PES
"fout acte volontaire de l'homme a un double principe, l’un subjectif ef
l'autre objectif. — Libre dans sa réaction positive ou négative à l'égard
de l’objet qui l'actionne, la volonté humaine n’a point l'initiative de ses actes ; elle est cause seconde. — Analyse de l'acte volontaire. — Distinction des actes volontaires.
La volonté est le chef des autres facultés, la souveraine de notre existence, ou, comme dit saint François de Sales, la princesse de notre esprit. La raison est son ministre, sa conseillère. Elle doit l’éclairer par la pensée et la délibération. Mais à la volonté seule appartient la décision suprême; avec ou contre la raison elle se résout à agir par sa propre détermination, proprio motu; ce qui, comme nous le dirons plus bas, fait l'essence de sa liberté. Comment se décide-t-elle ? qu'est-ce qui, en définitive, la porte à vouloir de telle manière? c’est ce que nous allons examiner.
Toute faculté peut être considérée en deux états, en puissance et en acte. À l’état de puissance, c’est une force latente, non encore manifestée, qui ressort de notre organisation. Elle entre en acte quand elle se
produit, et se pose au dehors. La volonté à l'état de:
puissance est comme un centre vivant, qui par cela même qu'il est vivant se remue en lui-même, et a une tendance innée au développement, à l'irradiation. A
vrai dire ce n’est que par l'effort de l'abstraction que
nous concevons la volonté à l’état de pure puissance.
LL PRE IS pe SO TRS ES rer BE Ee PAS AR
Dans la réalité‘ il n’en est pas ainsi; car aucune force vivante n’est inerte, immobile, il y a en elle, au contraire, un effort, une tension, un nisus, comme disait Leibnitz, vers l’actualisation complète. Ainsi dès que l’homme existe, il faut qu’il y ait en lui activité, mouvement, développement; car aussitôt qu'il est, il vit, et la vie est un mouvement, un acte. La vie n’est jamais au repos, mais toujours elle s’agite et tend à rayonner. Donc même dans la première ébauche de l’être humain, dans le fœtus , la volonté agit déjà sourdement, elle est déjà sinon en acte, du moins en tendance vers l'acte, et il faut bien qu’il en soit ainsi, puisque l’être animé se développe. S'il en était autrement, il resterait enseveli dans un sommeil éternel, Mais d’où vient ce mouvement interne ? Qu'est-ce qui actionne cette force naissante ? Ce ne peut être évidemment que son principe supérieur, celui qui l’a créée. Nous ne vivons pas de nous-mêmes, nous n'avons pas en nous la source de la vie, par conséquent il faut que cette capacité de vie, que nous sommes, soit continuellement nourrie, excitée, stimulée, poussée au développement par celui qui l’a mise en nous. Aussitôt done que l’homme est créé, aussi loin qu’on peut saisir et analyser son existence, même dès le sein de sa mère, dans l'embryon, quand son organisation s’est polarisée, et cela a lieu de très-bonne heure, aussi avant qu'on peut remonter dans ces origines de . l’homme, 1l y a déja le travail de la vie concentrée au cœur, qui va et vient du centre à la circonférence, et se fait son organisme. Il y a le jeu des facultés humaines, l'action de la volonté, action vague encore, sourde et indéterminée, mais qui va se prononcer et se dessiner aussitôt que, descendue en ce monde, elle pourra entrer en rapport avec les autres êtres. Il y a encore ct
surtout la motion, l'influence divine qui la couve pour. … ainsi dire, la pénètre de sa chaleur et de sa vie! Car. l'âme ne pourrait subsister un instant sans cetle action supérieure, elle ne peut vivre que dans l'Etre dont elle
est un produit, une création, une iMApe re Voici donc un premier rapport qui s'établit nècessairement entre la volonté et son principe. Mais ce rap-
port n’est pas le seul qu’elle ait à soutenir. Elle ne peut
vivre isolée au milieu de ce monde ; quand elle y fait son
apparition, elle entre en communication avec les objets qui le remplissent. Seulement ce rapport ne saurait être
immédiat comme celui qui l'unit à Dieu. Dieu est le.
seul être qui atteigne sans intermédiaire la volonté à la profondeur où elle est, au centre même de notre existence. C’est par le moyen des sens qué les objets
extérieurs l’impressionnent, comme elle, à son tour, né
peut réagir vers eux et les saisir que par sa faculté de connaître. Et en effet pour vouloir une chose, il faut
d'abord la connaître, savoir ce qu'elle ést, si elle peut
être utile ou agréable, capable d'augmenter ou de réjouir notre vie.
Ainsi la volonté est mue par les objets extérieurs au moyen des sens : elle est soumise en outre à l’action des
choses intérieures, intelligibles et morales, quand elle
est en état de les comprendre par le sens interne, par la conscience et la raison, et surtout elle est soumise à l’action divine, la plus profonde de toutes, avec laquelle
elle entre en rapport dés qu’elle existe, et sans laquélle
elle ne pourrait exister un instant.
