Cf. II, p
manque d'unité logique des diverses poussées délirantes et leur cohérence intime, vivante et vécue, le mouvement dialectique qui conduit des unes aux autres étant, quand il existe, secondaire et imité de notre logique ^ Enfin, peutêtre, sommes-nous maintenant mieux en état de nous expliquer pourquoi l'absurdité d'un délire ne saurait jamais être, à elle seule, symptomatique de débilité mentale ou de démence : si extravagant que se fasse un délire dans son expression discursive, il ne saurait égaler en intensité de scandale logique le trouble morbide même où tous les délires ont leur origine"^.
L'antagonisme, que nous avons signalé entre les caractères du trouble morbide et les nécessités de l'expression discursive, fait ses preuves non seulement dans l'ensemble des formations délirantes, mais encore dans le détail des jugements et des concepts pathologiques. La présence permanente des masses cénesthésiques à la conscience morbide réalise entre ses états une hétérogénéité, à la fois, et une continuité telles que tous sont différents, puisque chacun a sa coloration propre, mais que tous se ressemblent, puisque tous baignent dans la même atmosphère de psychologique pur. Leur continuité les rend malaisés à détacher les uns des autres et leur hétérogénéité contrarie leur mise en série et leur classification. Dans ces conditions, il est bien naturel que la poussée morbide ne s'adapte pas aux modes différenciés de notre expérience et forme bloc, par exemple, comme nous avons vu, de la dépersonnalisation physique et morale et de l'étrangeté du monde extérieur^.
De même, comme le plein exercice de la mémoire, de l'intelligence, de la raison et de l'activité volontaire, comme la claire conscience de notre personnalité supposent une hiérarchisation conceptuelle de l'ensemble de nos états