Cf. H, p
(l'âme, il n'y a pas lieu, non plus, de s'étonner si, en pareil cas, les malades se plaignent de la diminution de leur intelligence et de leur mémoire, craignent de perdre la raison, déclarent agir en automates et sentir comme deux personnes en eux K En effet, pris que nous sommes par notre conscience socialisée dans le réseau de l'expérience collective, dupes de l'image systématiquement déformée que le miroir social nous fournit de notre vie psychologique, nous ne tenons notre volonté pour libre, notre personnalité pour réelle, notre intelligence, notre raison et notre mémoire pour effectives et efficientes que lorsque nos actions, nos sentiments, nos pensées, nos perceptions et nos souvenirs se montrent spontanément susceptibles de conceptualisation. La continuité et l'hétérogénéité des étals mentaux morbides se heurtent donc au besoin où est toute conscience de se limiter et de se stabiliser pour se comprendre et s'exprimer.
Toute conscience claire, qu'elle opère dans le normal ou dans le pathologique, répugne à la diffusion et, d'où qu'elle tienne ce caractère, il faut bien du moins reconnaître qu'il en est ainsi d'elle à l'état normal et qu'à l'état morbide le souvenir obsédant de ce quelle était normalement lui est une seconde nature. Nos émotions, par exemple, quelles qu'elles soient, tendent naturellement à se chercher et à se trouver des causes auxquelles elles puissent se fixer ; de même l'anxiété morbide, diffuse à travers toute la conscience, tend à se concentrer et à se localiser en préoccupations définies. C'est ainsi que nous avons vu, chez Adrienne, dans le passé sa peur, dans le présent ses troubles gastriques, dans l'avenir ses inquiétudes au sujet de sa famille constituer pour son indécise angoisse autant de foyers isolés et distincts de cristallisation discursive.
Aussi les besoins de la conscience claire et de l'objectivation conceptuelle introduisent-ils une discontinuité pas-