‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 11 sur 69 · HUMAINS · texte numérisé non relu

HUMAINS

les avoir distingués entre eux, nous passons à l'examen de cette question : Comment se forment les actes hu- __ maïns? Ici nous entrons dans la psychologie. fl s’agit - d'observer et d'analyser des faits dont nous sommes - tous les jours les auteurs et le théâtre, et par consé-

à quent les juges. Je n’ai donc qu’à en appeler à la con- . science de chacun.

L'acte humain se forme par deux principes immédiats, la volonté et la raison, sans compter les prin- cipés médiats qui y concourent, Je dis la volonté d'abord, parce qu'il s’agit d’un acte moral. S'il s'agissait d'un acte intellectuel, je mettrais la raison en première ligne,

puisque c’est la raison qui pense. Mais dans les ques-

tions de moralité, c’est surtout la volonté qui est en

jeu , et bien que la raison y ait une grande part, elle

n'arrive cependant qu'au second plan. Le premier principe immédiat de l'acte humain est donc la volonté, Qu'est-ce que la volonté?

Pour savoir ce qu'est la volonté, il faut rentrer en soi-même et s’examiner attentivement. C’est là un des fruits les plus excellents des. études philosophiques, de nous rappeler ainsi au dedans, pour mieux connaître

ce que nous sommes, ce que nous devons être, pour. jouir de ce grand et beau spectacle de la vie humaine,

non pas seulement par le dehors, ce qui est déjà magnifique, comme on le voit dans les cours de médecine et d'anatomie, mais surtout dans l'intérieur, par Ja dissection psychologique, par la physiologie spiri-

” fuelle, où il s’agit d'observer la constitution psychique de l'humanité, et les forces de l’âme dans l’ordre in-

tellectuel, moral et sensible.

Si done nous rentrons en nous-même, qu'y VOyOnS-

Après avoir déterminé la nature des actes humains, et

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nous au premier abord ? des faits spirituels qui se ra- …

mènent à trois groupes très-distincts : je pense, je veux,

je sens. Dans l’une ou l’autre de ces trois classes se groupent tous les faits dont ma conscience est la scène.

Je pense avec mon intelligence, avec mon esprit, avec les facultés de ma raison. Le caractère de la pensée est d’être spéculative, intelligible; elle consiste à-concevoir des idées, à les comparer pour en extraire des rapports, à les combiner entre elles pour les constituer en propositions, et les énoncer par la parole; à lier enfin ces propositions en raisonneménts, pour en faire des enchaînements de pensées, et arriver ainsi à la démonstration. Conception d’une idée, perception des rapports qui enchaînent plusieurs idées, jugement, expression du jugement par la proposition, combinaison des jugements en syllogismes ou en raisonnements pour en faire des démonstrations, et arriver à la preuve, à l’évidence d’une vérité : telle est la fonction de la pensée. On bien encore, au lieu de ce procédé de déduction, au lieu

de tirer les conséquences particulières en partant d’un

principe général, la pensée peut suivre la marche inverse, et s'élever par l’induction des faits particuliers à des faits généraux, à des lois qui les dominent ou les résument, et qui, formulées en propositions, deviennent les bases de nos sciences. Penser, c’est donc chercher et trouver des rapports entre des conceptions, des images, des notions, des idées.

Je sens, c’est-à-dire j'éprouve des impressjons plus où moins profondes, agréables ou désagréables, tristes ou Joyeuses, soit dans mon corps, soit dans mon esprit, soit dans mon âme. Or le caractère de ces impressions est essentiellement distinct de celui de ma pensée. Dans le sentiment je suis passif, dans la pensée au contraire

Pr SAT POLE

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es : DISTINCTION DES ACTES HUMAINS. - 09

je SUIS actif: ; je ne suis pas libre de ne pas sentir, je suis libre de penser ou de ne pas penser. Dans tout acte de pensée ma volonté est en exercice, c’est la volonté qui met en mouvement ma raison, et lui permet de combiner des idées et d'en extraire les rapports. Mais dans les affections de la sensibilité, ma volonté est hors de cause, et ma raison aussi. Je subis une action qui s'impose à moi, tandis qu’en pensant c’est moi-même qui détermine le mouvement de mon esprit.

Je veux, c’est-à-dire je puis, par ma propre spontanéité, commencer une série d’actes ; je puis à mon gré, par ma propre initiative, me faire sortir de l’inertie, de l'immobilité , et entrer en mouvement. Cette force d'activité dont je dispose s'exprime de la manière la plus simple, elle se réduit à un oui où à un non, à un je veux, où je ne veux pas. Ainsi, tandis que la sensibilité est toute passive, la volonté est essentiellement active, tandis que la pensée a pour but et pour caractère de percevoir les objets et leurs rapports par des opérations souvent fort compliquées, surtout quand elle combine des raisonnements, la volonté s’exprime et se caractérise uniquement par Pacte le plus simple : oui ou non. Ces trois ordres de faits sont séparés par des carac- tères bien tranchés. Ils sont donc irréductibles entre eux.

Mais la volonté, principe du mouvement, est aussi par Ja même le chef de toutes les autres cuites Car, si elle ne les mettait en branle, elles resteraient éternellement inertes. Si je pense, c’est que je veux penser, si Je marehe, c’est que je veux marcher, et ainsi de toutes les tique de l'esprit et du corps sur lesquelles nous + ayons puissance. Il n’y a que la sensibilité qui échappe à cet empire; la sensation est indépendante de la vo- | = à,

66 at OL CHAPITRE lil, | Le

lonté, on ne peut ni sentir ni ne pas sentir, quand < on

le veut, et comme on le veut : ce qui prouve que la sensibilité n’est pas, à proprement dire, une faculté, Car la faculté étant un pouvoir d'agir, de faire, la sensibi-

lité ne fait pas, ne produit pas, elle reçoit, elle n’est

pes active, mais passive. Elle n’est donc véritablement

qu une simple capacité de recevoir, une puissance d'être :

impressionné de telle ou telle manière, mais non le

pouvoir d'accomplir un acte. On retrouve cette légère »

inexactitude dans presque tous les cours de psychologie qui distinguent dans l’âme trois facultés principales : la raison, la volonté et la sensibilité. Les deux grandes fa— cultés de l'âme sont l'intelligence et la volonté. Cependant si la volonté n’a pas directement d’action sur la sensibilité, elle peut exercer sur elle une certaine

influence, Car la volonté peut beaucoup même sur la

douleur, pour la contenir, la refouler, l'empêcher de s’exalter, et c’est là une preuve remarquable de la puissance du moral sur le physique. Ainsi dans certaines maladies, où les nerfs sont excités, agacés, et c’est de mode aujourd’hui d’avoir des nerfs, bien qu’on ne puisse \es dominer entièrement, on peut cependant, par une

volonté énergique, et par cela même qu'ils sont les or- .

ganes les plus immédiats de l'esprit et de la volonté, les gouverner jusqu’à un certain point, et en affaiblir

lirritation. On observe cela tous les jours auprès des malades qui ont un peu de courage et de patience, S'ils

n'en ont pas, ils deviennent les jouets de leurs nerfs et

de la sensibilité. De là, surtout chez les femmes, les

attaques, les crises spasmodiques, les exaltations orga+

niques qui amènent tant d'accidents non voulus, ou voulus suivant les occasions. La volonté peut donc OR

coup sur la sensibilité, surtout par la patience, et la

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