‹ La conscience et la foiChapitre 2 sur 70 · AVERTISSEMENT. III · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. III

mon ministère m'ont empêché de faire dans cette ville un assez long séjour pour terminer cette série d'enseignements chrétiens au sein d'une Église dont j'ai été pasteur, qui me sera toujours profondément chère à bien des titres et où les convictions, à la fois trèslibres et très-évangéliques, énoncées dans les pages qui vont suivre, ont été accueillies avec une sympathie tout à fait fraternelle.

Le temps des fictions officielles en religion est passé; les populations refusent de se laisser traiter en mineures et demandent des preuves Si, dans l'Église réformée de Paris, on essaye, au nom d'une majorité de neuf voix^ de confisquer les droits de la conscience chrétienne et d'étouffer la libre recherche , les vieux centres protestants du Midi, et en particulier Nîmes, le plus important de tous, ont gardé et développé pieusement l'héri-

V AYl'RT]!;SEMtM'.

tage de liberté religieuse que les pasteurs du désert et les forçats pour la foi ont transmis à leurs descendants par les mains libérales des Rabaut Saint-Étienne et des Samuel Vincent.

La conscience et Dieu.

Nous vivons dans un temps où rien n'échappe à la discussion, où les plus graves de toutes les questions se posent de toutes parts, où l'on apporte à l'examen de toutes choses un degré inconnu de netteté, de hardiesse, et souvent, hélas ! de violence passionnée.

Je vois partout aux prises deux opinions extrêmes, aussi démesurément exagérées, aussi dangereuses l'une que l'autre. «Ne croyez rien, disent les uns ; niez toute religion et Dieu lui-

COQUEREL, i

même; niez toute espérance d'une autre vie, l'âme et son immortalité, et son existence même. C'est par la négation radicale, par la haine de toute autorité, qu'il faut se défendre contre les empiétements ou les abus de l'autorité. T> Ainsi parle l'irréligion moderne ; bien loin de s'arrêter où s'arrêta VoKaire, elle le méprise parce qu'il croyait en Dieu ; elle abaisse tout idéal moral, étouffe à dessein, même dans l'éducation des enfants (j'en pourrais citer des exemples), le sens religieux, et dés lors, avec l'anéantissement de tout ce qui est austère et élevé, coïncident le relâchement effréné des mœurs, la recherche éhontée de toutes les jouissances, l'impudent étalage des passions sensuelles. Notre époque semblait avoir adopté ce mot d'ordre honteux : le sa7îs gène; on n'en demeure plus là; on se moque de tout ce qui est beau, pur, noble, saint, poétique. On pratique, on enseigne le goût de l'ignoble, du laid, du vil, et l'on foule aux pieds, de parti pris, toute dignité; tant on s'efforce, en un mot, de rabaisser l'homme jusqu'à la brute ! J'ai entendu naguère, dans un lieu public, des re-

présentants lurbiilenls de la jeunesse moderne nier Dieu avec forfanterie et fracas, et interrompre grossièrement un discours oii le mot de conscience avait été prononcé (non par un ministre de la religion, mais par un libre penseur), en se disant Tun à l'autre : « La conscience? snis-tu ce que c'est? pour moi, je ne Tai jamais su ! »

De pareilles aberrations font peur ; on prévoit ce que feraient de la société, de nos biens, de nos familles, de notre honneur, s'ils en étaient les maîtres, ces énergumènes sans foi ni loi ; et cette juste peur, quelqu'un l'exploite. En face de l'irréligion, que je viens de vous peindre telle que je l'ai vue, se dresse un autre ennemi qui ne vaut pas mieux qu'elle. C'est l'absolutisme. Il ne se lasse pas de crier à la société : « Vous êtes perdus ; vous n'avez de refuge qu'entre mes bras. Tombez à mes pieds, livrez-vous à moi et je vous sauverai. Ne voyez que par mes yeux; croyez tout, ou au moins faites semblant de croire tout ce que je vous enseigne. Renoncez à penser; c'est ce qui vous égare; reniez la science; c'est elle qui ébranle

Page 1