LA LOI VIVANTE
m instinct qui n*est point assouvi. J'aurais x)ute la sagesse des sages, toute la justice des justes, toute la charité de ceux dont le cœur et [a chair ont saigné depuis quatre mille ans pour rhumanité, qu'il resterait encore dans un repli le mon âme comme une plaie secrète qui réclaneirait sa guérison. Rassemblez tous les dévouements, tous les sacrifices, tous les martyres de tous les siècles, accumulez toutes ces sanctions ie la justice héroïque, et mettez la conscience iu dévoué, du sacrifié, du martyr face à face avec elle. A cet homme, le plus grand de tous, tînt-il dans sa main la coupe pleine de ciguë, Fût-il attaché sur la croix, il manquera quelque chose; Il répandra trois gouttes de la coupe empoisonnée pour faire une libation à Esculape, au dieu libérateur; il s'écriera, les lèvres encore humides de l'éponge de fiel : t mon père!
pourquoi m'avez-vous abandonné? »
O Dieu! le mal qui nous divore, c'est toi!
C'est toi, mal de l'infini, mal qui fais tout notre Men I car, si je ne portais au flanc ton aiguillon, je resterais jusqu'à la mort accroupi dans la fange. C'est parce que je t'ai conçu, ô tout parfait, que je souffre de mon imperfection et
souillure, de la Beauté sans déclin, il est nécessaire que ce Bien, que cette Beauté existent quelque part. Et cet être qui est le Bien vivant, la Beauté éternelle, de quel nom Tappellerai-je, si je ne l'appelle pas Dieu?
Pourquoi Dieu n'existerait-il pas? — La loi existe; elle est gravée au 'fond de mon cœur. Rien, pas même mes propres crimes, ne pourrait l'en effacer. Qui donc l'y a gravée? Qui donc m'a appris à ne pas confondre le vice et la vertu? Quel maître m'a enseigné que l'Ordre était le souverain Bien , et que , manquer à l'Ordre, était un malheur plus grand que de souffrir mille morts. Où est-il ce législateur du passé, du présent et de l'avenir, dont les décrets sont antérieurs aux traditions des peuples barbares, aux Codes des nations civilisées, qu'ils dominent et qu'ils jugent? Partout oîi je porte mes regards, jusqu'au fond des déserts de sable, des steppes, des savanes, des forêts que la hache n'a pas encore entamées, je vois la loi morale universellement reconnue, sinon respectée; et s'il est, — bien au delà de ces myriades d'étoiles qui étincellent au-dessus de ma tête, pendant les nuits d'été, — un seul être libre, la Loi m'apparaît comme la règle de sa liberté. Qui donc,