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Les Obsessions et la Psychasthénie, p

3. Die Entfremdung der Wahrnehmungswelt und die Depersonnalisation in der Psychasthénie ; ein Beitrag zur Gefiihlspsychologie {J. f. Psychol. und Neurol., 1906-8, Bd VIl-IX), HI. Dépersonnalisatwn, 3. Etat intellectuel des dépersonnalisés.

dite, et l'activité intellectuelle, qui, soumise aux lois de notre logique, s'identifie chez le normal avec la première. Ainsi l'examen du problème le plus général que posent les réactions délirantes, nous conduit déjà à soupçonner, derrière notre vie consciente et ses formes discursives, un plan de pensée, dont elle n'est pas la projection unique et nécessaire. Mais, en même temps, par les habitudes et les préjugés qu'elle heurte, la distinction que nous venons d'ébaucher nous explique pourquoi, vu l'intégrité de leur énergie psychique, malgré l'évidente perturbation de leur régime intellectuel, nous répugnons à parler chez nos malades d affaiblissement démentiel et môme de débilité mentale : c'est que ces termes définissent, en réalité, non seulement la manière dont l'intelligence s'exerce, mais surtout, et plus précisément, l'état de l'activité dont elle tire, pour ainsi parler, sa force motrice.

Dans ces conditions, pour rendre compte de Téclosion des idées délirantes, nous sommes naturellement amenés à prendre en considération le mode et non l'intensité de l'activité mentale et à faire intervenir la notion classique de déséquilibre mental, pourexprimer ce que le fonctionnement d'une activité psychique, qui, non diminuée, aboutit à de semblables manifestations discursives, doit avoir de particulier.

Plus les antécédents héréditaires et personnels de nos malades se révéleront riches d'anomalies, plus cette hypothèse d'un déséquilibre mental sous-jacent se fera plausible et vraisemblable, puisque ce seront autantde raisons d'admettre qu il n'est pas invoqué ici pour les besoins de la cause, mais qu'il préexistait aux circonstances qui ont attiré sur lui l'attention.

Or, d'une part, tous nos malades ont, nous l'avons vu, de lourds antécédents héréditaires. A supposer, par exception, nos renseignements complets, voici comment ils se grouperaient par ordre d'hérédité croissante. Dans un premier

groupe entreraient Dorothée, avec une sœur atteinte d'obsessions hypocondriaques, Gabrielle, avec une sœur hypocondriaque, et Adrienne, dont un frère est mort de méningite, dont les parents sont émotifs, et dont le père, à la suite d'un chagrin, aurait eu des idées de suicide. Le second groupe serait constitué par Emma, dont une sœur est aliénée et internée, et par Fernande, dont le père était nerveux et éthylique et dont la sœur a traversé une crise de mélancolie anxieuse. Enfin Berthe, avec son père éthylique et mélancolique à idées de suicide, son oncle paternel qui s'est laissé mourir de faim, son oncle maternel aliéné, son frère très nerveux, sans parler de ses deux fausses couches, de son fils mort de méningite et de ses deux enfants vivants très nerveux, qui soulignent encore la lourdeur de la tare familiale, et Charles, avec son grand-père maternel mort dément à soixante ans, avec son père mélancolique persécuté sénile suicidé à soixante-six ans, avec sa tante qui s'est peut-être asphyxiée, avec ses trois sœurs, dont la première est sujette à des crises de dépression, l'autre alternativement euphorique et hypocondriaque, l'autre enfin excitée constitutionnelle, forment un troisième et dernier groupe.

Les tares constitutionnelles, d'autre part, sont également nombreuses et frappantes chez nos malades et, sous les mêmes réserves, permettent aussi de les grouper par ordre d'intensité croissante. Dans un premier groupe se détacherait Gabrielle, dont la conduite passée n'offre rien à reprendre ; cependant ses tendances paranoïaques actuelles, la haute idée qu'elle a d'elle-même et des siens donneraient beaucoup à penser, mais il paraîtrait qu'elle n'a rien présenté de pareil auparavant et, dans ces conditions, nous ne sommes en droit de rien affirmer. Dans un second groupe viendraient Berthe, dont la constitution émotive s'est manifestée, dès dix-huit ans, par une crise de préoccupations hypocondriaques, Adrienne, à la fois émotive et légèrement paranoïaque, romanesque, avide de lectures sentimentales, et quelque peu mythomane, Emma, débile, émotive, roma-

nesque et fervente de romans-feuilletons, Dorothée, coquette, orgueilleuse, vaine de son corps et de son intelligence, romanesque, sentimentale dans ses lectures et suspecte de mythomanie. Enfin, dans un troisième et dernier groupe rentreraient Fernande, cyclothymique précoce et paranoïaque, préoccupée de ses intérêts et de son droit, revendicatrice et grande mythomane, et Charles, émotif, inquiet, susceptible, précocement cyclothymique, romanesque, se complaisant dans la lecture des livres d'aventures, gardant jusqu'à la trentième année le goût des rêveries de l'adolescence, dépensant son surplus d'activité à des occupations extra-professionnelles et sujet à des obsessions banales.

Sans doute n'existe-t-il pas de parallélisme étroit ni de rapports précis entre l'intensité et la précocité des délires et la lourdeur des tares héréditaires et personnelles, autant qu'il nous est permis de les peser. Si, en effet, Gabrieile, la moins tarée de nos malades, est aussi la plus tardivement touchée, en revanche son activité délirante se révèle immédiatement formidable. Adrienne, dont les antécédents paraissent relativement bénins, tombe malade de très bonne heure, mais n'aboutit pas au délire confirmé et guérit à peu près de son accès. Emma au contraire, dont il semblerait, vu son hérédité et sa constitution, quelle eût dû promptement montrer ce dont elle était capable, ne se signale pas trop à ses patrons et à son mari par les défauts de son caractère et entre assez tard dans le délire, dont il est vrai qu'elle ne sortira plus. Charles enfm, le plus taré de tous, peut-être, à tous les points de vue, attend sa quarantième année pour franchir délinitivement les bornes du pathologique. Donc, des antécédents héréditaires et personnels étant donnés, nous ne sommes pas encore capables de dire à quel âge et comment ils porteront tous leurs fruits : des facteurs d'un autre ordre, sociaux ou organiques, peuvent et doivent intervenir, qui apportent leur appoint et compliquent le processus. Mais ce qui nous importe seulement

en l'espèce, c'est la netteté et la constance des tares héréditaires et personnelles. Elles nous permettent, en en soulignant l'origine et la permanence, d'accepter provisoirement l'hypothèse d'un déséquilibre mental, dont il s'agira, par la suite, de déterminer la nature.

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