CHAPITRE VII
LA. FAMILLK
L'Assemblée déclare que le mariage est un contrat, dissoluble par le divorce.
{Assemblée Constituante, Séance du 30 août 1790.)
Ceux qui croyent que le mariage est un sacrement, parce que tel est l'enseignement de rÉglise, peuvent se dispenser de lire ce chapitre : ce n'est pas pour eux qu'il a été écrit.
Le mariage est un contrat. Il a, pour fondement, le libre consentement de deux personnes, qui s'engagent mutuellement à ne plus former qu'une seule personne morale.
Le christianisme, par la voix de saint Paul,
avait proclamé l'inégalité de l'homme et de la femme. « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme l'Église est soumise à Jésus- Christ. » Les auteurs du Code civil, mauvais chrétiens pour la plupart, n'ont cependant fait autre chose que de reproduire la doctrine de saint Paul, quand ils ont déclaré que la femme doit obéissance à son mari.
Cette doctrine de l'inégalité de l'homme et* de la femme ne peut être soutenue que de deux manières.
Ou l'on invoque le préjugé théologique. Eve ayant mangé de la pomme la première et ayant tenté Adam, Dieu lui a dit : « Vous serez sous la puissance de votre mari, et il vous dominera (1) » .
(1) Après le péché, Dieu dit à la femme : « Tu seras sous la puissance de ton mari, et il exercera Tautoritè sur toi. 9 Dieu n'a pas demandé le consentement de la femme pour la soumettre à son époux; et s'ils avaient stipulé le contraire, Dieu aurait annulé le contrat.
Bergier. Dictionnaire de théologie.
Bergier conclut en plaçant sur la même ligne l'autorité sur la femme, sur les enfants, sur les esclaves : a Cette autorité est fondée sur la loi divine, naturelle et positive, antérieure à toute convention. »
Cf. E. AcoLLAs. Nécessité de refondre r ensemble de nos Codes.
Ma mère obéissait aveuglément à celui qu'on lui fit
Ou l'on invoque le fait brutal. » L'homme est plus fort que la femme; donc il doit la dominer (1) • .
Nous ne répondrons pas au premier de ces arguments, qui ne nous touche point, puisqu'il
épouser; aussi, lorsqu'il venait chez elle des femmes dont les maris étaient bien moins emportés que le sien, mais qui ne laissaient pas que de porter jusque sur leur visage des marques de la colère maritale, ma mère leur disait : « C'est voire faute; prenez- vous en à votre langue. H n'appartient pas à des servantes de tenir tète à leurs maîtres; cela n'arriverait pas si, lorsqu'on vous lut votre extrait de wïariage, vous aviez compris que c'était un contrat de servitude que vous passiez. »
Saint- Augustin. Confessions ^ liv. IX.
(1) Tout mari peut battre sa femme, quand elle ne veut pas obéir à son commandement, ou quand elle le maudit, ou quand elle le dément, pourvu que ce soit modérément 6t sans que mort s'en suive.
Beauhanoir. Coutumes de Beauvoisis.
Un mari doit avoir un pouvoir absolu et le droit de dire à sa femme : « Madame, vous ne sortirez pas; vous n'irez pas à la comédie; vous ne verrez pas telle ou telle personne. »
Napoléon !•'. Mémoires de Thibaudeau,
« Et de quoi vous plaindriez-vous, Mesdames ? Ne vous avons-nous pas reconnu une &me? Vous savez qu'il est des philosophes qui ont balancé. Vous prétendriez à l'égalité? Mais c'est folie. La femme est notre propriété. Nous ne sommes pas la sienne, car elle nous donne des enfants et l'homme ne lui en donne pas. Elle est donc sa propriété, comme l'arbre à fruit est celle du jardinier. »
Napoléon P'. Mémorial de Sainte- Hélène.
lA ODncnsfCB
est BHtSre d? foL An second, noos opposerons seidonal h conception de ToUigation morale et de k responsilMlilé mOTmle dus toute s^ sim-
La femme esfe-eile, comme rbomme, capable de (fecerner le bien dn mal? Est-elle, comme kn, douée de tOwrté? Est-elle responsable? En on mol, est -elle mie personne?
