‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 19 sur 69 · PL RU · texte numérisé non relu

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concours DE Te = RAISON, ETC. 109

# voit pas les animaux raisonner ni parler, et sans la 3 parole il n’y pas de raison, J'expérience montrant que da raison ne se développe qu'avec la parole. L'animal veut, il a une sorte de volonté, mais on ne dira pas non plus qu'il agit librement ; car il fait toujours la . même chose, sans Jamais varier, sans perfectionner ses procédés. Les abeilles depuis le commencement du . monde construisent leurs ruches de la même mianiére , … d’une manière admirable sans doute, mais elles n’y ont rien ajouté depuis l’origine des choses: il n’y a point de progrès. Tous les animaux restent stationnaires dans le … cercle étroit de leurs instincts, ils n’en sortent pas. . Leur connaissance est tout individuelle , elle n’avance - pas, elle ne s'accroît pas avec les générations comme dans le genre humain. Il n’y pas chez eux un trésor de science qui s’augmente avec les siècles ; donc il n’y a point de raison.

Pour qu'un acte Éomeble soit posé , il faut donc … trois choses. D'abord la constitution d'une personne par … la conscience ou la réflexion de soi-même, c'est la pre- … micre et indispensable condition de tout exercice de … raison, et c’est pourquoi aussi longtemps que l’homme | m'est pas constitué en lui-même et ne se réfléchit pas, ne se possède pas, il n'est pas raisonnable. Ce mo- ment si solennel où l’homme naît vraiment à la vie … humaine, à la vie de la raison, arrive en généralde trèsbonne heure, surtout dans les sociétés civilisées, parce que le langage est le grand stimulant du développement - intellectuel, et dans nos sociétés on parle beaucoup. Les enfants sy développent très-vite, principalement dans - les classes aisées, où tous les enfants, comme on sait, . sont de petits Grodibes On les excite de toutes manières, . par toutes sortes de conversations et de questions, en a ,

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sorte qu’ils ont le sort des plantes en serre chaude, qui,

TS NOTONS Par RON PS CRE SE, PA A Dr Pr AT UE DM TI LCR LS CN CR Cire a

donnant leurs fleurs avant le temps, exhalent quel- 4

volontiers, et pour les obtenir plus tôt, on épuise la plante en la poussant.

L'enfant commence à se poser en lui-même et à se connaître quand il prononce les mots je ou mot. C'est donc quelque temps après qu'il commence à parler. Tant qu'il ne prononce pas le Je, mais se désigne par

- ques parfums inattendus. Comme ces parfums sont hors . s se d LE r 2 1e 0 ; de saison , ils paraissent plus agréables, on s'en réjouit

son nom, et parle de lui à la troisième personne, il

ne se connaît pas, sa conscience n’est pas formée. Mais

quand il se sert de ce mot, et on sait avec quelle ardeur, avec quelle violence il le prononce alors, on est sûr.

qu'il y à là un homme.

El faut en second lieu un jugement: car par la conscience que nous avons de notre moi, par la réflexion «

au moyen de laquelle nous prenons possession de nousmêmes, nous sommes établis juges en ce monde, juges de nous-mêmes et jusqu’à un certain point des autres, juges de tout ce qui se passe en nous et hors de nous. L'exercice de la pensée consiste à juger, etc’est pourquoi nous aimons tant à juger, àtoutjuger ,au point que nous

avons beaucoup de peine à nous en abstenir. Nous en . ævons le droit dans une certaine mesure, mais nous en.

abusons souvent. Nous sommes faits pour juger, car pous ne pouvons penser ni faire un acte raisonnable sans former un jugement ; seulement il faut tâcher de juger d’une manière saine et surtout charitable.

Mais pour juger il faut des principes, et c’est la troi

sième condition pour qu’un acte raisonnable soit pre - duit. Comment comparer les objets sous le rapport de là dimension, si je ne possède une mesure, une unité |

ne.

ne.

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pe

de Dada? Cole : juger 2. vrai où du faux: si je ne porte en moi des principes immuables de réntéd Comment connaître la bonté ou la malice d’une action, comment décider qu’elle est juste ou injuste sans * une loi de justice, sans une règle supérieure et univer- … selle du bien et par conséquent du mal? De même, … dans les produits de la nature ou de l’art, comment pourrais-je déclarer que tel objet est beau ou laid, si .. je n’avais point une idée de la beauté? Or, remarquons que ces idées donnent lieu à des jugements absolus et universels comme elles; ce qui prouve qu’elles ne sont * point des notions générales, formées par l’abstraction. des phénomènes particuliers et contingents; car elles paraissent soudainement, au premier fait qui les excite, et avec leur autorité régulatrice ; ce qui prouve qu'elles. n'ont pas une origine empirique. D’où viennent-elles donc, et comment apparaissent-elles à la raison ? Nous . l'avons dit ailleurs en exposant le platonisme. Nous ne pouvonsy revenir ; ce serait entrer dans la métaphysique dela raison, ce qui n’est pas l’objet de ce livre. Nous constatons seulement que toutes ces idées supérieures, ces regles suprêmes de nos jugements sont indispensables à l'exercice de la raison , et par conséquent à la forma-. - tion d’un acte raisonnable. | s. En tant qu’elle nous fournit ces lois , ces principes, 0 - ces règles de vérité, de justice, de bien, de beauté, en un mot toutes ces grandes idées qui nous rendent capables … et de juger et d'apprécier tout ce qui nous entoure, la raison s'appelle intelligence, ou raison supérieure. Mais la raison a encore une autre fonction. Nous … observons les faits hors de nous ou en nous; car il ya … des faits de conscience comme il y en à d’observables … par les sens externes. Ces faits, nous devons les juger;

