‹ La conscience morbideChapitre 44 sur 63 · Cf. II, p. 156, 187 et suivantes · texte numérisé non relu

Cf. II, p. 156, 187 et suivantes

trouve plus dans sa conscience rien de pleinement adéquat à nos impressions physiques, à nos plaisirs et à nos peines, et comme, à ses propres yeux, ces impressions, ces plaisirs et ces peines, tels qu'il les a antérieurement conçus avec nous, constituent toutes les formes normalement imaginables de la sensibilité, il en conclut que ce qu'il éprouve n'a plus rien à voir avec ce qu'il a éprouvé et qu'il est anesthésié physiquement et moralement.

Mais, en même temps, ses états affectifs morbides sont à sa conscience d'une évidence non plus conceptuelle, mais vivante; et non seulement cette vitalité affective se communique à ses réactions et à sa conduite et installe la contradiction entre les comportements et les convictions délirantes, mais encore elle se traduit dans le langage même, quand, distrait pour ainsi dire de la théorie par la pratique, le malade se contente de parler spontanément ses états au lieu de les analyser. Alors, sous la poussée du besoin d'objectivation, ce qu'il y a de commun entre ces états et les nôtres, leur matière conceptuelle sousjacente, emporte et projette au dehors les termes correspondants, quitte ensuite au malade à se reprendre et à revenir sur ses déclarations, quand, retournant à ses méditations et à son système, il ressaisit l'irréductible originalité du contenu de sa conscience individuelle. De ce point de vue il n'est pas jusqu'aux moments successifs de l'expression discursive qui ne deviennent eux-mêmes contradic toires entre eux K

Ainsi les états affectifs morbides sont bien vécus comme tels, mais ils ne peuvent trouver place à demeure dans les cadres collectifs et, par conséquent, apparaissent au malade différents, inférieurs et même inexistants par rapport aux états affectifs normaux, estampillés, pour ainsi dire, et garantis par la conscience socialisée. Enfin la conscience morbide a beau faire, comme nous venons de

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