Si Toos rép<»dex non, je tous défends de la tradoire deTant tos tribmiaiix, je vous défends de la jager, je tous défends de la punir.
^ Toos répondez om, cela me suffit. Je n*ai pas besœn de savoir si la femme est capable de poursuivre, aussi loin (pe Thomme, la recherche des vérités de Tordre physique, métaphysique ou mathématique. Elle est Tégale de Thomme, comme personne morale, donc elle est son égale absolument. Donc elle doit être son égale dans la société civile.
Dans le mariage, il n'y a ni maître, ni esclave. Il y a un libre contrat, librement consenti entre deux personnes également libres, également responsables et par conséquent égales d'une égalité absolue.
L'égalité est donc l'essence même de l'union de l'homme et de la femme. Si l'on admet que
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l'homme ait le droit de substituer sa volonté à celle de la femme, la femme est réduite à Tétat de chose. C'est le viol (1) consacré par la loi, et non seulement le viol du corps, mais le viol de
rame.
L-égalité n'est possible que dans la monogamie. Dans toute sociétépolygame, la femme est une esclave, la chose de Thomme; elle est passédée^ comme le bœuf ou Tâne du patriarche.
Montesquieu s'est donc trompé, et après lui Napoléon P*^, l'un, en cherchant à la polygamie, telle qu'elle est pratiquée en Orient, une excuse dans la différence des climats ; l'autre en la préconisant d'une manière absolue. (Y. Mémorial de Sainte-Hélène.)
C'était considérer le mariage à un point de vue purement matérialiste, purement brutal, celui de la propagation de l'espèce.
(1) Le viol légal et le viol sacramentel. Il est implicitement contenu dans la doctrine de i'Ëglise catholique. « Les époux sont obligés de se soumettte l'un à Taulre pour Taccomplissement du devoir conjugal, » dit Mgr Gousset, qui cite la parole de Tapôtre ; Vûcori vir debitum reddal, aimiliter autem et uxor v\ro, — Que Ton combine la théorie du debitum conjugale avec celle de l'obéissance due par la femme, dit fori bien M. Emile Acollas, dans l'ouvrage ci lé plus haut.
De cette égalité des sexes, dans le mariage et dans la société civile, ne résulte pas Tidentité des fonctions. Nous ne demandons pas qu'une femme puisse devenir ministre de la guerre ou conseiller à la Cour de cassation. La femme n'a rien à gagner à cesser d'être femme. Mais pour ce qui touche à la famille, à la propriété, à l'héritage, elle doit avoir les mêmes droits civils que l'homme, puisqu'elle a les mêmes devoirs. Vous jugez que la femme est assez responsable pour être envoyée à l'échafaud, reconnaissez donc qu'elle a assez de raison et de liberté pour participer au gouvernement de sa maison et de ses enfants.
Revenant à notre définition de tout à l'heure, nous dirons que le mariage est un contrat qui a pour fondement le libre consentement de deux personnes , et qui implique, pour les deux partics contractantes, une égalité parfaite de devoirs et de droits. Hors de cette égalité, il n'y a que prostitution, esclavage, régime à la turque et pur matérialisme.
