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CHAPITRE II

l'ahe

L*hoime ii'asl ^*do roseau, k f^us faible de la Datnre, mais c'est un roseau peii>ant. Il se faot pas (fne rouifers eoUer s*ame poar rêcraser. Une Tapeur, une goutte JTeao suffit pour le toer. Mais quand Puni- Teis rècra&erait, rboinme ^e^ait eucore plus ■oMe que ce qui le tue, parce qu*il sait qa*il HMuit; et TaTantage que runivcrs a sur lai, Tonlf ers n*cn sait rien.

Pascau {Pensées,)

Le Moi est donc une force, — la seule force dont nous ayons ime connaissance immédiate, — et elle est tme force qui a conscience d'ellemême et qui est à elle-même la cause de son propre mouvement, — Cette force consciente et libre, c'est Thomme même.

Rien de plus certain, parce qu'il n'est rien de plus évident.

7î2 LA CONSCIENCE

l^a Conscience m'atteste directement l'Unité du Moi. — Je pense, je pâtis ou je jouis, j'aime ou je hais, je veux : j'ai conscience de mes pensées, de mes sensations, de mes sentiments, de mes déterminations ; et, en même temps, j'ai conscience de l'Unité du Moi qui pense, qui sent, etc.

L'Unité du Moi est d'ailleurs la condition nécessaire de la Conscience. Si je n'étais pas un, mais un composé de plusieurs substances, ma conscience ne serait pas une non plus, elle serait donc multiple, ce qui implique contradiction, ou plutôt elle ne serait point. Je n'aurais pas conscience de moi-même, je ne pourrais pas dire : Moi. Autant dire que je n'existerais pas. On s'est servi du fait de la comparaison pour prouver l'unité du Moi. Soit une comparaison à établir entre trois perceptions différentes. Si le moi n'était pas un, il serait composé. Représentons par A, B, C, les différentes substances qui entreraient dans la composition du moi, je demande où se fera la comparaison. « Ce ne sera pas dans A, puisqu'il ne saurait comparer une perception qu'il a avec celle qu'il n'a pas; par la même raison, ce ne sera ni dans B, ni dansC. Il faudra donc admettre un point de réunion, une

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substance qui soit en même temps un sujet simple et indivisible de ces trois perceptions (1). > Ce raisonnement est inattaquable. Il faut seulement ajouter que tout fait de conscience, aussi bien que le fait de la comparaison, suppose r Unité du Moi et que d'ailleurs cette unité m'est donnée directement par la conscience.

C'est encore la Conscience qui m'assure de mon identité personnelle : mais ici, elle ne suffit plus toute seule ; car, réduite à elle-même, elle ne me fournit point la notion de la durée. Il faut qu'elle soit aidée par la mémoire. — Prenons un exemple, celui d'un effort continu.

Quand je produis cet effort pour la première fois , j'ai conscience de l'acte dont je suis la cause ; et, à chacun des instants qui suivent, j'ai conscience de l'acte qui se continue. En même temps, et, à chacun de ces instants, la mémoire me rappelle toutes les consciences successives que j'ai eues de l'effort, pendant qu'il a duré. Mais, au milieu de cette suite continue d'efforts, je perçois ma propre durée, je saisis mon iden-

(1) GoDdillac. Essai sur l^origine des connaissances humtmes» Première partie.

tité personnelle à travers la succession des phénomènes dont je suis la cause. L'identité du moi m'est donc attestée par la conscience aidée de la mémoire ; et en même temps, elle est la condition nécessaire de l'exercice de la mémoire. Car, si le moi n'était pas toujours identique à luimême, comment pourrait-il se rappeler les percaptions antérieures, qui auraient été perçues par un être différent de lui-même?

Je suis donc un être simple, et identique à lui-même. C'est dire que ma substance ne peut être confondue avec la substance matérielle.

Kn effet, quel est l'attribut constant, essentiel, constitutif de la matière? C'est l'étendue, c'està-dire les trois dimensions, et par conséquent la divisibilité. L'idée d'unité, de simplicité, est donc contradictoire avec l'attribut essentiel de la matière. L'idée d'identité ne l'est pas moins. La matière est dans un continuel changement, et, pour ainsi dire, dans un écoulement perpétuel. 3ans cesse mon corps s'accroît de nouvelles molécules et élimine les anciennes. C'est ce qu'on appelle le tourbillon vital ; et c'est ce qui faisait dire à Heraclite qu'on ne se baignait pas deux fois dans le même fleuve : car ni le fleuve n'est le même, ni le corps qui s'y plonge» — Si le

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moi, un, identique, ne peut être confondu avec la substance matérielle, reste donc qu'il soit luimême une substance distincte du corps, une Ame en un mot.

