Je veux que tu vives! Tu souffres comme une plante délicate qui n'est pas dans son milieu I] Crois-tu que je ne connaisse pas la raison de ton désespoir ?

GERMAINE5 pour l'empêcher do parler.

Grand-père...

GAUVELIN.

Que je no devine pas tes angoisses ?

GERMAINE

Plus un mot, plus un mot, je t'en supplie !...

Elle tombe assise, la tète dans ses mains.

GAUVELIN, à .Tennv. |

Qu'en dis-tu,, mère imprudente ! Tu as voulu m'arracher ta fdle, tu as voulu qu'elle v restât à son père, qu'elle l'aimât, et cela est fort bien ! Mais si tu as pu entraîner son cœur.

lu n'as rien pu changer à sa conscience qui reste un ju^e inflexible.

JEXNY.

'J'ai fait ce que je devais l'aire !

L'enfant meurt de ton amour !

JENNY

Elle meurt plutôt de ta haine !

GAUVELIN.

Ma haine, au contraire, la faisait vivre. C'était de la vie, c'était de l'énergie que sa révolte filiale ! Gomment veux- tu qu'elle aime aujourd'hui, comment veux-tu (|ue son cœur s'épanouisse et s'abandonne? Elle est pénétrée d'un sentiment de déchéance dont j'avais su l'affranchir ! Sa fierté intime est détruite, la fierté nécessaire à sa vie !

LA CUiNSClli.NCIi UE L tlNTANT

GERMAIN b;, pleurant.

Grand-père, lu n'as pas pitié de moi !

C AU VELIN, s'asseyant auprès d'elle et lui parlant de tout près.

Viens avec moi, Germaine. Je te guérirai. Tu vivras au milieu des traditions qui te sont toujours chères. Je te rattacherai à notre passé sans tache. Notre honneur qui est ton héritage te rendra la fierté. Je tu prouverai que c'est à nous que tu appartiens, que c'est avec nous que tu es solidaire, parce que c'est à nous que tu ressembles !

Germaine reste immobile.] MONTRET, s'avauçant.

Ainsi, Germaine, voilà bien la cause de ton mal : tu es malheureuse parce que tu ne peux pas me respecter!

GERMAINE, se redressant.

Père, je t'aime, je le jure !

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