‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 18 sur 69 · PTE TE PEL ENS · texte numérisé non relu

PTE TE PEL ENS

Te

Méoéeisis

| concours | DE LA RAISON, ETC. 103

peu pan: Il suffit que nous voulions, et qu'aucune

contrainte extérieure ne nous force à aie. pour

que notre acte soit libre , et par conséquent méritoire. Après avoir expliqué l'acte volontaire, et la part que

… la volonté prend à sa formation, nous allons chercher en quoi y coopère le second principe immédiat de l'acte

ne

humain, la raison. Pour cela, il faut dire de la raison et de ses opérations ce qui est strictement indispensable pour com-

prendre en quoi elle contribue à former l'acte humain,

et comment, sans cette coopération, celui-ci serait nonseulement inexplicable, mais impossible. Car nous n'avons point à faire ici un traité de psychologie ni de logique. Fa La raison considérée en général est, comme dit saint Thomas, la partie cognoscitive de l’âme humaine. Dans notre langage moderne, nous disons qu'elle est la faculté de connaître, pas que le langage de saint Thomas ne soit aussi bon que le nôtre, mais chaque siècle a sa manière de s'exprimer comme chaque peuple a sa langue. Je dirai done simplement : la raison est la

faculté de connaître. Mais qu'est-ce que connaitre ?

Connaître, ce n’est pas seulement voir, ce n’est pas seulement toucher, palper, odorer, entendre, ce n’est pas seulement sentir. L'animal voit, sent, goûte, odore,

l'animal a comme nous l'exercice. de tous les sens, et

cependant l'animal ne connaît pas, ne sait pas, du moins

dans le sens vrai de ce mot, ou pour parler plus nettement encore, l'animal n’a pas la science. Il connaît d'une manière imparfaite, comme on peut le faire par les sens, c'est-a-dire qu’il est capable de distinguer un objet d’un autre ; mais cette connaissance est toujours bornée aux E aitsindividuels, aux choses particulières, etaux rapports

104 SR CHAPITRE 7 que ces choses et ces faits ont avec son oral avec ses besoins du moment , avec ses appétit, avec la. conservation de son existence. C’est ainsi ae l'animal | peutse gouverner jusqu à un certain point, c’est-à-dire se. diriger en raison des 1 impressions et des perceptions des objets qui l'entourent , en raison de leurs qualités et de leurs relations avec son organisme.

Mais il n’a point de science. Car, pour avoir la

science, il faut penser, il faut juger. La science ne sup= pose pas seulement la connaissance des faits individuels;

elle implique la connaissance des rapports entre ces objets et le vrai, le beau, et le bien. Tant qu’on n’a pas

discerné les objets sous l’un de ces triples rapports, la # science n'existe pas. Ce sont là les trois grands jugements.

dans lesquels se résument tous les autres, et qui eux< mêmes vont se résumer dans un jugement supérieur, universel, qui est le jugement de l'Étre; car l’être est

en toutes choses le fond primitif auquel tout se rapporte, et d’où tout dérive. La vérité est lPêtre dans son.

essence, le bien est l’être dans son rapport avec une loi, déc une règle , avec l’ordre ; le beau est encore Jêtre dans son rapport avec l’ Fine et la variété. Ainsi nous ne pouvons véritablement connaître un objet que si nous l’apprécions sous le triple rapport de la vérité,

de la bonté et de la beauté, ou de leurs contraires, le ”

faux, le mal ou le laid.

Donc. pour savoir, il ne suffit pas d'avoir devant soi

des objets particuliers , des s phénomènes, des qualit és, des accidents. Ce ne serait la qu'une connaissance superficielle et empirique, qui embrasserait seulèment

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la partie la plus extérieure des choses et ne pourrait

rendre raison de ce qu’il y a de profond et de métaphy-M siqueen elles, Ce qu'il faut pour connaîtrevéritablement.

non

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pour avoir la science, c’est un principe de jugement, une Pie de vérité, une ne du bien et du mal, une mesure du beau et du ha puis comparer les objets avec ces

unités de mesure, et décider s'ils y sont conformes ou

non, s'ils s’en éloignent, et de combien ils en different. Voilà la vraie science. Tant que vous restez au milieu des phénomènes sans les dépasser, vous n’avez que des faits, que vous voudriez en vain comparer entre

* eux si vous n’avez point de terme de comparaison. Done

pour savoir ce qu’ils sont, quel est le degré d’être, de

vérité, de bonté ou de beauté qui leur est propre, il » faut nécessairement nous élever à une mesure univer-

selle, qui les domine tous et les juge.

Mais où se fait ce jugement, cette application de la

. mesure invariable et identique aux faits particuliers et.

contingents ? Dans notre entendement , et par notre

- esprit; car avec les faits individuels à juger, avec les lois

- supérieures qui doivent servir de norme dans le juge-

» ment, il faut qu’il y ait encore une capacité du jugement,

un lieu où il s’accomplisse. On l'appelle l’entendement,.

- Donc il faut aussi une personne qui comprenne, qui en-

. tende, laquelle, se posant comme sur un tribunal, la loi - et la mesure à la main, fasse comparaitre les faits devant - elle, et discerne s'ils sont dans la vérité ou la fausseté,

dans la justice ou l'injustice, la beauté ou la difformité, selon qu’ils sont conformes ou non à la règle immuable du vrai, du beau et du bien qu’elle leur impose.

