Cf. Il, p
Cependant telle est la puissance des concepts que, pour paradoxale, pour arbitraire, pour contradictoire que soit la manière dont ils sont utilisés, leur présence suffit, d'une part, à mettre notre intelligence en confiance et à lui donner l'illusion d'entrer en contact avec la mentalité morbide, d'autre part, à dissiper aux yeux des malades une partie du mystère dans lequel ils se débattaient et à substituer aux doutes et aux inquiétudes primitives un état de conviction délirante. L'anxiété initiale subit une transformation parallèle : elle cesse d'être l'angoisse inouïe d'un mystère innomé, elle revêt une tonalité affective correspondant aux causes que le délire lui a découvertes, et retrouve donc à peu près son rang parmi les états affectifs classés par la collectivité et notés par le langage ^ Mais cette conceptualisation affective ne peut manquer de se ressentir de ses origines et sa réalisation ne peut jamais être que précaire, prise qu'elle est entre des causes que notre expérience ignore et des manifestations motrices que notre pratique désavoue. Donc, dans les efforts que le délire fait en tous sens pour s'objectiver, nous ne pouvons, d'une conceptualisation, trouver que le simulacre, condition et résultat à la fois de son expression discursive.
Mais n'oublions pas ce qu'un tel exposé a nécessairement de conventionnel et de factice : il ne peut faire autrement que d'isoler, de classer et de présenter comme distincts et comme successifs des mouvements de pensée en réalité simultanés et parallèles, entre lesquels les circonstances font cliniquement un choix, en en imposant de préférence certains aux préoccupations des malades et, par conséquent, à l'attention des observateurs. Si, en effet, notre hypothèse est fondée, dans la conscience morbide le trouble est partout. Sur tous les points, à la fois, où elle se rencontre avec notre expérience, notre logique et notre expression discursive, elle leur est, en fait, inadéquate et se trouve, par conséquent,