La volonté peut d'autant moins rester solitaire, iso= lée, et libre d'influences étrangères, qu’elle-même in= «
stinctivement est toujours portée au dehors, et que, si la raison lui a montre un objet comme bon, elle tend
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vers lui pour se lunir, elle le désire avec ardeur, elle s’agite, elle est dans l'inquiétude et la souffrance aussi
longtemps qu’elle en est privée ; et quand elle a pu l'at-
temdre, elle s’abandonne à lui, elle se repose en lui, elle s’y unit, par une sorte de mariage, par une péné. tration intime. C’est qu’il y a dans l’objet qu’elle convoite une force secrète qui l’attire et la domine. Elle y a entrevu l’être, le bien, la jouissance, quelque chose qui peut compléter sa vie, augmenter son bien-être. C'est pourquoi elle aspire ardemment à entrer en lui, et : à le faire entrer en elle, pour ne plus faire qu’une même . vie. C’est là le propre de l'amour, d'autant plus profond que l'union est plus intime,
Îl y a donc toujours action et réaction entre la vojonte et l’objet qu’elle désire. En même temps qu’elle tend vers lui pour se unir, il tend vers elle pour l'attirer à lui et la remplir de son esprit, de sa vie, de son influence. Îl y a entre cet objet et la volonté un rayonnement réciproque, une pénétration mutuelle. Alors qu'arrive-t-il? de deux choses l’une, ou votre action est plus énergique; en ce cas vous êtes maître de objet, vous le possédez; ou c’est la sienne qui est la plus forte, et c’est lui qui vous possède et vous domine. Vous êtes alors dans un état de passivité, de passion, et ce mot est très-énergique; car vous êtes passif sous l'influence de l’objet qui vous subjugue, votre vie passe en fui, votre volonté s’y absorbe, et ne s'aime plus qu'en lui. Aussi l’Écriture dit-elle avec sa profondeur accoutumée : Omnis qui facit peccatum, servus est peccati (Joan., vi, 34); et encore : Ubi est lhesaurus tuus, id est cor tuum (Matth., vi, 21). En effet, dans toute passion vive, on est vraiment esclave, on ne s’appartient plus, on n’est plus à soi, on
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foires 7 0 SU GBAPITRÉ IVe Re est aliéné de soi, on ne se voit, on ne s’aime plus que dans l’objet de sa passion; au lieu de le faire entrer dans sa vie, on se précipite, on se perd, on s’absorbe en Jui, pour ne plus vivre que de lui et pour lui. I ya * done là une véritable abdication dé la personnalité ; - Ja volonté cesse d’être souveraine pour se faire l’humble servante d’une créature, laquelle, chose ou personne, devient, comme on dit vulgairement et avec beaucoup de sens, la maîtresse.
Ainsi, dans tout acte volontaire il y a deux principes : un principe subjectif, et un principe objectif. Le principe subjectif, c’est la volonté ou la puissance d'action et de mouvement qui est en moi, et par lequel je mène les facultés de mon esprit et les fonctions de mon corps. Mais à côté de ce principe il y. en à un autre. Car quand je veux, je yeux quelque chose; donc ce quelque chose n’influence, détermine ma manière d'agir. Je veux arriver à lui, mais pour l’attéindre il me faut prendre telle voie, telle direction, employer tel moyen, et par conséquent ce quelque. chose’ mêle son existence à la mienne, son action me fait agir, et tant que je l'aime je ne m'appartiens pas entièrement. Je veux ce qu'il me fait vouloir, et je veux de la manière qu’il me fait vouloir; car cest lui qui me détermine à prendre la voie et les moyens propres à l'obtenir. Donc la volonté n’est jamais seule, livrée uniquement à ses propres impressions; mais il y à toujours une force objective qui l’excite, et lui sert de motif déterminant. re . De là découlent deux conséquences graves : la pre- * mière, c’est que l’homme, quel qu’il soit, même le plus fort, n'est jamais le principe premier de ses actes. Car quand 1l veut quelque chose, il a connu ce qu'il veut,
“1 l'a dore et aimé. Done le principe premier de son
acte de volonté est l’objet qu'il aime. Et il n’en peut être autrement, pas plus pour la volonté que pour l'intelligence, puisque nous sommes des créatures, et
comme telles ne possédant qu’une spontanéité relative,
c,est-à-dire que notre spontanéité n’est jamais qu’une réaction. Dieu seul possède la spontanéité absolue, parce qu'il est l’Étre des êtres, la source et la plénitude de l'Étre, l’Étre dans toute son indépendance, dans toute sa personnalité, dans toute sa puissance, ne relevant que de lui-même, et par conséquent ne pouvant puiser qu’en soi le principe et le motif de ses actes, Aussi l’apôtre a-t-il pu dire : Qui a jamais donné à Dieu ? qui a connu.ses conseils et sa puissance ? Mais nous, au contraire, qui ne possédons qu'un être limité, une vie restreinte, être et vie dérivés de la source de l'être et de la vie, nous ne pouvons jamais nous passer de l’influence divine, ni pour vivre ni pour agir. L’mdépen-
dance absolue pour l’homme est une chimère, un rêve
qui abusera toujours et rendra malheureux ceux qui le poursuivent. Est-ce que vous pouvez vivre Indépendants du monde où vous êtes? pensez-vous vous suffire à vous-même, affranchi de toute autorité? Est-ce que
“votre raison n’a pas besoin d’une parole, d’un languge,
et votre volonté ne doit-elle pas être continuellement . excitée, dirigée, maintenue par les influences du dehors? L'indépendance ou l'autonomie de la créature est donc une pure illusion. L'indépendance n’appartient qu’à Dieu, qui seul à en lui-même l'initiative du mouvement et de la vie, seul ne relève de personne et ne dépend que de lui, parce qu'il n'a pas été ail et qu'il est Celui qui est.
