CHAPITRE Y
LINDIVIDU
Je fais pricro, honneur, horomage h la lui pure ! — HuuHiiage a ma propre âiue !
Zend-âvesta.
Si la Justice, comme le veulent les sensualistes, n'étaient que l'expression d*un rapport, il est évident que ces deux mots : morale individueUe^ n'auraient aucun sens; mais la justice existe par elle-même, antérieurement aux rap-. ports dont elle est la règle, mais dont elle ne résulte pas.
J'ai des devoii's envers moi-même, parce que je suis une personne^ c'est-à-dire un être doué de conscience et de liberté.
Un homme, relégué dans une île déserte, ne serait pas pour cela affranchi de tous devoirs. Dans le système qui réduit la justice à la règle des rapports, il y aurait une foule d'actions basses et viles qui cesseraient d'être immorales, parce qu'elles seraient commises à l'insu des autres hommes et ne leur causeraient d'ailleurs aucun préjudice. Ce système est faux. Il y a, en chacun de nous, un caractère de dignité, t de respectabilité, n comme parlent les Anglais, qui veut être sauvegardé, indépendamment de toute considération d'intérêt et même de devoir social.
Le respect d'autrui doit commencer par le respect de soi-même. C'est en honorant l'homme en nous que nous apprendrons à l'honorer dans les autres.
Notre nature est double : il y a donc lieu de distinguer les devoirs qui regardent l'âme et les devoirs qui regardent le corps.
L'homme spirituel est liberté, intelligence, sentiment. — De là, des devoirs qui se rapportent à la liberté, à l'intelligence, au sentiment.
La liberté est ce qui constitue la personnalité
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humaine ; et, en un certain sens, il est exact de dire que la liberté est le tout de l'homme : si je n^étais pas libre, je ne serais pas responsable ; je n'aurais donc ni devoirs ni droits. Je serais incapable de justice, de vertu, de dévouement, de sacrifice. Je ne serais pas un homme.
Mon premier devoir est donc de respecter en moi la liberté, qui me fait homme, de la conserver dans toute son intégrité, de la maintenir en dépit des tyrans du dedans et du dehors qui Tassaillent sans cesse, et non-seulement de la maintenir, mais de la fortifier et de la développer.
David, mourant, disait à ses fils : « Soyez des hommes. » Cest-à-dire, « Soyez libres. »
Le langage vulgaire est ici d'accord avec la philosophie. Quand on dit d'un homme qu'il est véritablement homme, qu*entend-on par -là?
Qu'il est plus robuste, plus beau, plus riche ou plus savant, plus intelligent qu'un autre? Non pas, mais qu'il est doué de plus d'énergie morale, qu'il est capable d'un plus grand effort intérieur; en un mot, qu'il est plus libre.
Soyons des hommes ; soyons libres. ' Restons debout comme le gladiateur sur l'arène. La vie est un champ de bataille; faisons toujours face à
Tennemi, c'est-à-dire aux passions qui attaquent, tantôt de face et tantôt par en cade. Ne plions pas. Gardons, au fond de mêmes, un sanctuaire inviolable. Ilned( pas de nous de ne pas périr, mais il dépei nous de ne pas plier.
Restons debout I
Toutes les fois que tu es mis en demeun gir, interroge-toi. L'aclion à laquelle tu e licite aura-t-elle pour effet de diminuer berté? c'est-à-dire ta dignité, c'est-à-d respect que tu te dois à toi-même. Alors commets pas. — Mais, si je me refuse à mettre cette action , je souffrirai. — Cela regarde pas. — Je mourrai. — Gela ne garde pas. Une seule chose te regarde, d'être homme, c'est de rester libre.
— Mais j'ai contracté certaines habil qui, en diminuant ma liberté, ont dimini responsabilité. — Tu ne devais pas les co ter. — Mais le mal est fait et je n'y puis ri- Tu pouvais ne pas permettre au mal de duire à cette servitude. Tu es moins libre vrai, mais tu n'es pas moins criminel; car le premier moment, où tu as préféré des
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tances coupables à ta dignité d'homme, tu as été responsable du choix que tu as fait.
