‹ La conscience morbideChapitre 38 sur 63 · Cf. II, p. 451 et · texte numérisé non relu

Cf. II, p. 451 et

Mais une distinction est ici indispensable. De nos concepts moteurs, les uns intéressent la mimique, les attitudes et les mouvements, qui fournissent une objectivation immédiate et directe aux états et aux concepts affectifs ; les autres règlent les déterminations complexes de notre conduite et supposent, entre nos états d'âme et leur déploiement moteur, une intervention plus ou moins prolongée de la réflexion, qui, les pénétrant d'universalité et de raison, les distribue en concepts discursifs, les ordonne en jugements et prête ainsi au passage à l'action du moins les apparences d'une délibération logique. Ainsi, tandis que les modifications de l'humeur retentissent sans délai sur la mimique et les manières d'être et teintent d'une nuance suigeneris l'ensemble d'une conduite par ailleurs normale, comme il arrive quand notre état physique ou moral nous fait aborder avec plus ou moins d'entrain notre tâche quotidienne, il faut le plus sourent, pour que la conduite même soit modifiée, que les modifications de l'humeur, non contentes de troubler le jeu des concepts affectifs, entraînent un bouleversement parallèle du régime des représentations et ferment l'accès des concepts moteurs, aboutissants normaux des délibérations volontaires. D'où vient que, dans les manifestations morbides, entre les troubles généraux de l'humeur et les troubles systématiques de la conduite, s'intercalent en général des troubles intellectuels proprement dits.

Mais cet ordre n est, dans la conscience morbide, qu'un reflet que le malade subit ou qu'une projection que l'observateur pratique, de l'ordre idéal de la conscience socialisée. C'est de l'homme abstrait qui fut trop longtemps l'objet de la psychologie, qu'il est surtout vrai de dire que ses états d'àme s'épanouissent en concepts affectifs et alTcctivo-moteurs, puis en représentations et en jugements, enfin en actes volontaires, se répondant tous, point par point, en nature et en intensité. En fait, même nos consciences socialisées atteignent rarement à cette parfaite organisation, à cette étroite continuité des modes sous h^squels elles apparaissent à

elles-mêmes et à autrui ; mais elles s'en sont fait un idéal logique et moral à la fois.

Au sein de la conscience morbide la continuité est dans le trouble, mais non dans les manifestations. La continuité est dans le trouble, parce que, qu'il s'agisse d'objectivation affective, discursive ou motrice, la masse cénesthésique du psychologique pur étant à chaque moment présente à la conscience claire, la fragmentation des états mentaux en éléments impersonnalisés cesse d'être spontanément possible et nos concepts affectifs, discursifs ou moteurs ne trouvent plus leur emploi. Mais, en revanche, les manifestations perdent beaucoup de leur subordination réciproque, parce que chez le normal la continuité en vient pour ainsi dire du dehors, de la continuité réalisée par la collectivité entre ces différents ordres de concepts qui ne conviennent plus ici. C'est ainsi que, malgré notre répugnance, il nous faut souvent renoncer à établir entre les actes morbides et les idées délirantes un autre parallélisme qu'un parallélisme global et vague de nature et d'intensité, quand les faits ne vont pas jusqu'à substituer, comme dans les cas de paradoxe moteur, entre les motifs allégués et les comportements, la contradiction à la continuités

Ailleurs le trouble paraît sauter une étape schématiquement indispensable et le désordre affectif engendrer directement le désordre moteur, sans modifier sensiblement le régime intellectuel: entre l'élan affectif et l'éclatement moteur l'étalement discursif correspondant semble à peu près faire défaut. C'est à ce propos que dans l'observation d'Adrienne nous avons parlé de délire affectif et de délire moteur, expressions que la notion des concepts affectifs et moteurs contribue maintenant à légitimer. iNous avons donné en leur lieu^ les raisons qui nous ont fait admettre que, chez Adrienne, le régime

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