La seconde conséquence est que, s’il y à dans nos
: É a HR RACE, PR! à ‘actions un double principe de mouvement, le moi et le: non moi, il faut en conclure que nous ne sommes pas.
entièrement les maîtres de nos actes, et que toujours ils se font plus ou moins de compte à demi avec lesforces et les influences qui nous sollicitent : Car non-seule-
ment ces influences étrangères mettent notre activité en
J} Q e . 4 É \ éveil, mais leur action dure, se prolonge, et persevére, toujours mêlée à notre existence, et souvent la domi-
nant et l’absorbant tout à fait. Cela est évident dans :
toutes les passions, puisque alors l’objet aimé, surtout s’il est vivant, s'empare puissamment de la volonté et finit par se l'assujettir. Qui peut en effet, dans l’entrainement de la passion, dire : Je n’irai que jusque-là? Il en est ainsi jusqu’à un certain point dans les autres actes de volonté, même les plus calmes et les plus réfléchis. Toujours au sein même de notre liberté il y à une part de nécessité, une sorte de courant que nous ne pouvons diriger à notre gré. Ce qui d’ailleurs ne prouve qu'une chose, c’est que notre volonté est limitée comme notre nature, et que la liberté humaine, si réelle qu’elle soit, n’est jamais l'indépendance. |
De là l'importance du choix de la volonté, parce
qu'elle s'engage par ses alliances, et qu’une fois engagée elle n’est plus entièrement maitresse de son acte ni
de ses conséquences, Et cependant pour agir efficace-
ment on est obligé de s'associer à toutes sortes de per: sonnes ou de choses, dont on ne peut pas toujours me-
surer ni modifier les influences. Ceux qui ont quelque.
expérience du monde le savent bien. Une fois dans les
affaires, au milieu de ce monde agissant et remuant,
même à la têle du corps le mieux discipliné, à la tête
d’une armée, on ne fait guere ce qu'on veut, quand
on le veut le plus énergiquement, parce qu’alors mille
2 8 TR Fr
es -
obstacles imprévus surgissent, parce qu’il y a des convergences , des mélanges de volontés, de forces, de nécessités, qui s’y compliquent et modifient l'intention première. Il y a là tout un monde qui change sans cesse, un monde de circonstances qui agissent perpétuellement sur la volonté par l'entraînement ou par l'opposition : cest ce qu’on appelle la force des choses. IL est utile, même aux hommes les plus sensés, les mieux intentionnés, car avec les meilleures intentions on fait encore des sottises, de rencontrer des oppositions et des obstacles. Cela mürit les résolutions et modère les entreprises ; on les précipite moins, on sait mieux où l’on va, on reconnait mieux sa position, sa puissance, et l’on opère avec plus de poids et de circonspection.
De là une dernière conséquence, corollaire des précedentes, et qui montre la position de l'homme sur ja terre : c'est qu'avec toute sa volonté, son énergie, son activité, il n’est jamais qu’un ministre. Ministre intelligent, ayant une certaine snhère de liberté, et par conséquent de responsabilité, il n’est jamais souverain dans le sens véritable, En effet, il est placé dans ce monde au milieu de tous les contraires, le bien et le mal, le juste et l’injuste, l’utile et le nuisible, l’agréable et le désagréable dans l’ordre moral; le vrai et le faux, le certain et l'incertain, le probable et l’improbable dans l’ordre intellectuel, et dans l’ordre physique le jour et la nuit, les ténebres et la lumiére, la santé et la maladie, la force et la faiblesse, la vie et la mort. Partout et toujours il est entre deux termes opposés ou contradictoires qui se disputent son assentiment, et sollicitent de part et d'autre l'adhésion de sa volonté et de sa raison. Donc, qu'a-t-il à faire ? il doit choisir, el c'est à que parait sa liberté; il doit incliner sa volonté vers le bien ou
CE APITRE IVe.
te mal, diriger son esprit vers le vrai ou le faux. La volonté est, pour me servir d’une image, comme l’axe d’une balance qui pourrait faire pencher à son gré l’un ou l'autre bassin. Elle est dans l'équilibre , ou à peu près, ‘ibre de donner gain de cause à la vérité ou à l'erreur, de faire prévaloir le bien ou le mal, toujours sollicitée en sens inverse par les contraires, et toujours aussi mise en demeure de faire triompher en elle l’un ou l’autre. Car elle ne saurait rester dans l'indifférence, il faut qu’elle décide. L'homme n’est donc, en définitive, qu’un
ministre, un auxiliaire, un serviteur du bien ou du mal, suivant qu’il adhère et coopère à l’un ou à l'autre. IL n’est jamais cause première, mais seulement, comme on le dit en philosophie avec beaucoup de raison, cause seconde. 1] n'existe qu'une cause première, c’est Dieu, et l’homnre ne peut être que ministre de Dieu pour travailler au triomphe du bien, ou ministre du mal pour le propager, ministre de Dieu pour établir la vérité ou ministre de l’erreur contre la vérité, pour l’obseurcir et la combattre.
Après avoir expliqué l'exercice primordial de la volonté, analysons l'acte volontaire, qu’il ne faut pas confondre avec l’acte humain dont il est une espèce; car l'acte humain, considéré dans sa plénitude ou sa perfection, implique un élément que l'acte volontaire ne renferme pas toujours, la liberté. |
L'école a dit : Vihil volitum, quod non sit præcognifum, on ne peut vouloir que ce qu’on connaît d'avance, c’eskà-dire qu’un acte ne peut être volontaire qu'à la condition d’être connu par celui qui le fait; l'agent doit savoir ce qu’il fait, comment, pourquoi, dans quel. but il le fait. Donc là aussi nous trouvons deux éléments, l'élément de la connaissance et celui de la vo-
DE LA VOLONTÉ DE L'HOMME. l 81
‘lonté, là raison avec ses moyens de connaître, la liberté avec ses moyens d'agir.