Liberté I mot sacré I mot divin! premier et dernier mot de la science morale ! tu devrais être notre prière du matin et du soir. Sans toi. Liberté, je suis semblable à la brute ; avec toi et par toi je me rapproche de Dieu, autant qu'il est donné au fini de se rapprocher de l'infini. Dieu, c'est la liberté absolue. Elevons-nous donc vers Dieu, de tout l'effort de notre liberté imparfaite. «Soyez parfaits, disait Jésus, comme votre père céleste est parfait. »
L'intelligence, considérée comme la faculté de concevoir Tinfini, s'appelle la Raison. Les conceptions rationnelles sont en nous, mais elles ne nous apparaissent pas toujours distinctement, faute d'y prêter une attention suffisante. Nous avons donc le devoir de cultiver et de développer notre raison. Il n'est permis à aucun le nous d'être indifférent sur la question de sa lestinée finale. Si, par ma liberté, je puis me approcher du tout parfait, c'est parce que ma aison a conçu l'infini. Cette conception, qui est
ridée de Dieu en moi, je n'ai pas le droit de la laisser s'obscurcir.
Tout homme est un artiste qui a reçu la tâche de reproduire en lui-même l'image du Tout parfait L'idée de Dieu est le modèle, la volonté libre est le ciseau. Si nous ne devons pas laisser le ciseau s'émousser, nous ne devons pas non plus souffrir que le modèle qui est en nous devienne moins distinct et ne nous présente plus que quelques traits effacés.
J'ai donc le devoir de cultiver ma raison. J'ai aussi le devoir de cultiver mes autres facultés de connaître, en les subordonnant toutes à cette faculté principale, qui est la régulatrice de mon entendement, puisqu'elle détermine à priori le rapport entre toutes mes notions du contingent et du relatif et la notion du nécessaire et de l'ab" solu. La culture de l'intelligence n'est pas indifférente à la moralité; car combien d'erreurs de conduite ne se trouvent-elles pas être des erreurs de jugement? Travaillons donc à bien penser, a dit Pascal, voilà le principe de la morale.
L'homme n'est pas seulement intelligent et
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libre : il est encore sensible, et, comme tel, capable de haine et d'amour.
Il faut bien se garder de mutiler la nature humaine, comme Tout fait les ascètes, stoïciens ou chrétiens. Si donc nous avons dit que la liberté était Thomme même, et que nous devions combattre nos penchants, toutes les fois qu'ils font obstacle à notre liberté, nous n'avons pas entendu dire qu'il fallût étouffer en nous la sensibilité. Ce serait vouloir détruire l'œuvre de Dieu, qui nous a donné les passions.
Toutes les passions sont bonnes en ellesmêmes, puisqu'elles viennent de Dieu, t Tout est bien, sortant des mains de l'Auteur des choses, » a dit très-justement Jean-Jacques Rousseau. Toutes les passions sont donc légitimes ; — nous parlons des passions naturelles et non des penchants monstrueux qui se développent au sein des civilisations corrompues. — Mais les passions cessent d'être bonnes, cessent d'être légitimes, quand elles nous tyrannisent au point de détruire ou d'affaiblir la force intérieure.
Prenons pour exemples les passions dont l'Église a fait les sept péchés capitaux. 11 n'en est pas une qui, considérée dans son principe, ne
soit non-seulement bonne, mais essentielle att développement de notre personnalité.
L'orgueil, le péché de Satan, est un sentiment essentiellement salutaire^ qu'il ne faut pas confondre avec ce sentiment ridicule et bête qu'on appelle la vanité. Je dois être orgueilleux, non parce que je suis un grand général ou un grand géomètre, ou un grand peintre, ou un puissant ministre, ou un prince de la finance, mais parce que je suis homme. Cette qualité d*horame doit faire ma dignité, ma fierté. Plus je porterai haut cette qualité, plus je l'honorerai chez les autres; plus je serai modeste, conciliant et plein de charité envers mes semblables. L'humilité, telle que l'entendent les théologiens, aboutit au contraire au mépris de soi-même et d'autrui.
