‹ La conscience morbideChapitre 41 sur 63 · Cf. II, p. loi et · texte numérisé non relu

Cf. II, p. loi et

mots, son trouble tend à devenir un de ces éléments, une sorte d'attribut qu'elle affirme, successivement, du reste de son contenu. La conscience discursive ne saurait en effet traduire instantanément l'ensemble de la vie psychique. II se déploie et s'étale pour elle en une série de moments distincts, à chacun desquels le trouble morbide, quand il existe, ne peut être envisagé que du point de vue qui précisément alors occupe tout entier l'attention. Si, comme il est de règle, certains de ces points de vue, en vertu de circonstances plus ou moins fortuites, se rappellent à la conscience avec une particulière fréquence, ils acquièrent le privilège de fixer le trouble morbide qui, par une espèce de nécessité de l'expression discursive, se trouve ainsi localisé et déterminé.

Mais, du fait de l'antagonisme que nous venons de signaler, cette définition du trouble morbide ne va ni sans difficultés ni sans contradictions. A l'état normal cet antagonisme existe aussi sans doute, mais le passage au subconscient du psychologique pur lui permet de rester inaperçu. La vie consciente normale aboutit toujours au triomphe de la conscience abstraite et socialisée. Dans la conscience morbide ce triomphe est impossible. L'élan qui la porte, comme les nôtres, à s'objectiver et à s'extérioriser en une somme d'éléments impersonnels est, en effet, sans cesse contrarié par les conditions môme de son existence et les exigences de sa nature. A peine a-t-elle dressé entre ses états la barrière des concepts que leur mobile et fuyante subjectivité se fait un jeu de les franchir. Si, pour prendre connaissance d'elle-même et pour se parler à autrui, elle éprouve un irrésistible besoin de faire appel à une expérience, la permanente présence en son sein du psychologique pur la rend incapable, à la fois, de se conformer à la nôtre et d'en constituer l'équivalent par ses propres moyens, puisque les cadres qu'elle imagine ne sauraient atteindre à cette universelle validité, qui vient à nos concepts, nous l'avons va, non des ingénieuses élabora-

lions des activités individuelles, mais du milieu collectif qui nous les a imposés.

Si la diffusion du trouble au sein de la conscience morbide et la subjectivité de ses états l'emportent momentanément sur les nécessités de l'expression discursive, le langage, réduit à n'être ^lus qu'un cas particulier parmi les réactions motrices, présente une inintelligibilité massive : sous les agglutinations verbales qui le composent, il ne nous est plus possible d'imaginer quoi que ce soit qui réponde pour nous à une pensée. De cet état significatif du langage nos observations nous ont fourni quelques exemples ^ Mais il ne se produit que par paroxysmes et ce sont, en général, les nécessités de l'expression discursive qui se montrent relativement les plus fortes. Il en résulte pour l'inintelligibilité que nous venons de constater une sorte de dégradation. Le contenu delà conscience morbide, en effet, s'efforce alors naturellement de se distribuer et de s'organiser du mieux qu'il peut. Ou cet effort le porte vers les cadres anciens qui ne peuvent plus lui convenir, et la conscience morbide s'immobilise, pour ainsi dire, dans le doute et l'anxiété, dans l'angoisse et le mystère. Ou cet effort aboutit à imaginer des cadres nouveaux pour une situation mentale nouvelle, et le seuil des délires est désormais franchi. A l'angoisse du mystère initial se substitue partiellement la conviction douloureuse des justifications et des explications qui en sont données ; mais elles gardent toujours quelque chose de l'ineffable désordre dont elles sont issues et, soiis le voile d'interprétations qui la recouvre, l'angoisse primitive ne laisse pas de percer, si transposée qu'elle soit dans le ton des obscures élaborations dont elle a été l'origine. C'est ainsi que nous avons vu d'amples délires se résumer, le mieux et le plus exactement, en quelques notes affectives où nous avons senti comme le souvenir du mystère originel ^.

1 Cf. II, p. 162.

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