Un être Hit considère d’abord ce qu'il à à faire, et quelle est la fin de son acte; puis il dispose les moyens qui le conduiront le plus sûrement à cette fin, et enfin il examine les suites probables de Pacte, de manière à ménager sa responsabilité et à ne pas compromettre l'avenir. Voilà la partie intelligente de l’acte . volontaire, la partie cognoscitive, comme dirait saint Thomas. Vient ensuite la volonté qui réalise ce que la raison n’a fait que concevoir. Car la raison agit spéculativement, dans la tête; mais la volonté est le pouvoir exécutif, qui doit objeetiver les conceptions de l'esprit. Quand elle s’est décidée, elle pose au dehors par un . acte énergique, qui se transmet aux organes du corps, ce que l’esprit a pensé, jugé.
Par la volonté nous sortons donc de nous-mêmes, et nous pouvons nous étendre par nos actions dans le temps et l'espace. Mais une fois tombés au dehors, nos pensées et nos actes ne nous appartiennent plus. Nous ne sommes plus libres de les rappeler, de les reprendre, ou de les anéantir. Volat irrevocabile verbum, la parole une fois lancée est irrévocable, elle s’envole sur. l'aile des vents pour ne plus revenir; ainsi en est-il, et à plus forte raison, de nos actions. Une fois entrées dune le temps, elles sont livrées à toutes les forces du temps, qui les emportent loin de nous, souvent malgré nous. . [l ne nous en revient que les conséquences , bonnes ou mauvaises. N’eussent-elles qu’un commencement d’exé- cution, nous ne pouvons plus les détruire. Comme l’airain fondu, qui sort brûlant de la fournaise en ruisseau de feu, se coagule, se fixe sur le sol, et ne peut - plus rentrer au foyer d’où il est sorti, ainsi de la volonté ù.
se répandant au dehors par des actes qui entraînent 5
et jetlent dans l'espace les pensées brülantes de lesprit, ou les mouvements plus ardents encore d'un cœur passionné. Tant que nous les gardons en nous, dans le creuset de notre âme, où bouillonne le feu de la vie, rien n’est encore posé fatalement ; nous n’avons pas à regretter, ni à reprendre, ni à expier. Mais dès qu'un seul mot est lancé, une parole imprudente ou passionnée, reçue peut-être par un serviteur maladroit ou trop empressé qui s’en fera l'instrument indiseret pour notre malheur et pour le sien, une série interminable de calamités, de crimes peut s'ouvrir, et qui sait où elle aboutira ? C’est une semente prodigieusement féconde, dont on ne peut arrêter ni calculer la multiplication funeste, Un cri d'impatience échappé à la colère de Henri Il a causé le meurtre sacrilège de saint Thomas de Cantorbéry. Une parole tombée du baut d’un trône peut mettre le monde en feu, déchainer tous les fléaux de la guerre, et faire couler des torrents de sang.
Plus il y a de connaissance dans un acte, plus il suppose de volonté; car on a mieux su ce qu’on voulait faire. C’est pourquoi on recherche toujours dans une procédure criminelle s'il y a eu préméditation du crime,
parce qu'alors le coupable a mieux connu ce qu'il fai-
sait, il a eu le temps de réfléchir, il a médité la fin qu'il
voulait atteindre, et préparé les moyens d'y arriver. [l° 1
a prévu les conséquences de son acte, et, malgré l’hor-
-reur des conséquences, il les a acceptées pour assouvir.
sa passion ; il a eu la connaissance suffisante du mal qu’il a voulu. Le crime a paru devant lui tout sanglant, il n’a
pas craint de l’embrasser; ce qui prouve une plus prise 4
perversité et une effrayante & énergie.
ue QE ENT A MO RATE MA 2 PR RER SE SN A PAPE A D +
Il suit encore des principes précédents, que moins il
. y a de connaissance dans un acte, moins il implique de -
volonté, et qu’on ne doit regarder comme voulu et vo-
lontaire dans une action que ce qui en a été connu
d'avance ; ce qui importe dans l'appréciation des actes humains, puisque on ne peut imputer à la volonté de
l'agent que ce qu’il a vu et connu dans ce qu'il a fait. Ainsi un homme commet une faute, qui, par des cir-
constances qu’il ignorait, se trouve beaucoup plus grave qu'il ne croyait. Il n’est pas coupable de cette aggravation, comme aussi sa culpabilité augmente à mesure qu'il a mieux su ce qu’il faisait.
Par contre, un homme a fait une bonne action , une grande action, dont on parle beaucoup et qui lui a donné tout d’un coup une renommée de dévouement
. et de charité. L’a-t-il faite avec conscience, avec con-
. naissance ? il en aura la récompense, sa volonté a ac-
cepté et accompli tout ce que son esprit lui a montré
d’héroïque dans la conduite tenue. Mais a-t-1l ignoré
son dévouement, agissait-il tout simplement, sans trop savoir ce qu'il faisait, par une sorte d’instinct, et ne croyant faire qu’une chose ordinaire, alors il n’a pas moralement le mérite de son héroïsme apparent. Par un. heureux enchainement de circonstances il s’est trouvé que son action est devenue, sans qu'il s’en doute, féconde en beaux résultats; c’est une bonne chance,
comme on dit, c'est du bonheur et non du mérite. il y
- a des personnes qui font parfois plus de bien qu’elles ne
veulent, et les hommes leur en font honneur. Mais
» Dieu, qui voit tout et pèse les intentions, ne leur tiendra compte que de ce qu’elles ont voulu et entendu faire.