La paresse est, il faut en convenir, un vilain défaut, quand elle nous domine, car elle vacon* tre le but même de la vie, qui est l'action. Cependant elle correspond à un besoin naturel, celui du repos. La paresse n'est donc pas une passion essentielle à l'homme, mais la dépravation d'un instinct qui est bon en lui-même. Car je ne puis lutter contre ce besoin de repos qu'au détriment de ma. santé et de ma vie, et même
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le mon intelligence, qui s'userait par un eflbrt trop prolongé. En ce sens, la paresse clle-môme est quelquefois un utile auxiliaire de Tinstinct de la conservation.
La gournoandise est, dit-on, un péché mi-
gnon, que les gens d'Eglise se permettent assez
volontiers. Mais cela dépend. C'est un des plus
graves de tous, quand il va jusqu'à Tintempé-
rancej jusqu'à Tivrognerie, qui nous abrutissent
et peuvent nous enlever la libre possession de
nous-mêmes. D'un autre côté, si l'on entend par
gourmandise, le plaisir du goût, i| est absurde
tfen faire un péché. Si Dieu n'avait pas voulu
que nous goûtions les aliments, pourquoi aurait-il
donné à la pêche sa saveur et au fruit de la vigne
son bouquet? Saint Bernard, qui buvait l'huile
de sa lampe et n'en distinguait pas le goût de
celui du vin de Bourgogne, ne faisait pas le moins
du monde une action méritoire. 11 est impossible
f imaginer un rapport entre l'idée de la justice
i un repas exclusivement composé d'œufs et de
3gumes, à l'exclusion des viandes. Si je jeûne,
arce que je suis pauvre et parce que je ne veux
as devenir riche au prix d'une action mauvaise
n soi, je mérite le nom d'homme vertueux.
lais si je jeûne pour jeûner, je suis un fou.
L'envie est abominable, et mérite Texécration du genre humain, quand elle nous porte à désirer le mal d' autrui. Mais elle est un sentiment très-utile quand elle nous pousse à l'émulation; elle devient alors la source d'une infinité de découvertes, d'inventions, de créations, dans l'ordre des sciences, des arts utiles et des beauxarts, d'un grand nombre d'actes héroïques.
Quand je vois un de mes semblables qui est grand par quelque côté, je dois non-seulement l'admirer, mais sentir aussitôt cette noble jalousie qui est le principe des grandes actions. Thémistocle sauve sa patrie, parce que les lauriers
de Miitiade l'empêchent de dormir. LeCorrége, en contemplant un tableau de Raphaël, s'écrie: tMoi aussi je suis peintre! »Le soldât qui voit son camarade à vingt pas d'un canon qui vomit la mitraille, s'élance pour ne pas lui laisser l'honneur d'arriver le premier. Sans l'aiguillon de l'envie, nous resterions toujours au point où nous sommes, et nous ne nous élèverions jamais audessus de nous-mêmes.
L'Avarice, outre qu'elle est un crime social, est en outre un crime envers nous-même, quand elle nous porte à laisser sans emploi la richesse dont nous disposons. Car la richesse est une
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rce, et nous n'avons pas le droit de laisser aule force se perdre. Mais l'Église a singulièrelent abusé des mots, en faisant de la pauvreté iijne vertu. La pauvreté n'est pas plus une vertu en elle-même que la poursuite de la richesse [ n'est un péché. Ce qui est défendu, c'est de pour- ^ suivre la richesse par des moyens illicites; mais il est, au contraire, très-moral, en même temps que très-utile, de chercher à augmenter sa richesse, en créant par exemple un nouveau produit ou un nouveau débouché à la consommation. Si tous les hommes avaient fait vœu de pauvreté, comme les saints qu'on honore à Rome, Thumanité serait encore dans l'état le plus misérable. L'avarice qui crée la richesse est donc bonne en elle-même, tandis que l'avarice qui immobilise la richesse et l'empêche de circuler, est nuisible et condamnable.
La colère est peut-être, de toutes nos passions, celle qui détruit le plus complètement notre liberté; aussi l'a-t-on définie une courte folie. Quand elle passe en habitude, elle nous enlève une bonne partie de notre caractère d'êtres raisonnables. Il faut donc se garder soigneusement de ces habitudes d'emportement et de violence, qui ne nous rendent pas moins hideux au moral
qu'au physique. Mais il s'en faut de beaucoup que la colère soit absolument mauvaise en soi. Elle est légitime, quand elle est suscitée en nous par l'indignation que nous cause le mensonge, rhypocrisie ou tout autre vice. Les Philintes qui ne s'irritent jamais, risquent fort de n'être pas d'honnêtes gens. Il y a des colères saintes. Telle fut celle de Jésus quand il chassait les marchands du temple, ou quand, s'adressanl aux tartufes do son temps, il leur disait : t Malheur îi vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que, sous prétexte de vos longues prières, vous dévorez les maisons des veuves; c'est pour cela que vous recevrez un jugement plus rigoureux!
