A RE PRE CE RAR EE
PRINCIPES MÉDIATS DE L'ACTE VOLONTAIRE. 129
. agit sur la volonté, et en modifie l'exercice. De là la ma-
mère de vouloir de l'enfant, du jeune homme, de l’homme mûr, du vieillard. L'enfant veut beaucoup,
mais il ne sait pas trop ce qu’il veut, parce qu'il n’a pas
encore la raison nécessaire, et en général sa volonté a peu d'énergie comme toute son existence. Le jeune
homme veut plus encore que l'enfant, parce qu'il y a
en lui une surabondance de vie qui déborde, et il sent
: le besoin de la répandre. Rien ne suffit à ses désirs ni à . son activité, il voudrait dominer le monde entier. À cet - âge on veut beaucoup, on veut immensément, on veut - tout, car on veut gouverner le monde et pour cela ré- - former toutes choses On ne trouve rien de bien dans ce * qui existe, et il n’y en a pas un de nous qui dans sa jeu- . nesse ne se soit imaginé être arrivé au monde tout exprès n pour en changer la face et en renouveler l'existence. C'est un effet de l’âge ou de l’exaltation de la vie qui agite le jeune homme. Îl ressemble au jeune taureau . qui frappe tout ce qu'il rencontre de ses cornes nais- -santes par le besoin de les aiguiser et de les exercer. Ainsi de la raison qui point dans l'adolescence ; elle . commence à se sentir au dedans, et elle veut qu’on la
sente au dehors; elle frappe, elle tranche à tout propos
et hors de propos, elle est satisfaite pourvu qu’elle se “montre et produise quelque effet. C’est pourquoi à cet
âge on aime l'opposition, et on fait de l'opposition à
. peu près à toute chôse, et surtout à l'autorité. Cela passe avec la jeunesse, parce que c'est un produit de la jeunesse.
L'homme de l’âge mür veut moins, mais plus solide-
- ment, parce qu’il a jeté son feu de jeunesse, et qu’il a . acquis de l'expérience. Il ne s’éprend point si facilement des charmes de ce monde, et son imagination ne l’em-
| sous lueneë de son un sn alu, re “ décide point si rapidement, elle. consulte davantage 2 la raison, et toujours la raison pense, délibére, pêse, à juge. bé tout cela ne va pas vite. C’est pourquoi les. hommes mürs paraissent inertes aux jeunes gens, et les * jeunes gens disent qu’ils sont cristallisés, momifiés, ou pour le moins très-arriérés. S . Mais le mouvement se ralentit encore dans la vieil. He Jesse. Les vieillards, en général, veulent peu de chose, parce que les sens ne émoussés, l'imagination affa LS ble, les passions à peu près éteintes ; je dis à peu près,’ a - car malheureusement il y en a qui brûlent j Jusque sous = “les glaces de rase: Puis les moyens de jouir font défaut, organisme s’en va, les facultés de l esprit sont plus ou moins entravées, in dans certains vieillards, et le. corps se détraque. Par-dessus tout cela, il y a l expés rience, l'expérience de toute une vie, et en face des choses de ce monde, qu'on a déjà éprouvées à ses dépens, on n’est plus 8 guère tenté de se laisser prendre aux appa- : rences, ni entrainer par les séductions. Ce que le vieillard veut, en général, c’est du repos, du bien-être, c’est surtout de ne pas souffrir, Oh! si son âme rajeunie par le É sentiment religieux et vivifiée par la foi chrétienne aspire à quelque de de supérieur, alors sa vie se tourne ä + : avec amour de la terre vers le ciel, tout son être est 4 | renouvelé, et une vertu divine l’ enlève sur les ailes de : FD crane et de la charité au-dessus des misères du présent, des regrets du passé, et vers les merveilles de l'avenir. Telle est la véritable vicillesse, la vieillesse noble, bide. la vieillesse grave, vénérable, la vieillesse chrétienne en un moi; sinon la» vieillesse , cire à respectable parce qu ele est fible, parce qu’elle di à
- unen ruine, inspire “pas de pitié que de respect. En gla- çant le sang de l’homme et en détruisant ses forces avec.
ses organes , elle rend l'esprit et la volonté toujours
plus inertes, et elle ramène misérablement celui qui va
mourir à l’état de l’enfance sans raison, de l'animal
sans intelligence.
Puis vient une autre cause dont l’action se mêle aux précédentes, cest l'appétit concupiscible, et par con-
* séquent l’appétit irascible qui en est la suite. L’ appétit
concupiscible, appelitus concupiscibilis, comme dit d’école, est la racine de la passion, la tendance à se satisfaire, toutes les fois qu’on désire quelque chose. Or le désir, la passion dépendent singulièrement de Porgamsation et du tempérament, du sexe et de l'âge. Mi indépendamment de ce mélange, il y a naturellement en chaque homme une certaine ardeur, un élan, une impétuosité dans le désir; il y a des hommes nalurelle-
ment passionnés et d’autres qui ne le sont pas. Il y en a qui sont très-calmes par tempérament, etils n'en sont
pas plus malheureux. L’appétit concupiscible agit vivement sur la production de l'acte volontaire ; car la volonté ne se met guère en train que pour obtenir ce qui lui parait agréable, ce qui donne une jouissance, ce qui satisfait les passions. Plus les passions sont ardentes, plus l’appétit concupiscible est violent; plus aussi la volonté est poussée, entraînée, plus elle s'empressera, se précipitera vers son objet.