» Un être moral ne répond et ne mérite que pour ce qu'il
- a su et voulu. Il peut être solidaire de beaucoup d’autres
BA
ne ne ne RUE dé la XORIE. 2
Des exemples éclairciront cette vérité. Un. es. s pèche avec une femme mariée, mais il ignore qu'elle le # soit. À Coup sûr il est coupable de fornication, mais. 4 a-t-il commis un adultère ? Non certes, car il ignorait que cette personne fût l'épouse d’un autre, et sa culpabilité M ne saurait excéder la mesure de sa connaissance. La femme seule est coupable d’adultère et en portera les M suites. On répond de ce qu'on sait et seulement de ce ” qu’on sait, à moins qu'on n’ignore à dessein; car cette 4 ignorance, comme nous le verrons plus tard, équivaut à M la connaissance. 4
Voici encore un exemple plus grave, Une femme se M croit légitimement mariée, et elle ne l’est pas en effet, 4 paf une irrégularité quelconques Son confesseur S en ‘4 aperçoit, mais il sait aussi que par défaut de consen-« tement de l’autre partie il serait impossible dans le moment de réparer la défectuosité, et que d’un autre côté la séparation est actuellement impossible. Cependant «4 cette personne est de bonne foi dans son ignorance. Que fera-t-il donc? l’instruire du mal auquel on ne peut. remédier maintenant, c'est l'exposer à devenir coupa-« ble du péché qu’elle ignore, et dont son ignorance la M préserve. Îl pourra donc attendre prudemment, pour A découvrir le mal, que le remède soit possible, afin de ne pas risquer de faire abonder le péché, et pour amener en même temps la connaissance du mal et sa répara= tion. Ce qui prouve qu’il n’y a de mal volontaire que ! le mal connu. | 2
Voilà de ces cas très-graves où la conscience etl’existence présente et future des personnes sont engagées. ! Tn°y a pas de tribunal humain qui puisse les résoudre;
A tn cn D EE. PA, De UN | DER het ff 1 Ne EAU RER lise OT AE bte # 07. LS Te cer Dire AA PR AE - 5 Ge à | f Al
DE LA VOLONTÉ DE L'HOMME. 85 ils ne s’éclaircissent qu’au tribunal de la pénitence et par les règles et les décisions de l'Église, et le prètre seul, en de pareilles circonstances, peut juger les difficultés et les aplanir, pour rétablir l’ordre et la paix dans les consciences et les familles. C’est ce qu'il fera avec les secours et les lumières de la théologie morale. . Cependant, bien que l’acte volontaire se compose de connaissance et de volonté, de pensée ‘et d'énergie, et que le degré de connaissance soit la mesure de la culpabilité, il serait faux de dire que l'acte volontaire est d'autant plus énergique, que la connaissance est plus claire. La connaissance claire er effet vient de la réflexion. La réflexion analyse, et rien ne refroidit comme la réflexion et ne glace comme l'analyse, ce qui est souvent un bonheur, et c’est pourquoi le sage conseille de réfléchir avant d’agir, afin d'éviter les imprudences et les folies. Cependant pour les grandes actions, pour les grands efforts de volonté, pour les actes héroïques, la réflexion a peu d'efficacité, et l’analyse est mortelle. Ainsi vous voyez un homme se débattre dans la rivière; si vous réfléchissez, vous vous direz : je ne sais pas nager, et vous en tirerez cette conclusion : donc, ne sachant pas nager, je ne pourrai sauver cet homme ; ce#serait m'exposer moi-même à un danger certain pour la chance très-problématique de le tirer de l’eau. Le raisonnement est parfait ; il est aussi logique que possible. Mais il se trouve à côté de vous un homme moins fort sur le raisonnement, et qui, sans hésiter, sans calculer, se jette à l’eau. Il y a en lui une puissance de charité qui le transporte, le soutient et lui fait braver le danger. Il a le bonheur de sauver son semblable; ce qu'il n’eût pas fait s’il eût analysé préalablement l'inspiration de son dévouement.
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+ RE LS LPS RE PA sin ANS Dé AA TT RO EL et Dr a TT.
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L'énergie de la volonté n’est donc pas en raisonde la connaissance réfléchie ou de la science. Il y aune connaissance instinctive, soudaine et rapide comme l'éclair, qui vient à la fois du sentiment et de l'intelligence, et qui, discernant au moment même ce qu'il faut faire, pousse la volonté à agir. C'est le coup d'œil du général sur le champ de bataille. Apres avoir combiné ses plans, pris ses mesures, arrêté ses dispositions, reste encore la part du moment et de lim-. prévu, {l n’y a pas de plans qui ne soient dérangés dans
Vlexécution, à la guerre comme ailleurs. C'est alors
qu’il importe de faire face à l’inattendu, et de saisir à l’instant dans le choix des positions, dans la distri-: bution de ses forces, cet ordre définitif qui assure la victoire. Mais tout cela se fait par une intuition soudaine et non par une analyse raisonnée des détails. Les hommes les plus savants en stratégie, comme on l’est souvent avant ou après le combat, seraient souvent bien en peine dans le moment décisif, et ceux qui font les plus beaux livres sur les batailles de l'empire, et les jugent magistralement dans leur cabinet, eussent sans doute été très-embarrassés d’en gagner une seule. Cette espèce de connaissance donne le plus d'énergie à l'acte volontaire; car alors lacte de l'esprit est tellement vif, pénétrant, déterminant, qu’il emporte la vo- Jonté. Ainsi se font les grandes choses dans le monde. Les petites de tous les jours marchent avec un grand appareil de réflexion et de paroles, les grandes s’enlèvent par un entrain de la volonté, par une soudaineté, qui fait d'elle dans ces cas ün instrument de la Providence. Le plus souvent on discute, on disserte, on parle beaucoup, et l’on fait peu. Au contraire, les hom-
mes d'énergie, les hommes de caractère parlent peu,
PSN A
‘et agissent à propos et avec force. C'est ainsi qu’ on’ gouverne le monde, et non par les discussions et le parlage.