— Maliieur à vous, scribes et pharisiens liypocri les, parce que vous courez la terre et la mer pour faire un prosélyte; et, après qu'il l'est devenu, vous le rendez digne de l'enfer deux fois plus que vous. — Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui payez la dîme de la men-. the, de l'aneth et du cumin, et qui avez abandonné ce qu il y a de plus important dans la loi, c'est-à-dire la justice, la miséricorde et la foi.
— Malheur à vous, scribos et pharisiens hypocrites ! parce que vous nettoyez le dehors de la coupo et du plat et que vous êtes en dedans pleins
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de rapine et d'impureté. — Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites , parce que vous êtes semblables k des sépulcres blanchis, qui au dehors paraissent beaux aux yeux des hommes, mais qui au dedans sont pleins d'ossements des morts et de toute sorte de pourriture. »
Non, celui-là ne mériterait pas le nom d'homme, qui ne serait pas capable
Des haines vigoureuses Qae doit donner ic. vice aux âmes vertueuses,
qui ne sentirait pas sa bile s'allumer et son cœur bouillonner de colère, quand il assiste aux défaites du droit et aux triomphes de la trahison ! La luxure est un mot sous lequel rÉglise désigne tout un groupe de passions, telles que l'amour de la femme, l'amour du luxe, le goût des plaisirs des yeux, etc. Elle touche donc, d'une part, à l'appétH du sexe, et do l'autre, au sentiment esthétique, au sentiment du beau, à l'art. Pour parler d'abord de l'instinct du luxe, nous dirons qu'il est fort légitime, puisqu'il est un des auxiliaires les plus puissants des arts, sans lesquels le beau resterait sans expression. £t quant à l'appétit du sexe, il va de soi qu'il n'est pas illégitime, puisqu'il est nécessaire h la
l&O LA CONSCIENCE
conservation de l'espèce. L'Eglise, là-dessus, professe une théorie h laquelle un homme de bon sens n'a jamais rien compris. Elle fait da mariage un sacrement, donnant ainsi à Tappétit du sexe une consécration religieuse, et en mêine temps elle proclame que la virginité est supérieure au mariage. II faudrait cependant s'en* tendre : si c'est Dieu lui-même qui a fait l'amour de l'homme et de la femme, il est absurde de dire qu'on se rapproche de la perfection en allant contre les fms de la nature. U virginité est un idéal absolument faux et le célibat une chose mauvaise en soi, au point de vue moral. L'homme ou la femme qui font vœu de chasteté, font un voeu aussi insensé que celui de ce saint Siméon qui resta dix ans debout sur le faîte d'une colone. Et cela est tellement vrai que le célibat religieux a partout produit les désordres les plus graves : la nymphomanie, l'hystérie, en ont été souvent les conséquences, Siins compter le reste. Nous ne parlons ici qu( de Tamour physique. Si nous parlions du véritable amour qui embrasse l'homme tout entier nous aurions bien plus à dire contre celte morale des cloîtres, qui mutile l'âme aussi biei que le corps, car le véritable amour est un de
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moyens les plus puissants qui soient donnés à riiomme pour s'élever à une vie supérieure. Mais ces considérations doivent trouver leur place ailleurs. Disons seulement que, si la débauche comme l'intempérance, comme tout ce qui ravale rhommc en dégradant sa beauté primitive, est un crime, il s'en faut de beaucoup que toutes les passions que l'Église a flétries du nom de luxure et a confondues dans ses anathèmes, soient mauvaises en soi. Ce qui est, au contraire, mauvais en soi, et absolument mauvais, c'est le célibat des prêtres, des moines et des religieuses.
Concluons toute celte discussion, en répétant que toutes nos passions sont bonnes en ellesraêmes, et deviennent mauvaises chaque fois qu'elles tendent à diminuer notre liberté.
