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semé. Cette ivraie, jetée dans notre intérieur par tout ce qui nous entoure, quand nous n'y prenons pas garde, devient la semence des mauvaises pensées et des mau-
vais désirs qui germent dans notre âme, y prennent racine, s’y développent et la remplissent de mal. Dans le monde social où nous vivons, dans cette atmo-
sphère morale remplie d’influences si diverses, par la parole surtout, une multitude de semences bonnes ou F mauvaises est incessamment répandue. Dans les églises, dans les académies, dans'les cours, ceux qui en- seignent jettent de la semence, car ils ne sont que = des semeurs, et Dieu seul peut donner l’accroisse-
ment. Ceux qui écoutent sont la terre où elle doit pro-
duire. Partout où il y a instruction, il y a ensemen-
cement, et l’on s'efforce de jeter du bon grain dans les
àâmes pour y établir un ordre moral et un dévelop- pement sain de l'esprit. Mais dans les réunions publi-
ques ou privées, dans les théâtres, dans les livres, dans . les journaux, que de semences de bien et de mal! que
d’excitations de différents genres! Je ne dis pas que
tout soit mal, mais je crains qu'il n’y ait plus de mal que de bien, et que dans cette moisson du père de famille l'ennemi ne jette souvent de la zizanie et du mauvais
grain. ° : ; On lit chaque matin son journal contenant quatre
- grandes pages imprimées de part en part. Qu'est-ce qui intéresse le plus dans cette lecture? qu'est-ce qui excite le plus vivement la curiosité ? N'est-ce pas, bien souvent,
Les crimes, les accidents, les nouvelles scandaleuses, les
- feuilletons de théâtre avec tout ce qu’ils comportent, les romans, surtout les plus passionnés? C’est pourquoi
- aujourd’hui, la plupart des journaux, même les plus graves, publient des romans comme appät pour gagner
AS Le Me tr | CHAPITRE “mt. À des lecteurs « 4 faire passer le reste. Que peut-on re tirer de ce mélanger un peu d' amusement sans doute mais au fond qu'y a-t-il ? beaucoup de futilités, pour le . moins, qui produisent mille pensées vaines, surexcitent nicination: fatiguent l'esprit et l’émoussent. Aussi, | quand après ces lectures on veut se mettre au travail e faire quelque chose de sérieux, les distractions puilu L lent, l'esprit est comme obsédé par des fantômes: qui le tiraillent en tous sens, et l’'empéchent de fixer profon | dément son regard sur ce qu’il veut étudier, surtout . si c’est une chose grave. Pourrait-il en être auiréments. quand au lieu de se fermer à ces influences, on leur à donné un libre accès däns son âme. Une fois entrées, ces! tristes semences ne restent point stériles, elles produisent leurs fruits dans l’entendement. On a l'imagination farcie de mille choses, et l’on se croit capabté. de : parler de tout, parce qu’on a pris de tout une notion 4 superficielle dans un journal ou dans une revüe. Ainsi | l'intelligence s’affaiblit, diminue et s'énerve en se mé- : lant à tous les esprits, bons ou mauvais, en recevant les : influences les plus contraires, en produisant toutes sortes 1 de conceptions bâtardes qui l'épuisent ou la dégradent ; : et quand l’esprit s’est ainsi évanoui dans ses pensées, comme dit saint Paul, ie cœur, devenu insensé; s’obscur- à cit, et la volonté, livrée aux passions du cœur, se pré- cipite dans l’impureté. 2 Mais ce que l'œil de l'homme ne peut atteindre, ce | qui échappe à la prise de la justice humaine, tagué ne peut entrer dans les cœurs, Dieu le voit, parce que lui seul pénètre au fond des À àmes , et disc les actes | * jusque dans leurs racines les plus cachées, dans leurs ! ressorts les plus intimes, parce qu'en un motil peut les , saisir et les peser dans l'intention même qui les a.
produits. ll n'y à que Dieu qui juge ainsi, et c’est pourquoi il est le seul juge véritable et sans appel. Le juge humain est impuissant en tout ce qui dépasse l'acte extérieur. Et même comment pourrait-il l'apprécier pleinement, s’il ignore une multitude de cir-
constances, qui Éeadrent ou l’atténuent, sur tout ce qui Va précédé; car le crime n’est pas une explosion soudaine. Il a été préparé souvent par de longs anté-
cédents, et cependant, pour déterminer exactement la
- culpabilité d’un criminel, il faudrait connaître ce qui l'a
préparé, conduit au crime, sa naissance, son éducation, ses rapports de famille et de société, en un mot tout ce qui a concouru à former la trame de sa malheureuse existence.
On distingue encore les actes humains en directs et indirects : directs quand on les accomplit par soimême, indirects quand on les fait accomplir par d’au-
tres. .[l arrive souvent dans le monde, surtout quand il S’agit de choses mauvaises ou dangereuses, qu'on Îles fait faire par d’autres, quand on n’a pas le courage de
les exécuter soi-même. On fait tirer par un autre les marrons du feu, Comme on dit; il y a beaucoup de
Bertrands et de Ratons dans la société.