11 nous reste à déterminer plusieurs distinctions des actes volontaires.
On les distingue d’abord en parfaits et imparfaits. L'acte volontäire parfait est celui qui s'opère avec pleine connaissance, sans répugnance. On agit dans ce
cas en sachant bien ce qu’on fait, et en le voulant de
plein gré, même avec plaisir ; et plus il y a de connaissance et d’entrain dans l’action, plus le volontaire est complet. H l’est: toujours, quand nous faisons ce qui nous est agréable. Au contraire, si la chose nous déplaït, ce qui arrive souvent, et que cependant ous soyons obligés d'agir par devoir, par intérêt, par prudence, l'acte, quoique réellement volontaire, ne l’est qu'imparfaitement. Nous le produisons, mais sous la pression des circonstances, sans inclination, sans bonne volonté, sans cœur, ‘sans amour, avec le regret de ne pouvoir agir autrement; nous ne voulons que juste ce qu'il faut pour satisfaire la conscience et le devoir, Évidemment ce qui est ainsi fait n’est pas bien fait. Et cependant, > dans les affaires humaines, partout où il y a de la hierarchie, de l'autorité, une obligation morale, les choses ne vont guère autrement. Chacun tâche de faire le moins qu’il peut, quand son devoir lui est à charge, quand l'affaire n’est pas de son goût ou dans ses intérêts. Voyez dans les administrations, dans le commerce, dans l’industrie, dans les ateliers, comme on travaille en général ! Juste, tout juste ce qu'il faut pour l'acquit de sa conscience, pour éviter une réprimande et se maintenir en place. C'est encore un bonheur si l'on fait exactement ce qu’on doit faire, en sorte qu'on peut dire des
(DE LA entr DE L'HOMME. 87
BH ne CHAPITRE M | 3 choses de ce monde qu’elles vont assez 2 bien, quand les 1 ne vont pas trop mal. w Ainsi dans le volontaire imparfait, tout en agissant, on - agit avec répugnance. malgré son goût, contre son inclination. Vous êtes arrêté au coin d’une rue par un homme 24 qui vous met le pistolet sur la gorge et vous adresse le fameux dilemme : La bourse ou la vie. Vous êtes libre de choisir, vous pouvez donner votre vie pour sauver votre bourse, ce qui ne vous avancerait guère. Mais je suppose qu’on aime mieux sa vie que sa bourse, même en aimant pas mal cette dernière, on donne done sa bourse ; on la donne volontairement comme moyen de racheter sa vie, comme rançon. La donne-t-on de bonne grâce ? non assurément : il y a donc là du volontaire, mais du volontaire excessivement imparfait.
Vous vous trouvez en mer, une tempête s'élève, le bâtiment menace de sombrer. Le capitaine déclare qu'il À faut l’alléger, et jeter la cargaison à la mer sous peine de périr. est une Pen nécessité, Vous vous y résignez cependant pour sauver votre existence. C’est volontairement que vous jetez à l’eau vos richesses pour. diminuer le poids du navire, mais bien certainement aussi c’est de fort mauvaise grâce, et le volontaire est très-imparfait.
Pendant la guerre quelquefois, pour affamer l’ennemi, on ravage son propre territoire. Les Russes n’y manquent pas; pour ne pas laisser prendre une ville, ils la brülent. On appelle héroïques ces actes barbares qui imposent de durs sacrifices. Dans ces cas on agit vo- Jontairement, sans doute, mais c’est encore du volontaire imparfait. 4 Il y a plus, en commettant un crime, on peut n’a voir que ce volontaire imparfait. Un homme est ha-
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© bitué au désordre, à toutes sortes de mauvaises passions. Îl en sent non-seulement le vide, mais le dégoût, et cependant par l'entraînement de l’ temples par la fatalité de la situation où il s’est placé, par la crainte des moqueries, par tout ce qui peut rendre esclave de . l'opinion publique, et enfin par je ne sais quel misérable abandon de lui-même, il se laisse aller à des choses qui ne lui donnent aucune jouissance, et dont il a même horreur. Il n’a pas la force de résister. Il agit donc volontairement mais d’une manière imparfaite, et cette circonstance doit être pour quelque chose dans l'appréciation morale de son acte.
Enfin il y a du volontaire imparfait dans l'enfant, dans le vieillard tombé en enfance, dans les faibles d'esprit, qui sont peu capables de juger la portée de leurs actes. Ils veulent, mais imparfaitement, parce qu'ils n’ont pas la connaissance complète ou sûre de ce qu'ils font, et qu'ils ne jouissent point de toute leur liberté.
.. On distingue encore le volontaire en direct et indirect, ou pour parler avec l’école, on peut vouloir an acte 2n se, vel in causa, en lui-même, ou dans sa cause. Îl ést direct, quand la volonté out l'acte en soi, et tend à le réaliser comme l'esprit le lui montre. Tel homicide dans celui qui, voulant la mort de son ennemi, lui donne le coup mortel. Le volontaire est indirect, quand l'acte n’est voulu que dans sa cause. Ainsi celui qui prévoit qu’en posant telle cause il en sortira nécessairement certains effets, veut indirectement ces effets, et c’est pourquoi il en est responsable. Toutefois, pour que ces conséquences, bonnes ou mauvaises, lui soient imputées, il faut trois conditions. La première est qu’il ait prévu, au moins d’une ma-
DD ne Sen CHAPITRE 1 UE.
nière confuse, que ces effets dovaient sortir de F acte
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accompli. Cela est évident ; car s'il ne les avait nulle : ment entrevus ou soupçonnés, il serait dans uné igno- « rance invincible à leur égard, et par conséquent irres- | ponsable. Or il y a des effets tellement naturels, qu'il
est impossible d’en poser la cause sans les prévoir.
