HU LA CONSCIENCE
Jamais, en effet, le regret déchirant de la foi absente n'a inspiré à personne des gémissements plus pathétiques, une plus tragique et plus amère ironie. Rappelez-vous, en frémissant, cette page désolée placée en tête d'un poëme immonde comme une protestation éloquente de la conscience humaine contre sa propre misère.
0 Christ, je ne suis pas de ceux que la prière,
Dans tes temples muets, amène à pas tremblants ;
Je ne suis pas de ceux qui vont à ton calvaire.
En se frappant le cœur, baiser les pieds sanglants ;
Et je reste debout sous les sacrés portiques.
Quand ton peuple fidèle, autour des noirs arceaux,
Se courbe, en murmurant sous le vent des cantiques,
Comme au souffle du nord un peuple de roseaux.
Je ne crois pas, ô Christ ! à ta parole sainte.
Je suis venu trop tard, dans un monde trop vieux.
D'un siècle sans ef^poir naît un siècle sans crainte ;
Les comètes du nôtre ont dépeuplé les cieux.
Maintenant le hasard promène au sein des ombres,
De leurs illusions les peuples réveillés ;
L'esprit des temps passés errant sur leurs décombres
Jette au gouffre éternel tes membres mutilés.
Les clous du Golgotha te soutiennent à peine ;
Sous ton divin tombeau le sol s'est dérobé ;
Ta gloire est morte, ô Christ ! et sur nos croix d'ébène
Ton cadavre céleste en poussière est tombé.
Eh bien ! qu'il soit permis d'en baiser la poussière
Au moins crédule enfant de ce siècle sans foi,
Et de pleurer, ô Christ ! sur cette froide terre
Qui vivait de la mort, et qui mourra sans toi.
0 maintenant, mon Dieu, qui lui rendra la vie?
Du plus pur de ton sang tu l'avais rajeunie.
Jésus, ce que tu fis, qui jamais le fera ?
Nous, vieillards nés d'hier, qui nous rajeunira ?
Nous sommes aussi vieux qu'aux jours de ta naissance ;
Nous attendons autant, nous avons plus perdu.
Plus livide et plus froid, dans son cercueil immense,
Pour la seconde fois Lazare est étendu.
Oîi donc est le Sauveur pour entr'ouvrir nos tombes ?
Oîi donc le vieux saint Paul, haranguant les Romains,
Suspendant tout un peuple à ses haillons divins?
Où donc est le cénacle, oià donc les catacombes ?
Avec qui marche donc l'auréole de feu?
Sur quels pieds tombez-vous, parfums de Madeleine ?
Oîi donc vibre dans l'air une voix plus qu'humaine ?
Qui de nous, qui de nous va devenir un Dieu?
Qui de nous ? Aucun. Malheureux et grand poëte, tombé du doute dans le vice, mort usé avant l'âge par toutes les ivresses qui dégradent , je te plains, et j'espère, je crois que dans une autre vie, ton âme, si richement douée par Dieu et si déplorablement souillée par toi, sera régénérée, purifiée par la vérité et le devoir. En t'écoulant, ô Musset! ce que je suis tenté de maudire, ce n'est pas toi ; ce