Cette doctrine de l'égalité des sexes fut d'ailleurs la doctrine du dix-huitième siècle; elle fut celle de la Révolution. « Il est difficile de démon-
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trer, lit-on dans V Encyclopédie, que rautorité du mari vienne de la nature, parce que ce principe est contraire à l'égalité naturelle des bommes. » Dans la séance de la Convention du 2ft août 1793, Camille Desmoulins s'écriait : f Je ne veux pas qu'on conserve la puissance maritale, qui est une création des gouvernements despotiques I » En effet le pouvoir marital, après avoir été aboli par la Convention, n'est rentré dans nos Codes qu'à l'époque où le despotisme sans phrases s'installait dans l'Etat (1804). Le Code civil de la Révolution avait déclaré :
t Titre III, art. 11. Les époux ont ou exercent un droit égal pour l'administration de leurs biens. »
f Art. 12. Tout acte, emportant vente, engagement, obligation ou hypothèque sur les biens de l'un ou de l'autre, n'est valable, s'il n'est consenti par l'un et l'autrç des époux. »
La Convention n'admettait d'ailleurs qu'un ;eul régime, le régime de la communauté, 9 comme le plus conforme à cette union intime, . celte unité d'intérêts, fondement inaltérable lu bonheur des familles. » — Quant à la tutelle les enfants, la Convention reconnaissait égale-
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ment que le droit de la mère était égal au droit du père :
« Titre V, art. 1". L'enfant mineur est placé, par la nature et par la loi, sous la surveillance et la protection de son père et de sa mère; le soin de son éducation leur appartient. » •
« Art. 7. En cas de mort du père ou de la mère, pendant la minorité de l'enfant, la protection légale reste entièrfe au survivant. »
Si l'égalité est la règle du mariage, quel en est Je fondement? •
Montesquieu répond à cette question : « L'obligation naturelle qu'a le père de nourrir ses enfants a fait établir le mariage, qui déclare celui qui doit remplir cette obligation. »
Cela est très-juste. En effet, toutes les législations établissent que, dans le mariage, les époux s'engagent à nourrir et à élever les enfants qui peuvent naître de leur union.
Cependant le mariage a un autre fondement, — plus profond, — l'Amour.
Il ne faut pas confondre l'amour avec l'appétit du sexe. Il en est parfaitement distinct, bien que l'on ne conçoive pas qu'il puisse en être se-
pwé. L'amour est essentiellement une affection
^e l'âme; et, dans l'amour véritable, l'union
^ des corps semble surtout avoir pour objet de
Tendre plus complète et plus étroite l'union des
&mes.
Un mariage sans amour n'a absolument aucun caractère moral. La sanction civile ellemême ne saurait lui communiquer ce caractère. Quand une femme s'abandonne à un homme qu'elle n'aime point, dans le mariage ou hors mariage, elle se prostitue, elle devient infâme. Et il en est de même de l'homme; car, ainsi que l'a dit saint Paul qui, sur ce point du moins, a parfaitement raison : « Ne savez-vous pas que celui qui se joint à une prostituée est un même corps avec elle?» Et, ce qui est pire, il lui prend quelque chose de son âme, et se ravale à son niveau.
Qu'ils le sachent donc bien, ces parents qui se croient sages en jetant leur fille, une vierge, dans les bras d'un homme que les débauches de éa jeunesse ont rendu incapable d'amour, mais qui rachète ses vices au poids de son or : ils font la même chose que s'ils menaient leurs filles aux lieux infâmes.
L'union de l'homme et de la femme ne se dis-
tinguc de raccouplement des bêtes que par l'amour. Supprimez l'amour, et il n'y a plus ni dignité, ni moralité dans le mariage.
Épouser une femme, sachant qu'on ne l'aime pas et qu'elle ne vous aime pas, c'est donc se dégrader soi-même, en dégradant la femme qu'on épouse, par le viol légal. Qu'importe que la loi civile autorise ces sortes d'unions? Dieu, qui est tout amour, les a condamnées le jour où le premier homme donna à la première fenmie le premier baiser.
L'amour est exclusif. On ne peut aimer en plusieurs endroits à la fois. « L'égarement à aimer en plusieurs endroits, dit Pascal, est aussi monstrueux que l'injustice dans l'esprit. » La fidélité, que tous les Codes ont toujours considérée comme le devoir des époux, est donc de l'essence même de l'amour.
Disons que cette considération achève de condamner la polygamie ; car, dans la polygamie, l'amour est impossible; et ce régime, même dans les pays où il est autorisé et protégé par la loi, est aussi contraire à la dignité morale de l'homme et de la femme que le libertinage.