Ainsi tout le monde sait qu'une parole de médisance ou ”
de calomnie peut perdre la réputation d’une personne, | et porter le trouble dans une famille. Donc ceux quise permettent de telles paroles par légèreté ou impru-
dence, et sans vouloir des conséquences aussi fâcheuses, » en sont cependant indirectement coupables et respon- » sables , si elles arrivent par l'effet de leur mauvaise .
langue. Avis aux personnes du monde qui veulent
briller dans les conversations par leur esprit, et qui se :
font méchantes pour en avoir.
Rien n’est plus funeste aux esprits et surtout aux
jeunes cœurs que les mauvaises lectures, soit la lecture :
de l'erreur qui fausse le bon sens et pervertit l'intelli-
gence, soit la lecture des choses immorales qui exci- .
tent la sensualité, fortifient les mauvais penchants, et.
entrainent au désordre. Qu'est-ce qui provoque les mau-
vaises pensées, enflamme les imaginalions , et Jette le | trouble dans les âmes plus que les mauvais livres? On
en fait, on en prête, on en loue. Eh bien! en bonne morale, naturelle et théologique, composer, prêter et louer de mauvais livres, c’est tout simplement préparer et donner du poison , en sorte que tous ceux qui concourent à cette mauvaise action, auteurs, libraires et
loueurs d'ouvrages immoraux, sont dans la vérité des-
empoisonneurs, travaillant à tuer les âmes, puisqu'ils
ne peuvent ignorer les suites funestes de leur acte. C'est :
pourquoi les libraires honnêtes, et il y en a encore, né
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jé ou LA VOLONTÉ DE L'HOMME. 91 ‘veulent point vendre de mauvais livres. Je dis mauvais sous le rapport moral ; car c’est le seul point qui engage devant Dieu la responsabilité du libraire.
Puis, comme dit l'Écriture, les mauvais entretiens D npent les bonnes mœurs, corrumpunt bonos mores colloquia prava. C’est un jeune homme qui entraîne son ‘camarade par des discours perfides; c’est un homme d'un âge mûr qui ne sait pas respecter l'oreille de la jeunesse, mais l’excite et la séduit par l'attrait d'histoires scandaleuses, et ainsi lhabitue au erime et la précipite en des voies perverses. Ces hommes sont indirecte- -ment responsables des désordres où ils poussent cçux -qui les écoutent.
» Un homme riche, considérable, un honnête homme :selon le monde, pria un professeur de prendre sous sa tutelle l’un de ses enfants, afin d’habituer son esprit ‘au travail et sa volonté à l’ohéissance, Le professeur y -consentit, Ce jeune homme avait d’'heureuses dispositions, beaucoup d'intelligence, du goût pour les choses élevées. En peu de temps, son esprit se développe, sa moralité se forme, il s'attache à ce qui est bien; une certaine élévation d’âme se déclare en lui, qui éloigne des plaisirs mondains et le porte aux choses religieuses. Jusque-là le père était enchanté. Mais voici qu’un beau jour, en voyant la piété de son fils s’accroître, la peur le prend que la religion ne s'empare de son âme, et qu’il ne veuille entrer dans les Ordres. Quel malheur pour -un enfant sur lequel on avait placé tant d’espérances de fortune et d’ambition ! Le maitre n'y avait point pensé. Que fait le pére? avec d'excellentes intentions, les pères n’en ont jamais d’autres, il enlève son fils malgré ses pleurs, en disant : Je ju ferai bien perdre. ce goût! je vais le lancer dans le monde, il apprendra L
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2 Fe fs à “CHAPITRE IV.
tre, je vous l’ due l he riche, et son fils avait seize | ans. Ille jette en effet dans toutes les distractions, dans. tous les plaisirs d’une grande ville; il l'expose à des” séductions qui ne furent que trop puissantes sur ce M jeune cœur, et au bout d’une année tout au plus, il 4 avait réussi plus qu'il n'avait voulu ; car son fils était M devenu un très-mauvais sujet.
Voilà du volontaire indirect. Certainement ce pére” ne voulait pas faire de son fils un débauché. Dans la crainte qu’il ne devint prêtre, et pour l’en détourner,
ille précipite dans les plaisirs, et le mettant en contact
avec tout ce qui peut flatter ses mauvais penchants, il le perverlit sans le vouloir; mais il a voulu la cause qui a produit ce triste effet. Ans les conséquences reviennent indirectement à celui qui en a posé le principe, à la condition toutefois qu’il les ait prévues au moins confusément, sal{em in confuso, disent les théologiens, ; et c’est ce qui peut, sinon excuser, au moins atténuer la faute de ce malheureux père devant le tribunal da Dieu. 4 La deuxième condition pour qu'un fait soit indirec-« tement volontaire est qu’on ait pu s’abstenir de l'acte qui en a été la cause ou l'occasion. Car nul n’est tenu. 1 à l'impossible ; on n’est responsable des effets que si on 1 Ë
de éhg
pouvait les empêcher dans leur cause. 4 La troisième condition veut qu’on soit tenu de s’abs-« tenir de l'acte, ou d'éviter l’omission dont on prévoit, au moins confusément, qu'il pourra sortir des résultats » contraires à la morale. Car si c’est une chose qui soit de® votre devoir, où dans votre droit, quoi qu'il arrive, vous ne répondez pas des suites. Toutes les fois que la cause À est licite, vous pouvez la poser, quels qu'en soient less |
DE LA VOLONTÉ DE d HOMME. 93
mets, sans danger pouf votre conscience e sans risque . pour votre avenir moral, Ainsi la guerre est une chose épouvantable qui amène dles die sans pareils; ce-
. pendant il y a des guerres justes et légitimes. Celui qui
. prend l'initiative de la guerre s'engage évidemment
- dans une immense responsabilité. C’est pourquoi on ne
“‘loit déclarer la guerre qu'avec la conviction la plus ferme du bon droit; et si véritablement on a le droit
“pour soi, ou si l’on croit sincèrement lavoir, après
* avoir tout fait pour s’éclairer on s’exonère des calamités
- qui en sortiront, et qui vont tomber comme une pluie
“de malédictions sur celui qui directement ou indirec-
- tement les a voulues ou amenées.