AU LT TUE. Role POSE 0 Of TOITS

il faut donc d’abord les percevoir , les concevoir, se les

représenter, avant de les rapprocher des idées qui nous feront discerner ce qu'il y a en eux de vrai ou de faux, de bien ou de mal, de beau ou de laid. Ce travail s’opère sous la direction des règles universelles, soit de la vé-

rité pour les sciences, soit de la justice et du bien pour

la moralité, soit de la logique pour la connaissance, soit de l’esthétique pour les arts et tout ce qui concerne le beau. Qu'est-ce qui fera ce nouveau travail? La raison encore, car sans elle nous en serions incapables. Aussi l'animal, qui en est privé, ne peut l'aecomplir. Il ne peut comparer les faits avec des lois plus hautes, avec des principes absolus, pas même comparer les faits entre eux pour en dégager le général. Cette œuvre appartient encore à la raison; c’est sa seconde fonction, et dans ce cas elle s'appelle ratson inférieure, ou discursive.

Ainsi raison supérieure, intelligence, faculté des principes ou des idées universelles ; les Allemands diraient - faculté de l'absolu, mais nous leur laissons cette appellation qui nous paraît trop ambitieuse : puis opération de la raison, qui, après avoir perçu et conçu les faits, les rapproche des principes, des lois, afin de les juger et de les apprécier, raisonnement, raison inférieure ou discursive, voilà en résumé toute la faculté de connaître.

Seulement remarquons que le raisonnement est de

deux sortes, déductif ou inductif, Il est déductif quand la raison part des principes , et en fait sortir les conséquences, c’est le syllogisme. Il est inductif quand, par-

tant des faits particuliers, elle les compare, les abstrait ,

les généralise, les ramasse, et les réduit pour ainsi dire dans l'unité abstraite d’une proposition générale. C’est l'induction.

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Cependant, dans tous ces cas, la raison, si élevée qu’elle soit, ne peut agir sans la sensibilité , et c’est là ce qui distingue l’homme des pures intelligences qui n’ont pas de corps. Ces esprits purs perçoivent la vérité directement, par le rayon même de la vérité , et parce qu'ils sont en rapport plus prochain avec les idées divines. Mais nous, enfermés que nous sommes dans un corps qui fait partie de notre personnalité , et sans lequel notre âme ne peut vivre ici-bas, nous ne pouvons rien percevoir, rien voir , rien comprendre , que par la sensibilité et à travers les sens. C’est là sans doute ce qui a égaré l’école de Condillac, qui a vu toute la sensibilité dans la sensation, et tous les sens dans les organes. Au reste, longtemps avant Condillac on avait soutenu que tout est dans la sensation, et qu'il n’y a dans l’entendement que ce quiaëté dans les sens. Proposition fausse en soi, mais qui deviendrait vraie, si elle se bornait à énoncer simplement que les sens sont nécessaires à la connaissance, qu’on ne peut rien connaître Sans eux, en comprenant, bien entendu, par les sens, non pas seulement les sens extérieurs, mais encore le sens intime. Aussi pour corriger cette fameuse formule : Vihil est in intellectu guod non prius fuerit in sensu, Leibnitz n’eut qu’à ajouter cés mots : nisi ipse 1ntellectus.

La raison ne peut s'exercer sans les sens dans l'état actuel de lPhomme, et même dans tout autre état, pourvu qu’il soit normal; car l’homme n'est pas un esprit pur. Sans doute l'âme peut être momentanément séparée du corps par la mort; mais cet état n’est pas naturel, il est violent, accidentel, et ne doit pas durer. C'est le résultat d’une catastrophe qui a bouleversé l'existence humaine, et l’homme ne peut arriver à sa perfection intégrale, à la plénitude de sa nature, que

| CHAPITRE. La

ne on son âme nd son corps. . © est pourqu il est nécessaire que ce corps se réunisse un jour à Fâme : 2 qui Ta animé, et qu'ils constituent de nouveau une : même personne avec l'harmonie qui doit régner entre - ces deux parties de l'être humain. Ainsi la sensibilité 4 S doit participer à la connaissance humaine, et ce serait une erreur aussi grave de croire la raison indépendante ù dessens, comme Les idéalistes, que de la confondre avec eux, comme les sensualistes. |