La théologie morale tient un grand compte de cette
distinction. En effet on ne se décharge pas de la res- ponsabilité d’un acte en en remettant à un autre l’exécution. Quand il est constaté que l'acte indirect a été - réellement provoqué et causé par telle personne, cette personne est responsable du fait accompli tout aussi bien et souvent plus que celle qui lui a servi d’in-
strument. Le degré de responsabilité est toujours en
raison de l'influence exercée, et de la participation . à l'acte. C'est pourquoi on distingue : 4° la cause prin-
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cipale, celle qui met les autres en mouvement, la cause première; 2 la cause concomitante, celle qui est complice et participe à l’acte d’une manière égale ; 3° la cause subalterne, celle qui sert d'instrument. Dans ces trois cas, il y a lieu à responsabilité; car cha-
cun de ces agents concourt pour sa part à l’accomplis-
sement de l'œuvre; et même il n’est pas toujours nécessaire d'y concourir positivement, pour y être engagé. Il suffit pour cela du silence, quand on a le devoir de parler, il suffit de ne pas empêcher l’action, quand on a mission de s’y opposer. Ainsi, un homme, chargé de surveiller les autres, coopère à leurs malversations, s’il les autorise par sa négligence, ou s’il ferme les yeux. Il répond de leurs injustices qu’il est par devoir obligé de prévenir, Il est là pour inspecter un travail; s’il abandonne à leur paresse ceux qui doivent y coopérer, 1l est responsable du tort qui en résulte. De là le péril de la supériorité, quelle qu’elle soit. Par cela seul qu'on est supérieur, on est strictement engagé à empêcher dans son ressort, dans la sphère de sa juridiction, les injustices de ses subordonnés. |
Mais en dehors de ces obligations, qui sont spéciales, il n’y a pas devoir, devoir de justice, bien que la charité
puisse y engager quelquefois, à empêcher le mal dans
les autres. Car la morale n’exige pas que nous nous fas-
sions les redresseurs de tous les torts, ou les don Quichottes de l’ordre moral. En général il faut se mêler le moins possible aux affaires d'autrui, quand on n’a pas la mission de s’en occuper. On a bien assez de sa responsabilité propre, sans assumer encore celle d'autrui.
C'est un conseil bon à donner en passant, surtout à la
jeunesse. À cet âge on a un surcroît d'activité, un besoin incroyable de se mouvoir et d'agir, et l'on est si
peu préoccupé de sa propre conduite, qu’on s’ingère volontiers dans celle du prochain. Qu’ it. y prenne de il y a là un grave danger, et l’on se repent quelque. fois toute sa vie de s'être immiscé légèrement dans ce qui ne vous regardait point. Nous avons tous une certaine sphère d'action légitime et de responsabilité; sachons nous y tenir sans l’outre-passer.
On distingue encore les causes positives et les causes négatives. Les premières sont les volontés qui poussent à l’action, ou qui y comgçourent par leur activité, par leurs efforts. Les secondes sont les volontés qui ne . s'opposent pas ou laissent faire, quand elles devraient empêcher, en vertu de leur position et de leurs obliga- tions, ou encore celles qui s'opposent, par une inertie paresseuse ou calculée, à l’action qu’elles devraient ser- . vir et favoriser.
Dans tous ces cas, que les actes aient êté voulus
directement ou indirectement, positivement ou négativement, il y a responsabilité, et la part de responsabilité est proportionnelle au degré d'influence. Car en tous ces cas, l'acte est la conséquence de la volonté, il a été causé par elle; donc il lui appartient, et le bien ou le mal qui en sort, lui doit revenir.
Je disais tout à l'heure qu'il faut se garder de mèlez sans motif sa responsabilité à celle d'autrui, quand le devoir et la justice n'en font pas un devoir, de peur . d'attirer sur soi les tristes conséquences du mal. Ce- . pendant il y a une foule de cas où nous avons à les subir en commun avec ceux qui les ont produites, et - cela sans qu’il y ait de notre faute, par le seul fait de - notre union avec les auteurs de l’acte, et du mélange de . notre destinée à la leur. C’est ce qu’on appelle la so/idarülé qu’il faut distinguer de la responsabilité, comme
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nous le verrons Es tard. Je n’en dirai qu’un 1 mot | en passant, pour faire comprendre quelle prudence on doi apporter dans ses relations avec les hommes, dans celleslà surtout qu'on contracte volontairement. Car par cela ss - même que nous vivons en communauté de famille, de … cité, de patrie, d’une société quelconque, nous de= : - venons les membres d’un même Corps, qui pâtissent ‘4 | ou jouissent ensemble en raison de la vie qui les anime, … en sorte que l’un ou l’autre ne peut être affecté sans que tous ne s’en ressentent, ét qu'il n’y ait sur cha- > cun comme un rejaillissement de la maladie ou de la santé. Le bien et le mal, la vertu et le vice, la gloire . et la honte, la bonne et la mauvaise fortune se rever- « sent donc sur tous ceux qui tiennent à la même unité, # et qui entrent ainsi en communion de bonheur ou de | malheur. De là souvent de grandes infortunes, entrai- . nées par la faute des autres, et où l’on peut souffrir 4 cruellement par une réversibilité fatale, sans culpa- à bilité personnelle. C'est le sens, je crois, de cette parole profonde, mais obscure du prophète foyal Ab occul- \ dis meis munda me, Domine, et ab alienis parce servo Seigneur, épargnez à votre serviteur les suites 4
des fautes d'autrui, et ne permettez pas qu’il soit acca- » blé par le poids des crimes qu’il n’a pas commis, mais : dont les conséquences enveloppent et troublent son existence à cause de son union avec les coupables parles # liens du sang, de la famille, et de la position sociale. .. Enfinla distinction la plus générale des actes humains | est celle qui les sépare en bons et mauvais, moraux ou immoraux, en raison de leur conformité ou de leur | Dh éoaturmité avec la loi, Je n’insiste pas en ce mo- 4 ment sur cette distinction, parce que nous l examine- à rons à fond plus lard.