… Vous avez été le témoin unique d’un assassinat. Il est évident que votre seule déposition fera condamner
«l'accusé. Vous ne voulez la mort de personne, et vous
avez horreur d’y contribuer ; cependant la déposition
que vous allez faire, et que vous devez faire, sera la cause infaillible d’une condamnation capitale. Que
- ferez-vous ? 1l vous faut jurer devant Dieu que vous ne
direz rien que la vérité et toute la vérité. Vous ne pou- = vez pas ne pas dire la vérité; car vous avez juré de la ‘dire tout entière, c’est donc un devoir de parler si Ja
justice vous interroge. Vous direz tout ce que vous avez
“vu. Terrible devoir sans doute, qui vous rend la cause - indirecte d’un homicide, sans que vous en DEEE tou- . tefois la responsabilité.
Aya, dans la société, des magistrats qui sont chargés . de rechercher les crimes, de les poursuivre et de les punir. Ce sont les juges nt instruction, les procureurs - impériaux , les officiers de police. C est leur mission et
par conséquent leur devoir. Donc en recherchant la
- culpabilité et en invoquant ou appliquant le châtiment,
Lie D CHAPITRE NW. :
ils font ce qu'ils doivent faire. Hs sont là pour sans garder la société, pour protéger les droits de tous, pour : prévenir, empêcher, ou réprimer les désordres, et ainsi, . quelles que soient les suites de leur ministère, ils n’en . répondent pas. Ah! prenons garde, ils n’en répondent # pas, s’ils ne font que leur devoir; mais s'ils y mettent » de Ja passion, de l’animosité; si, par un motif d'intérét, ” de haine, ou de vaine gloire, ils voulaient trouver un « coupable, ou arracher une condamnation, ils répondraient alors de tout ce qu’ils auraient ajouté volontai= « rement à la vérité, et Dieu seul, qui voit le fond des cœurs, peut régler exactement ce compte. 4 Il ya des états où l’on est plus exposé qu'ailleurs aux tentations de la chair, aux séductions des sens, ‘ Le médecin, par exemple, et le prêtre sont dans, ce À Le médecin doit soigner toutes les maladies et 4
tous les malades, les femmes comme les hommes, c’est « son devoir. Cependant par sa profession même et par » les confidences et les relations secrètes qu’elle en= à traine, il se trouve continuellement dans l’occasion pro- * chaine du péché, sous le rapport de la chair; il peut # être assailli d'images impures, de pensées indécentes, de désirs et d'accidents sensuels. Abandonnera-t:l son | poste pour cela, afin de détruire la cause de ces effets dont il souffre, et dont il pourrait se croire indirec- … tement coupable ? Il ne le doit pas; car il est tenu de | soigner les malades et quand toutes les tentations de. l'enfer le poursuivraient, s’il ne fait que son devoir, il É n’est pas coupable. à Et pour le prêtre, l’épreuve est plus dangereuse en-« core. Confident forcé de toutes les misères et de toutes les immoralités, il doit recevoir au tribunal de la péni-k tence l’aveu de toutes les lurpitudes, l’effusion deu
Ne 7. nu VOLONTÉ DE L'HOMME. 98 È Mobtes les ordures de la société, en sorte que son âme, * ouverte par l'esprit de Dieu et par la charité aux tor- - rents des iniquités du monde, devient comme un égout - où se déverse le mal de tous les côtés, il faut qu’il en- tende les récits du désordre sous toutes les formes; et quand il a tant de peine à éviter ailleurs ce qui peut . ternir la pureté du cœur, chaque jour au confessionnal il - est plongé dans un marais infect. Croit-on qu’il soit de … marbre ou de fer? Il est chair comme les autres, et cette » chair frémit parfois ; elle se révolte, et le pauvre prêtre qui en sent l’aiguillon, souffleté par l’ange de Satan, comme dit saint Paul, criant vers Dieu comme lui, . demande à être délivré de cette lutte, de cette hu- . miliation, et il lui est répondu ainsi qu’à lapôtre : Ma grâce te suffit. Doit-il abandonner son ministère, parce qu'il risque de s’y perdre? C’est demander si un soldat doit quitter son poste, parce qu'il risque d'y périr. - Il est sur son champ de bataille, et il doit y rester avec * courage pour combattre et vaincre le mal dans les âmes. Il n’est pas coupable de l'excitation de ses sens, . ni des infirmités de sa chair, tant qu'il n°y consent pas, - et s’il était souillé malgré lui dans l'exercice de son saint - ministère, il n’en resterait pas moins pur, comme le ; vierges chréliennes que les païens trainaient au lupanar.
ns CHAPITRE V