SCENE VI
JEAN, GERMAINE, JENNY, RICHARD, pais MONTRET, puis GAUVELIN et MA- DAME CAUVELIN.
Germaine, tout entière à sa douleur, n'entend pas entrer sa mère.
JENNY, s'avançant vers Jean, avec anxiété.
Eh bien ?
JEAN» avec un geste de désespoir.
Elle ne veut rien entendre!
JENNY, bas.
Ah ! quel chagrin elle me fait !
Elle la contemple un moment en silence. Montret paraît à la porte de son cabinet, et vient vivement vers Jenny.
MONTRET, bas à Jenny.
Je viens de voir entrer dans la maison ton
père et ta mère, (a lean et à sa femme, en désignaat Germaine qui pleure toujours.) Toujoursnon ?
JENNY
Toujours non.
Geste navré de Jean.
LE DOMESTIQUE, entrant.
M. et madame Cauvelin demandent...
MONTRET, l'interrompant.
Oui, je sais... Faites entrer, (ii vient à Germaine. Doucement.) J'ai pensé, ma chère enfant, que tu avais du chagrin de ne pas voir ton grand-père. Je l'ai donc prié de venir... et le voici...
GERMAINE, se levant, pleine d'angoisse.
Mon Dieu !
Cauvelia et madame Ganvelin entrent. Jenny se jette dans les bras do sa mère, puis Germaine ■ vient embrasser sa grand'mère.
MADAME CAUVELIN.
Ma petite Germaine, comme tu es pâle!...
GAUVELIX; les yeux fixés sur Germaine, avec une grande émotion.
Bonjour. Germaine...
GERMAINE, allant vers son grand-père, avec une joie qui se contient.
Grand-père !...
MONTRET, bas à Jenny.
Tu vois...
CAUVELIN, tenant sa petite-fiUe embrassée.
Je savais bien que tu n'étais pas perdue pour moi ! Pas une minute, depuis six mois, tu n'es sortie de mes pensées. J'attendais
cette crise, cette crise nécessaire... et je serais venu, môme si l'on ne m'avait pas demandé.
MONTRET, à cauvelin.
Si j'ai cru devoir provoquer cette entrevue, monsieur, c'est parce que Germaine dépérit de jour en jour, parce que rien ne peut l'arracher à sa tristesse et parce qu'elle refuse d'épouser un brave garçon qui l'adore, qu'elle a aimé autrefois et qu'elle prétend ne plus aimer aujourd'hui. Vous avez eu sa volonté dans les mains, monsieur, vous l'avez sans doute encore. Parlez-lui donc, obligez-la au bonheur.
CAUVELIN.
Le seul moyen de la guérir, monsieur, c'est de me la rendre.
GERMAINE, s'écartant de lui.
Je no pou.x pas to suivre, grand-père !
GAUVELIN.
[Je veux que tu vives! Tu souffres comme une plante délicate qui n'est pas dans son milieu I] Crois-tu que je ne connaisse pas la raison de ton désespoir ?
GERMAINE5 pour l'empêcher do parler.
Grand-père...
GAUVELIN.
Que je no devine pas tes angoisses ?
GERMAINE
Plus un mot, plus un mot, je t'en supplie !...
Elle tombe assise, la tète dans ses mains.
GAUVELIN, à .Tennv. |
Qu'en dis-tu,, mère imprudente ! Tu as voulu m'arracher ta fdle, tu as voulu qu'elle v restât à son père, qu'elle l'aimât, et cela est fort bien ! Mais si tu as pu entraîner son cœur.
lu n'as rien pu changer à sa conscience qui reste un ju^e inflexible.
JEXNY.
'J'ai fait ce que je devais l'aire !
L'enfant meurt de ton amour !
JENNY
Elle meurt plutôt de ta haine !
GAUVELIN.
Ma haine, au contraire, la faisait vivre. C'était de la vie, c'était de l'énergie que sa révolte filiale ! Gomment veux- tu qu'elle aime aujourd'hui, comment veux-tu (|ue son cœur s'épanouisse et s'abandonne? Elle est pénétrée d'un sentiment de déchéance dont j'avais su l'affranchir ! Sa fierté intime est détruite, la fierté nécessaire à sa vie !
LA CUiNSClli.NCIi UE L tlNTANT
GERMAIN b;, pleurant.
Grand-père, lu n'as pas pitié de moi !
C AU VELIN, s'asseyant auprès d'elle et lui parlant de tout près.
Viens avec moi, Germaine. Je te guérirai. Tu vivras au milieu des traditions qui te sont toujours chères. Je te rattacherai à notre passé sans tache. Notre honneur qui est ton héritage te rendra la fierté. Je tu prouverai que c'est à nous que tu appartiens, que c'est avec nous que tu es solidaire, parce que c'est à nous que tu ressembles !
Germaine reste immobile.] MONTRET, s'avauçant.
Ainsi, Germaine, voilà bien la cause de ton mal : tu es malheureuse parce que tu ne peux pas me respecter!
GERMAINE, se redressant.
Père, je t'aime, je le jure !