Voilà ce qui distingue l’homme de tous les êtres de

la création, qui ont comme lui des sens, de la mémoire, de l’imagination et même un semblant de volonté, et “une connaissance imparfaite, mais qui, privés d’idées générales, universelles, ne peuvent point comparer les

hits, ni les juger. L' Late les juge parce qu'il peuf

s’en distinguer par la réflexion , et il réfléchit aussitôt

que sa personnalité est posée. Arrivé à un certain àge, il voit non-seulement ce qui se passe hors de lui,

mais encore ce qui se passe en lui : non-seulement il réfléchit le monde qui l’entoure, mais il se réfléchit

lui-même, et par cette puissance de réflexion 1l se“ détache et se distingue des objets du dehors, revient « sur lui-même, se replie dans son intérieur, où il se «

recueille et se pose comme dans une sphère close dont il est le centre. La il fait comparaître tous les objets sur lesquels il doit prononcer , tous les faits dont 1 doit

juger , et il les apprécie. C'est ce qu’on appelle la for- |

mation de la conscience psychologique, qui ne s’éveille

que quand la personne se constitue, quand la réflexion »

commence.

Aussi prenons garde de confondre le sentiment avec la conscience. Dans le sentiment nous sommes impres-

sionnés , soit par des choses physiques, ce qui produit *

la sensation, soit par des faits moraux, et c’est le sen-

timent proprement dit. Nous pouvons réagir au senti- «

ment et produire des actes souvent très-énergiques. Mais tant qu’il n’y entre point de réflexion, c’est une réaction aveugle qui ressemble beaucoup à celle de l'animal, sauf certains cas où l’on reçoit des impressions profondes

et toutes spirituelles. Car en ces cas nous réagissons d’une

manière qui n'appartient qu'à nous, et les sentiments

vifs et sublimes, qui agitent l'âme, la poussent parfois comme inslinctivement à des actes héroïques. *

Mais alors nous agissons plus volontairement que librement ; c’est justement le cas de la distinction que

nous faisions tout à l’heure, où, sous l’impulsion d’un penchant irrésistible, ou presque irrésistible, on agit volontairement. Il y a volonté, car nous voulons ce que “

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nous faisons; mais il n'y. a pas de liberté, car nous he réfléchissons pas, nous ne délibérons Das. nous - sommes emportés à l’action dès que le sentiment nous pénètre, sans pouvoir peser le pour et le contre, et . même quelquefois sans avoir conscience de notre acte. … Aussi cet acte, quelque beau qu'il soit en apparence, * n'est-il pas un acte imputable, méritoire. Il ne commence à l'être que si, par une réflexion rapide, par une délibération soudaine, nous avons pu le confronter . avec la loi morale dans le miroir intime de la conscience, - et l’accomplir librement. Done, moins il y a dans nos - actes de réflexion et de conscience, moins il y a de . liberté et de mérite. Plus au contraire il y a eu de - réflexion et de conscience, plus il y a de liberté et - de responsabilité , parce qu’alors on sait pleinement ce qu'on fait.

- [! faut donc pour agir en être raisonnable opérer - avec réflexion. Il faut faire comparaître les choses à . apprécier et les actions à faire devant le tribunal de la . conscience pour les discerner, les distinguer, les rappro- … cher des régles qui doivent en déterminer la valeur, et - alors nos jugements sont tout ce qu’ils doivent être, en tant qu’ils émanent d’un être doué de raison,

L'animal a beaucoup de l’homme dans son extérieur, dans sa forme, et même dans son intérieur, autant du + moins qu'il peut Y avoir d'intérieur dans l’animal. Il est … organisé à peu près comme nous; il sent, il imagine, il

conçoit, car il forme des images en lui. La preuve en est qu’il rêve en dormant; le chien aboie souvent dans son sommeil, donc il a des sensations et des conceptions. Il . ya donc là une ébauche de raison, une ombre d’intelli- - gence. Qu'est-ce qui lui manque? Ce que l’homme . possède, la réflexion. L'animal ne se connait pas. il se

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sent , il se sent en rapport avec les objets exterdéss. 14

réagit vers ou contre selon les impressions qu’il en reçoit, et par là il suffit à son existence. Mais il n’agit pas libre-

ment, quoiqu il agisse peut-être, si on le veut, volon=.

tairement: car il y à en lui une ébauche de volonté. De

même, qu il connaisse les objets sensibles, et en

conserve les images dans sa mémoire, il n’a qu'un semblant d'intelligence, car il ne sait pas comparer, mi abstraire, ni juger, et pourquoi ? C'est qu'il n'a pas d’idées générales, de mesures, de règles , de lois supé-

rieures, ou plutôt c’est que sa loi à lui, la loi de son

existence , car tout être en a une, ne lui est pas objective, de sorte qu’il ne peut s’en distinguer, la réfléchir, exprimer dans ses mouvements, ni lui rapporter ses actes. Elle lui est inhérente, il lasuit, mais aveuglément, elsans pouvoir jamais s’en écarter. C’est pourquoi il n’a pas plus de science que de moralité.

Mais qu’y a-t-il done dans l’animal? qu’est-ce que cette demi- -intelligence, el ce simulacre de volonté ? Qui le dira ? Il y a en lui de la vie, c’est évident, et une vie très-énergique, par conséquent un principe de vie.

Or, si vous voulez appeler âme ce principe de vie, et «

pourquoi pas? vous direz qu'il y a une àme dans l’animal, Ne peut-il pas en effet exister des âmes de diffe-

rents degrés, comme il y à des différences entre les.

corps? Sans aucun doute; notre âme elle-même n'’est-

elle pas inférieure aux pures intelligences? Mais quelle :

est la nature de l’âme des animaux? C'est ce qu'il

n’est pas facile de déterminer. Nous pourrions plutôt

dire ce qu’elle n’est pas; mais ce qu’elle est, il n’est pas probable que nous le sachions jamais avec certitude. C’est pourquoi en nous tenant aux faits, nous dirons que cette àme-là n’est pas raisonnable ; car on ne

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