Cf. Il, p. 159, 493 et
LA CONSCIENCB MORBIDB 303
voir, de nos cadres conceptuels l'emploi le plus paradoxal ; môme en niant de ses états présents ce qu'elle affirmait de ses états passés, elle n'arrive pas, vu leur nature, à se les définir beaucoup mieux et à jeter sur eux cette lumière conceptuelle, sans laquelle il n'est pour nous dans notre vie psychique ni assurance ni clarté. Aussi n'y a t-il pas lieu de s'étonner si le sentiment d'angoisse et de mystère, dont toute cette dialectique délirante est issue, à travers et malgré elle, persiste à la conscience morbide ^
Donc dépersonnalisation physique et morale, étrangeté du monde extérieur trouvent, selon nous, leur explication dans l'illusion bienfaisante où vit l'humanité sur la nature de la vie consciente. La conscience socialisée lui apparaît comme constituant toute la conscience individuelle, alors qu elle n'est qu'une sélection et une abstraction opérées dans son sein. Or les cadres collectifs, dans lesquels se meut librement la conscience socialisée, ne s'appliquent plus aux états irréductiblement individuels de 'a conscience morbide. D'où Terreur dans laquelle tombent les malades : ils sont amenés, par comparaison, à considérer comme inexistants des états dont la richesse proprement psychologique est en réalité plus grande que celle des états de la conscience socialisée, qui trouve précisément dans l'élimination du psychologique pur la condition de sa solidité, de sa fixité et de son utilité pratique.
M. Janet, dans la séduisante et ingénieuse théorie qu'il a proposée des états psychasthéniqucs, admet, comme nous, que c( la manière dont fonctionnait autrefois notre pensée ^ » joue un rôle essentiel dans l'interprétation que les malades donnent de leur état. Mais, et c'est par là que nous nous séparons de lui, il estime que l'étrangeté du monde extérieur ^ et la dépersonnalisalion * rentrent dans le groupe des
i. Cf. 11, p. 244.