L'homme et la femme s'unissent donc parce qu'ils s'aiment. Dans une pareille union, ils de-
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viennent l'un pour l'autre un très-vif stimulant de perfectionnement moral; car il n'est rien, parmi les choses de ce monde, qui nous élève plus haut que le véritable amour. C'est l'échelle de Jacob qui unit la terre au ciel.
L'amour des parents pour leurs enfants n'est pas moins naturel que l'amour de l'homme et de la femme. Aussi les théories qui tendent à enlever les enfants à leurs parents pour les confier & TÉtat sont-elles contraires à la nature.
Avoir des enfants, les élever, faire souche d'honnêtes gens, est une des fins de la vie. D'ailleurs la famille n'est complète que par l'enfant. 11 manque toujours, aux amours stériles, cette consécration suprême du plus grand et du plus idorable des mystères de la nature. La femme l'est tout à fait femme que lorsqu'elle est mère. La vierge est comme une belle fleur sans parum. Quand la jeune mère berce sur ses genoux e petit enfant, il se répand autour d'elle comme me atmosphère suave et pénétrante qui met tout le qui la contemple en harmonie avec toute la lature.
Donc, malheur aux unions stériles! malheur
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aux peuples qui en sont venus à redouter la multiplication des enfants! Quand l'infanticide, l'infanticide, brutal ou déguisé — attaque une société, c'est que les jours sont comptés. Les Barbares sont proches, et déjà les lettres de feu flamboient sur les murs de Ninive.
L'amour des eofants et le respect des vieillards sont les signes auxquels on reconnaît une société saine et vigoureuse. Car c'est surtout dans l'enfant et dans le vieillard qu'il convient d'honorer l'humanité, — dans l'enfant qui est notre lien avec l'avenir, dans le vieillard qui est notre lien avec le passé, et qui contient en lui la tradition vivante.
L'enfant apparaît pour sauver la famille, à l'heure où, les sentiments s' étant émoussés, l'ennui et le dégoût viennent trop souvent s'asseoir au foyer. Quand l'enfant pousse son premier vagissement, le mariage reçoit sa consécration; et c'est surtout à partir de ce moment que l'homme et la femme ne font plus qu'un.
Plus tard, quand on se sent vieux, quand, par tant de côtés, on appartient déjà plutôt à la mort qu'à la vie, Tenfant est là pour nous adoucir le passage. On sait qu'on ne meurt pas tout entier, en se sentant revivre en lui. Nous
lui léguons notre âme, notre souffle, nos légilimes ambitions, ce que nous avons eu de meilleur dans nos bons jours. Nous pouvons nous endormir tratiquilles, quand il est là, déjà fort, prêt à toutes les luttes de la vie, et bien armé par nous pour soutenir à son tour le grand combat.
Tout le devoir des parents envers les enfants se résume donc en ces trois mots: faire des hommes^ c'est-à-dire des êtres libres, qui aient le respect du passé, Tamour de l'avenir et continuent la tradition.
Les parents ont des devoirs ; mais ils ont aussi des droits. La Convention avait raison quand elle a dit : t II n'y a plus de puissance maritale. » Elle s'est trompée, en ajoutant t qu'il n'y avait plus de puissance paternelle.' » L'homme n'a aucune autorité naturelle sur la femme, qui est une personne au même titre que lui. Les parents ont une autorité naturelle sur l'enfant, qui n'est pas encore une personne. Mais ils ne doivent jamais oublier que l'enfant porte en lui le . germe de la responsabilité et de la dignité humaine, que sa destination est celle d'un être ; i
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libre, et que lui aussi a son droit, celui de dé* velopper sa personnalité.
