‹ La conscience et la foi (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · U CONSCIENCE · texte numérisé non relu

U CONSCIENCE

aimer chrétiennement, souffrir chrétiennement, se dévouer chrétiennement, se vaincre chrétiennement : Ta foi fa sauvé^ tes péchés te sont pardonnes^ tandis qu'aux autres il déclarerait avec douleur qu'îV^we savent pas même de quel esprit ils devraient être animés. L'esprit du Christ, tout est là en effet ; et avant de substituer à cette religion pratique, vivante, que Jésus-Christ a fondée, pratiquée, enseignée, la religion de théologiens et de dominateurs dont il est le Dieu malgré lui, il eût fallu effacer de VÉvangile des mots comme ceux-ci : Où est F esprit du Seigneur est la liberté y et si quelqu'un lïapas V esprit de Christ y Un est pas à lui.

Il est tout un côté de mon vaste sujet que je renonce malgré moi à aborder aujourd'hui.

Je voudrais vous dire non-seulement ce qu'est Jésus, mais ce qu'est son œuvre, ce qu'il a fait pour l'humanité et pour nous. Je vous le montrerais dans l'histoire, arrêtant d'une main puissante le genre humain dans une décadence plus rapide et plus universelle en son temps qu'en tout autre, et par la bonne nouvelle du

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pgrdoQ divin , de la paternité de Dieu et de la fraternité des hommes, poussant Thumanité renaissante dans la voie sans terme du relève-* ment et de tous les progrés.

J'aimerais plus encore à vous le faire voir dans l'œuvre intérieure de la régénération mo* raie et religieuse, sauvant les âmes désespérées, accablées du fardeau irréparable de leurs péchés et de leur incurable faiblesse, et leur communiquant la vie nouvelle de Tesprit et de l'amour, les reliant par des chaînes de miséricorde et de lumière à ce Dieu qu'elles redou*taient, et leur donnant la force de marcher éternellement à lui, de progrès en progrès, de sanctification en sanctification.

Mais je dois me borner à un point, avant de finir. Êtes-vous tentés de m'adresser cette question qui, dans le monde, est si souvent posée ou même résolue pour autrui, légèrement et le plus souvent, sans que ceux qui la posent ou la résolvent, la comprennent? Me deman* derez-vous si je crois à la divinité de Jésus? Christ?

Pour éviter toute ombre d'équivoquei cette

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question, que vous ne songiez pas peut-èlre à m'adresser en ce moment, je l'accepte et j'y réponds avec la plus entière franchise.

Mais je ne puis y répondre par un seul mot, parce qu'elle est prise à chaque instant dans des sens très-divers. Peu de personnes entendent par la divinité de Jésus-Christ ce que toutes les orlhodoxies catholiques et protestantes leur commandent d'y voir : l'égalité absolue du Fils avec le Père, égalité qui aurait existé de toute éternité. La plupart prennent le mot dans un sens adouci , qu'on ne précise jamais , et Ton s'emporte contre quiconque n'accepte pas sans explication un terme dont le sens est si variable.

Parfois je serais tenté de la résoudre en un seul mot, et par une négation péremptoire. C'est TefTet naturel des tentatives d'intimidation, d'insinuations malveillantes* Mais je veux rester entièrement maître de ma pensée, et je ne reconnais à personne, ni le pouvoir de me faire affaiblir par des menaces l'expression de mes convictions, ni celui de m'en faire exagérer ou fausser la portée.

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Avant tout, je nie la divinité de Jésus-Christ dans le sens où il eût été le premier & la nier lui-même. Je répète que Dieu seul est Dieu, et qu'il n'est ni deux, ni trois, mais un. Je me rattache de toutes mes forces à l'antique, à l'éternel monothéisme. Je veux sauver avant tout l'unité de Dieu. Je regarde comme entaché de contradiction et de blasphème tout dogme qui partage la Divinité.

Et cependant il ne m'est pas possible, loyalement» sincèrement, de me réfugier d'un extrême dans l'extrême opposé. En un sens, il n'y a pas d'abîme entre Dieu et nous. La conscience, l'idéal, le sens religieux, la raison même, sont des lampes divines allumées en nous par Dieu même. Êtres finis, nous portons en nous l'idée de l'infini, nous aspirons à lui. Hommes, hommes mortels et pécheurs, nous sommes cependant les enfants immortels et à jamais perfectibles du Dieu éternel et parfait.

Jésus l'a été à un degré exceptionnel, unique, divin. Quand je relis ses sublimes et mâles discours, je Ty trouve immensément, incom-

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inen$urablement supérieur à tout ce qui Tentoure, aux Juifs de son siècle, aux 3ages de h Grèce, aux Romains maîtres du monde, à ses disciples et même aux plus grands, les saint Jean ou les saint Paul; à tous ses continuateurs, même les plus illustres et les plus saints. Je le trouve si supérieur à la sagesse moderne, à la morale de nos jours, aux religions existantes, y compris toutes celles qui dérivent de lui ; je le vois si étroitement et si réellement uni à Dieu, je le vois si grand, si simple, si bon, si pur, si humain, que je souffre quand je l'entends déclarer mon égal ou le vôtre, et que je reconnais en lui, avec ravissement, le Chef et le Maitre de rhumanité, le Rédempteur ou Libérateur, le Frère aîné, le Roi des hommes, le Fils de Dieu par excellence ; je ne puis m'empêcher de le reconnaître, quoique très-réellement homme, aussi parfaitement divin qu'il est possible de Télre sur la terre, et cent fois plus que je n'aurais su Timaginer.

La conscience humaine; qui se sent en sa présence, à la fois libre et gagnée, charmée et ennoblie, acquiesce avec joie, avec amour à sa

sainte parole, adopte avec gratitude pour drapeau, pour type, pour sauveur, sa personne vénérée et chérie. Elle trouve en lui tout ce qu'elle cherchait, la vérité et la vie normale, c'est-à-dire, en un seul mot, le chemin qui mène à Dieu. Elle s'attache à lui avec une foi profonde pour la vie, pour la mort, pour réternité.

Pensez donc tous, de lui, de sa personne, de ses miracles, de sa mort, de sa résurrection, de sa divinité, je ne dis pas ce que vous voudrez, je dis ce qu'après un sûr et sévère examen vous pourrez en penser; mais aimez-le, vénérez-le, obéissez à ses préceptes, imitez ses pures et fortes vertus, son amour pour ses frères et pour son Dieu ; efforcez-vous de grandir à sa ressemblance et à sa stature; vivez comme lui, mourez, s'il le faut, comme lui. Et Dieu, couvrant de sa charité vos misères morales , accomphra éternellement, pour vous, cette sublime prière de Jésus rapportée par saint Jean, prière qui serait un blasphème si Jésus était Dieu, puisqu'elle nous appellerait

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tous ù le devenir comme lui, mais qui, dans l'ordre d'idées que je vous ai exposées, est aussi jusle que pleine d'amour : Qz/e tous soient un ! Comme toi^ Père^ tu es en moi^ et comme je suis en toi^ qu'eux aussi soient en nous ! Amen.

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