‹ La conscience morbideChapitre 61 sur 63 · Cf. II, p · texte numérisé non relu

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tuelles, pratiques ou collectives, est donc un trouble spécifique qui la retranche, momentanément ou définitivement, de son groupe social et de l'humanité entière. Ce caractère de la conscience morbide avait, du reste, déjà frappé M. Bergson. « L'attention dont il s'agit, a-t-il écrite n'est d'ailleurs pas cette attention individuelle dont l'intensité, la direction, la durée changent selon les personnes. C'est, pourrait-on dire, l'attention de l'espèce, une attention naturellement tournée vers certaines régions de la vie psychologique, naturellement détournée des autres... Or, si un fléchissement léger de l'attention individuelle n'est que de f( la distraction », chose normale, toute défaillance de l'attention spécifique se traduit par des faits pathologiques ou anormaux. »

Or, des troubles de la mentalité morbide, les causes essentielles et profondes, en l'absence desquelles ils ne seraient pas, nous sont apparus également comme spécifiques^. Ils ne sont pas la conséquence fortuite d'accidents survenus au cours d'une évolution individuelle par ailleurs normale. Les singularités diverses que la vie antérieure de nos malades a présentées, la lourdeur plus ou moins accablante de leurs antécédents héréditaires sont révélatrices, à cet égard, d'une anomalie congénitale, que nous saisissons, sans doute, non dans ses conditions ph^^siologiques, à supposer qu'elles nous soient jamais connaissables, mais uniquement dans ses manifestations psychiques et collectives, et qui fait des psychopathes, au sein même du genre humain, une sorte de sous-genre, dont l'effort de la clinique est de distinguer les variétés. Des individus normaux, on peut dire qu'ils s'inscrivent comme des parallèles dans le plan de la collectivité. Les anormaux, au contraire, s'y inscrivent en lignes obliques ou brisées, dont on comprend que, si l'obliquité est peu accusée ou si les changements de direc-

1. Le Souvenir du Présent et la Fausse Reconnaissance, Revue philosophique, 1908, II, p. 588.

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