M. Eugène Pelletan, dans son beau livre de la Mère, cite ce mot d'une femme d'esprit : t On ne prend plus assez le mariage au sérieux pour réclamer la toi du divorce, t
Cette loi, nous la réclamons, parce que nous prenons le mariage au sérieux. Et, tant qu*il nous restera dans la main une plume à demi brisée, nous ne cesserons de revendiquer l'application de cette formule, posée par l'Assemblée constituante, le 30 août 1790 :
c Le mariage est un Contrat, dissoluble par le Divorce. •
Nous lisons dans le préambule du Code civil de la Convention ;
« La volonté des époux fait la substance du pacte- matrimoniale Le changement de cette volonté en. opère la dissolution* »
Et au titre 11^ art. 2 :
« Le mariage peut être dissous par la seule . volonté persévérante des deux époux. »
La Révolution avait proclamé les vrais priii- . cipes. La réaction catholique de 1816 a tout
LA rAlIlLLK 167
é^ en laissant seulement subsister la sépara*- 1 du corps, qui est une prime offerte au liberâge et une excitation donnée à l'adultère.
Le mariage, étant un contrat librement coniti, est dissous, de droit, le jour où ce consen-
lent mutuel n'existe plus.
La même raison qui nous fait repousser les
ux perpétuels, et en particulier le vœu de
ibat des religieuses et des ecclésiastiques, ne
is permet pas d'admettre le mariage indisso-
le.
M je suis libre en me liant, je dois être libre
me délier. Il est impossible de répondre à 1., à moins d'invoquer des arguments théolo<* ues.
Là-dessus, nous entendons les défenseurs breés et patentés de la morale publique et reliuse qui s'indignent. Cette indignation n'est
sérieuse. Sans doute des gens, pour qui le riage est un sacrement tempéré par l'adul-^ S n'ont que faire du divorce. Voilà pourquoi crient au scandale, dès qu'on prononce ce b^ Mais il est impossible d'admettre qu'une iété repose sur une hypocrisie et une restrici mentale universelles. Le ménage en ville^ chambres séparées, le cercle, la loge à 1
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péra, les voyages aux eaux et aux bain mer, entrepris à propos, sont des inveni qui peuvent tenir , dans une société oisiv corrompue, une place très-considérable. Mai vous défie de rien fonder de solide et de dura sur ces expédients, d'ailleurs fort en honnt chez les gens comme il faut.
On ne fonde rien que sur la liberté et su Tamour. Quand on ne s'aime plus, il faut qu'on se sépare ou que Ton mente. Vous choisissez le mensonge. Vous faites de l'amant et de la maîtresse un palliatif qui aide à prendre le mariage en patience, et une institution qui soutient la famille. Le divorce nous paraît préférable.
Le divorce est-il un bien? pas le moins du monde. Le bien, c'est de s'aimer toujours. Jamais le changement dans l'amour n'a passé pour une perfection. Mais, puisque la faiblesse humaine veut qu'il y ait peu d'amours immortelles, le divorce est le moindre des maux qui puisse résulter de notre fragilité.
« Tout en excluant les vœux éternels devant la société, dit madame Juliette Lamber, il est à souhaiter que deux êtres qui contractent union.
eroient à la perpétuité de leurs sentiments actuels et se jurent de s'aimer toute la vie. C'est là un engagement idéal qui a beaucoup de valeur morale, mais qui, socialement, ne saurait avoir le caractère du contrat (1). »
Le divorce peut amener des catastrophes :
d'accord ; mais, du moins, il n'avilit pas, comme le ménage à trois ou à quatre, qui est un perpétuel mensonge. — On a fait une expérience malheureuse : le divorce permet de se reprendre à la vie et d'essayer à nouveau d'aimer et d'être homme, sans avoir à rougir et à baisser les yeux.
Rien n'est moral que ce qui est librement consenti ; donc le mariage devient immoral, le jour où il n'a plus pour fondement le libre assentiment des deiix époux. De là la légitimité du divorce. On ne peut la nier, qu'en niant du même coup que la liberté soit ce qui constitue la moralité de nos actes.
Un dernier mot :
La société la mieux réglée sera celle où le
(1) Idées anti-proudhoDienaes sur rhomme, la femme, et le mariage.
divorce, étant très-facile, sera cependant trè* rare ; où les mœurs, et non les lois, protégeront le lien conjugal ; où la famille, n'étant plus fondée sur la contrainte, subsistera en vertu de ses deux principes essentiels : la liberté et IV mour.