L'homme est un tout indivisible, et, si nous avons le devoir de développer notre personnalité, il faut entendre notre personnalité tout entière, c'est-à-dire notre sensibilité aussi bien que notre intelligence, en les subordonnant toujours à la raison et à la liberté.
Le moyen âge avait flétri la matière, la chair, le corps. Le monde des esprits appartenait à Dieu, le monde des corps à l'autre^ à Satan.
Mais Satan n'existe pas, le mal n'existe pas; il n'est que le défaut ou l'imperfection du bien. Dieu seul existe, et tout est bien. La matière est divine, comme l'esprit. Le corps est sacré, comme l'âme. C'est ce que la Grèce, avec son admirable intuition de l'universelle harmonie, avait compris, dans ces jours radieux où Platon, assis sur le promontoire de Sunium, aux bords de la mer d'Ionie, révélait à ses disciples les mystères de l'éternelle Beauté. Les Grecs, pour exprimer la perfection humaine, disaient : Il est beau et brave. Le sage, selon les contemporains de Socrate et de Phidias, était celui qui, dans l'attitude de son corps et de son âme, offrait aux yeux des mortels l'image de la beauté unie à la force. Aussi Athènes estimait, à l'égal de la n)usique, qui imprime à l'âme ses modes et ses rhythmes, la gymnastique, qui donne au corps la proportion. C'est qu'en effet toute vertu réside dans la beauté, c'est-à-dire tlans la convenance, et dans la force, c'est-à-dire dans l'énergie.
L'hommo a donc le devoir de respecter sort corps. 11 a le devoir d'éviter la maladie, et par
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conséquent d'être sobre, d'être chaste» non pas xle la chasteté des moines, mais de cette chasjteté raisonnable qui maintient l'équilibre dans ses facultés physiques et morales. L'hygiène se xattache par beaucoup de côtés à la* morale^ et le proverbe latin n'avait pas tort, quand il disait : Mens sana in corpore sano. La propreté est incontestablement une vertu^ et les pieuses saletés que Rome glorifiait hier encore, en cano- .Disant saint Labre, tiennent de bien près à la folie. La force musculaire elle-même n'est pas à dédaigner, surtout si Ton songe qu'elle peut quelquefois faire utilement équilibre à la force nerveuse, surexcitée, d'une manière dangereuse, dans les pays de civilisation avancée et surtout daus les grands centres.
Nous avons le devoir de conserver notre corps, et par conséquent le suicide est un crime. Ajoutons qu'il est souvent une lâcheté; car, pour un Caton qui meurt pour échapper à la clémence de César, combien de Don Juan, vides d'esprit et vides de cœur, qui s'en vont par dégoût des autres et d'eux-mêmes! Toutefois, il faut bien se garder de condamner à la légère Thomme qui abandonne la lutte de la vie, car
ikli TA CONSCIENCE
aucun de nous ne sait combien de temps cet homme a combattu, et de quel poids était pour ses épaules le fardeau qu'il a rejeté brusquement.
Conserver sa vie n'est pas d'ailleurs un devoir absolu. Il est toujours défendu de se tuer ; mais la vie ne doit plus compter pour rien, le jour où l'on est mis en demeure d'opter entre le devoir de la conservation et un devoir supérieur. Ce n'est pas seulement le soldat qui est tenu de risquer ses jours gaiement ; tout homme est un soldat, et, dès que sa dignité l'exige, il doit faire bon marché de ce corps que nous proclamions sacré tout à l'heure. Toute la question se réduit à ceci : Puis-je, en sauvant ma vie, sauver en même temps ma liberté? — S'il faut choisir, le choix n'est pas douteux ; il faut mourir et rester libre.
Phalaris licel imperet ut sis
Falsus, et admolo diclet perjuria tauro, Summum crede nefas animam prsBferre pudori, Et propler vilam, vivendi perdere causas (1).
(1) a Que Phalaris t^ordoDue de mentir, qu*ii te dicte un parjure en faisant rougir son taureau, regarde comme la suprôme infamie de préférer la vie à Thonneur, et, pour sauver les jours, de sacrifier ce qui donne du prix à la vie. » (hvÊN.f Satir. VIII.)