Mais, oii cette distinction de T&meetducorps éclate avec le plus de force, c*est dans le fait de Tactivité volontaire et libre :

c Yoici un fait, dit M. Jules Simon (1), que nous proposons aux matérialistes d'expliquer. Qu'ils nous disent comment un corps peut se mouvoir sans être mû. N'est-il pas vrai que, quand nous voyons un mouvement se produire quelque part, nous affirmons qu'il a pour cause quelque autre mouvement? Cependant, notre àme se meut sans être mue. Est-ce là une propriété de peu d'importance? Est-elle contestable? Est-elle possédée sous le ciel par une iutre nature? Et si la loi constante des corps est ie ne se mouvoir qu'après avoir été mus, ne Faut-il pas dire qu'un être qui échappe à cette oi n'est pas un corps? »

Revenons encore à la Profession de foi du ficaire Savoyard^ que les plus grands et les plus

(1) La religion naturelle. Troisième partie*

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purs parmi les hommes de la Révolution considéraient comme leur symbole, et qu'affectent de dédaigner aujourd'hui tant de gens qui ne valent pas, à coup sûr, les vaincus de Thermidor.

€ Nul être matériel, dit J. -J. Rousseau, n'est actif par lui-même, et moi je le suis. On a beau me disputer cela, je le sens, et ce sentiment qui me parle est plus fort que la raison qui le combat J'ai un corps sur lequel les autres agissent, et qui agit sur eux ; cette action réciproque n'est pas douteuse; mais ma volonté est indépendante de mes sens; je consens ou je résiste, je succombe ou je sais vainqueur, et je sens parfaitement en moi-même quand je fais ce que j'ai voulu faire, ou quand je ne fais que céder à mes passions. J'ai toujours la puissance de vouloir, non la force d'exécuter. Quand je me livre aux tentations, j'agis selon l'impulsion des objets externes. Quand je me reproche cette faiblesse, je n'écoute que ma volonté ; je suis esclave par mes vices, et libre par mes remords; le senliment de ma liberté ne s'efface en moi que quand je me déprave et que j'empêche enfin la voix de l'âme de s'élever contre la loi du corps.

«... Le principe de toute action est dans la volonté d'un être libre; on ne saurait remonter

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au delà. Ce n'est pas le mot de liberté qui ne signifie rien, c'est celui de nécessité. Supposer quelque acte, quelque effet qui ne dérive pas d'un principe actif, c'est vraiment supposer des effets sans cause, c'est tomber dans le cercle vicieux. Ou il n'y a point de première impulsion , ou toute première impulsion n'a nulle cause antérieure, et il n'y a point de véritable volonté sans liberté. L'homme est donc libre dans ses actions, et comme tel animé d'une substance immatérielle; c'est mon troisième article de foi (1). »

Oui, dans ce corps exposé à toutes les attaques du dehors, et que la volupté, comme la douleur, traite en esclave, habite une âme libre et par conséquent distincte de lui. Ce corps, on peut l'enchaîner, on peut le mutiler, on peut le réduire en poussière. Mais nulle puissance au monde ne saurait enchaîner mon âme ; pour elle, il n'est point de bastille; et le Citoyen que Tibère a plongé dans un cul de basse fosse est

^4) Les deux premiers articles de foi du vicaire savoyard étaient Texistence d'une volonté qui meut la matière et (l'une intelligence qui la meut selon de certaines lois. Nous les retrouverons ailleurs.

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plus libre que la valetaille de cour qui a livré Bon âme. Nul tyran, pas même la passion, n'a le pouvoir de mutiler ma liberté intérieure. L'Univers tout entier s'écroulerait sur ma tête que la force qui est en moi, cette force qui se connaît elle-même et qui est à elle-même le principe de son propre mouvement, serait encore vivante et debout sur les ruines des mondes brisés et confondus. Non, mon âme, tu n'as rien de commun avec cet assemblage de matière qu'on appelle le corps, car tu lui commandes ; car tu peux le contraindre à fuir le plaisir vers lequel il est entraîné par tous ses instincts ; tu peux le contraindre à accepter la douleur, qui lui fait horreur, et à se précipiter dans la mort qui est la chose à laquelle sa nature répugne le plus. Le jour où, pour la première fois, un Juste, placé entre la mort et le déshonneur, choisit la mort, ce jour-là le matérialisme fut d'avance convaincu d'imposture. L'âme s'était affirmée , comme distincte du corps, puisqu'elle pouvait se séparer de celui-ci comme d'un fardeau importun et nuisible à sa liberté, et préférer quelque chose à la vie.

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