Mais en parlant des sens, je n’entends pas seulement : les sens extérieurs. Il y a trois sortes de sens : les sens externes, qui s’exercent par les organes ; puis le sens interne psychologique, psychique, appelé communément le sens intime. Ces sens appartiennent à la cons- M

titution naturelle de l’homme. Mais il y en a encore un

et de notre sensibilité : c’est le sens divin, ou ce qu'on

. appelle la foi, Ces sens divers correspondent aux diffé . renis objets que nous pouvons connaître, etsontcomme

les grandes portes par lesquelies entrent tous les élé-

ments de nos connaissances. Les objets particuliers, ac= "4 cidentels, physiques, matériels, ou plutôt leurs i images, :

entrent. par les sens organiques. Par eux nous Voyons,

nous entendons, nous palpons, nous goûtons tout cequi … - se rapporte aux os du corps, nous percevons toutes à les choses phénoméniques du monde quenous habitons. M : Mais par le sens intime nous entrons en rapport avee à

des choses plus subtiles. Par lui nous éprouvons {ant ; di impressions profondes el variées, douces ou pénibles, quinous agitenteonstamment, Rentrée oi vous-mème,eli, A regardez ce qui s’y passe, vous y remarquerez une série

autre, surnaturel, extraordinaire, et qui nous met en rapport avec des choses qui dépassent la portée de notre nature, et excédent les conditions de notre intelhgence ”

Le RUES va RTE A br Ph pu ns bd de")

U. continuelle de sentiments, de modifications, d’affections. On vous annonce un événement imprévu, vous êtes saisi, étonné, vous éprouvez du regret, des remords, de la douleur, du ressentiment, de la colère, le désir de la vengeance ; ou bien si c’est un événement qui vous réjouit, vous sentez une émotion douce, agréable. Comment.constatez-vous toutes ces émotions, tous ces désirs secrets? Assurément, vous ne les percevez point par les yeux du corps et ce n’est pas la main qui les palpe. Il y a donc un sens interne, qui est la base de la conscience, par lequel nous discernons tous les faits psychologiques qui se passent en nous. On peut l’appeler le sens psychologique, du nom de son objet. |

Vous avez une résolution à prendre, il faut vous décider, et cependant vous êtes perplexe et inquiet. Agiraije. n’agirai-je pas? Ce que je veux faire est-il bien ou mal, juste ou injuste ? Qui vous le dira? Ce n’est pas la vue, ce n’est pas l’ouïe, ni le toucher, ni aucun de vos sens externes, vous ne palpez pas la moralité. Il ya - donc en nous un sens du bien et du mal, un sens moral qui nous met en rapport avec la loi morale, souvent même avant que notre raison en ait une connaissance distincte.

Vous entendez une musique qui vous paraît délicieuse. Ici, sans doute, les sens externes ne sont pas . comme tout à l'heure étrangers à votre sentiment, car c’est par l’ouie que les sons vous arrivent. Mais la beauté de la mélodie ou de l'harmonie, comment la sentezvous, comment la comprenez-vous? L'animal entend aussi ces sons qui vous transportent ; ils le font gémir, - hurler, et vous, ils vous ravissent et vous enchantent. - D'où vient cela! ?

On vous lit une belle poésie qui élève votre âme, la

TETE OPRRNES Gé CHERS Py

touche profondément; vous tressaillez d’admiration,

vous pleurez d’attendrissement, et vous vous écriez: …

C'est beau, c'est magnifique, c’est divin! Lisez-la à ce pauvre homme qui est là au coin de la rue, attendant vos commissions. Sera-t-il ému, transporté comme vous? Non, sans doute, car le sens esthétique n’est pas développé en lui. Bernardin de Saint-Pierre raconte quelque part que se promenant un matin dans la campagne, tout enchanté de voir l’éclat du soleil, de humer Pair pur des champs, et d'entendre le joyeux gazouillement des oiseaux sous le feuillage, il rencontra une pauvre femme qui ramassait de l'herbe : « Comme vous devez être heureuse, bonne femme, dit-il, de vivre au milieu de cette belle nature, et d'entendre tous les jours de si ravissants concerts !» — « Ah! oui, lui répond-elle, j'ai

bien le temps d'écouter tous ces petits piailleux! »

Cette pauvre femme, assurément, n'avait pas le sens esthétique.

IL y a donc un sens esthétique qui se développe plus ou moins, s'ouvre chez les uns et reste fermé chez les autres, et ce sens a diverses branches qui correspondent

aux différents arts, aux différentes sortes de beauté.

Telle personne est enivrée par la musique, qui ne comprend rien à la peinture ; telle autre, au contraire, passionnée pour la peinture, n’entend rien à la musique. Il en est de même pour les hautes vérités métaphysiques,

pour les choses intelligibles ; il y a aussi un sens natu=

rel et intérieur qui leur correspond, et par lequel on les

saisit. Par ce sens, en effet, on percoit les vérités pre- #

oR . . .

mières et fondamentales, les principes qui sont les bases

de la logique, de la métaphysique, de toutes les scien- … ces; et les esprits, où ce sens n’est pas ouvert, ne serendent pas plus compte des conditions de leur pensée que

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