‹ La conscience et la foiChapitre 13 sur 70 · UO LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

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question, que vous ne songiez pas peut-être à m'adresser en ce moment, je l'accepte et j'y réponds avec la plus entière franchise.

Mais je ne puis y répondre par un seul mot, parce qu'elle est prise à chaque instant dans des sens très-divers. Peu de personnes entendent par la divinité de Jésus-Christ ce que toutes les orlhodoxies catholiques et protestantes leur commandent d'y voir : l'égalité ahsolue du Fils avec le Père, égalité qui aurait existé de toute éternité. La plupart prennent le mot dans un sens adouci , qu'on ne précise jamais, et l'on s'emporte contre quiconque n'accepte pas sans explication un terme dont le sens est si variahle.

Parfois je serais tenté de la résoudre en un seul mot, et par une négation péremploire. C'est Teffet naturel des tentatives d'intimidation, d'insinuations malveillantes. Mais je veux rester entièrement maître de ma pensée, et je ne reconnais à personne, ni le pouvoir de me faire alTaibhr par des menaces l'expression de mes convictions, ni celui de m'en faire exagérer ou fausser la portée.

Avant tout, je nie la divinité de Jésus-Christ dans le sens où il eût été le premier à la nier lui-même. Je répète que Dieu seul est Dieu, et qu'il n'est ni deux, ni trois, mais un. Je me rattache de toutes mes forces à l'antique, à l'éternel monothéisme. Je veux sauver avant tout Tunité de Dieu. Je regarde comme entaché de contradiction et de blasphème tout dogme qui partage la Divinité.

Et cependant il ne m'est pas possible, loyalement, sincèrement, de me réfugier d'un extrême dans l'extrême opposé. En un sens, il n'y a pas d'abîme entre Dieu et nous. La conscience, l'idéal, le sens religieux, la raison même, sont des lampes divines allumées en nous par Dieu môme. Êtres finis, nous portons en nous l'idée de l'infini, nous aspirons à lui. Hommes, hommes mortels et pécheurs, nous sommes cependant les enfants immortels et à jamais perfectibles du Dieu éternel et parfait.

Jésus l'a été à un degré exceptionnel, unique, divin. Quand je relis ses sublimes et mâles discours, je Ty trouve immensément, incom-

mensurablement supérieur à tout ce qui l'entoure, aux Juifs de son siècle, aux sages de la Grèce, aux Romains maîtres du monde, à ses disciples et même aux plus grands, les saint Jean ou les saint Paul; à tous ses continuateurs, même les plus illustres et les plus saints. Je le trouve si supérieur à la sagesse moderne, à la morale de nos jours, aux religions existantes, y compris toutes celles qui dérivent de lui ; je le vois si étroitement et si réellement uni à Dieu, je le vois si grand, si simple, si bon, si pur, si humîftn, que je souffre quand je l'entends déclarer mon égal ou le vôtre, et queje reconnais en lui, avec ravissement, le Chef et le Maître de l'humanité, le Rédempteur ou Libérateur, le Frère aîné, le Roi des hommes, le Fils de Dieu par excellence ; je ne puis m'empêcher de le reconnaître, quoique très-réellement homme, aussi parfaitement divin qu'il est possible de l'être sur la terre, et cent fois plus que je n'aurais su l'imaginer.

La conscience humaine; qui se sent en sa présence, à la fois libre et gagnée, charmée et ennoblie, acquiesce avec joie, avec amour à sa

ET JÉSUS-CHRIST. 'l'-l3

sainte parole, adopte avec gratitude pour drapeau, pour type, pour sauveur, sa personne vénérée et chérie. Elle trouve en lui tout ce (ju'elle cherchait, la vérité et la vie normale, c'est-à-dire, en un seul mot, le chemin qui mène à Dieu. Elle s'attache à lui avec une foi profonde pour la vie, pour la mort, pour l'éternité.

Pensez donc tous, de lui, de sa personne, de ses miracles, de sa mort, de sa résurrection, de sa divinité, je ne dis pas ce que vous voudrez, je dis ce qu'après un sûr et sévère examen vous pourrez en penser; mais aimez-le, vénérez-le, obéissez à ses préceptes, imitez ses pures et fortes vertus, son amour pour ses frères et pour son Dieu; efforcez-vous de grandir à sa ressemblance et à sa stature; vivez comme lui, mourez, s'il le faut, comme lui. Et Dieu, couvrant de sa charité vos misères morales, accomphra éternellement, pour vous, cette sublime prière de Jésus rapportée par saint Jean, prière qui serait un blasphème si Jésus était Dieu, puisqu'elle nous appellerait

ihU LA CONSCIENCE ET JÉSUS-CIIRIST.

tous é'i le devenir comme lui, mais qui, dans l'ordre d'idées que je vous ai exposées, csl aussi juste que pleine d'amour: Que tous soient lin! Comme toi, Père^ tu es en moi^ et comme je suis en toi, qu'eux aussi soic7it en nous ! Amen,

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