Mais quand nous désirons une chose, et que nous la
désirons vivement, si nous rencontrons de l’opposition,
alors naît en nous la colère, ou la haine de ce qui nous gène : € est l'appétit irascible. Il est en raison du premier, et la colère est toujours proportionnelle au désir
contrarié. De là encore une influence puissante sur la
132 | | CHAPITRE Lee SR
volonté, poussée violemment à agir par la ot et les FA
passions qui en sortent.
Le besoin stimule aussi puissamment la volonté ; d'a a
bord les besoins de la nature qui nous forcent à agir pour les satisfaire, et cela par un appétit irrésistible et sous peine de te l'existence. Puis, outre ces besoins naturels que tous éprouvent, il y a des besoins sociaux, des besoins de position, et c’est encore un aiguillon très-vif pour la volonté. Ainsi, un étudiant, qui n’a: point de fortune et qui veut arriver, est obligé de travailler beaucoup. Qu’est-ce qui le pousse le plus: ? le besoin d’une position. Il n’est pas riche, il n’a rien ou peu de chose à attendre de sa famille, done il lui faut
par lui-même pourvoir à son avenir, et il sait très-bien
que sa fortune dépend de ses efforts. Il travaillera doncet il arrivera. En général, ceux-là deviennent les hommes les plus distingués de la société qui ont eu le plus besoin de travailler. Nous sommes naturellement si paresseux, le corps a une telle prédominance sur l'âme et surtout sur la pensée dont l'exercice est toujours pénible, que si nous ne sommes pas forcés de nous évertuer, nous ne faisons rien. C’est pourquoi les riches font peu de chose. Ils n’ont pas besoin de travailler pour vivre, les malheu-
reux! De là, en partie, le sens de la parole évangé-
lique : beati pauperes. Les pauvres sont plus heureux, parce qu'ils ont plus de chances de developper leur intelligence, d’avoir de l'esprit et de la science, justement parce qu’ils ont’ besoin d’en acquérir et qu'ils
travailleront à cette fin. Au fond, ils ne valent pas mieux .
que les autres, et à la place des heureux du monde, ils ne feraient sans doute pas mieux qu'eux. Si dés l’en-
“fance on est accoutumé à être servi, à trouver devant
soi en abondance le nécessaire et même l’agréable, tout
À FE; RRQ
. PRINCIPES MÉDIATS DE L’ACTE VOLONTAIRE. 133 ce. qui peut satisfaire les appétits et réjouir la sensua- Uté, pourquoi se donner la peine de travailler? Ne . peut-on point se dire avec une apparence de raison : A quoi cela me servira-t-il, puisque jai vingt ou trente mille livres de rente? Dites à un jeune ho riche de passer des jours et des nuits à préparer un examen,
pour prendre des grades ou subir un concours, et ainsi se faire une position honorable dans le monde, il vous répondra qu’il a une position toute faite, car il est riche.
Ainsi le besoin d'arriver, de parvenir, rend le vouloir énergique et persévérant malgré toutes les oppositions de la chair ou du corps, malgré la paresse naturelle, malgré tous les ennuis et les fatigues de l'étude. Les labeurs de l'esprit sont très-pénibles ; l’acquisition dela science est longue et difficile. Sauf des cas très-rares, des cas privilégiés, la volonté ne les affronterait, ne les supporterait jamais sans le stimulant énergique du besoin. | |
Enfin 1l y a une faculté qui a une grande influence sur la volonté, influence quelquefois heureuse et tréssouvent funeste, c’est l’imagination. La plupart des hommes se laissent entraîner par l'imagination et le . sentiment qui s’exaltent l’un par l’autre. Sans doute ces . deux mobiles réunis portent quelquefois à de bonnes | actions et même à de trés-belles choses; mais la plupart
du temps ils font commettre des imprudences ou des
- sottises. La jeunesse, en général, et les femmes particu- . lièrement, se laissent dominer dans leur conduite par . l'imagination ou le sentiment : ce qui est toujours dangereux, si un peu de raison ne vient se mettre en tiers. L'imagination, disait un philosophe, est la folle du logis, et c’est un philosophe très-grave qui parlait
ainsi, Madbraiche, Cela n'est que trop vrai. Quand on ar Égitietion vive, les 1 impressions reçues se réfléchissent aussitôt dans ce miroir avec des couleurs éclatantes f .
et en images exagérées. Le tableau qui se peint alors
dans l'esprit excite le désir ou J’aversion, l’appétit con
eupiscible ou irascible. On se laisse ailer à agir sous cette fascination, on agit précipitamment, on agit imprudem-
ment, on fait ce qu’on appelle un coup de tête, et les -
coups de tête sont souvent des plongeons d’où l’on ne revient pas toujours. Îl y a des contrées et des populations où l'imagination domine presque toute la vie, à cause de l’excitabilité des sens, de l’ardeur des passions
toujours prêtes à s’enflammer. Aussitôt qu'on entend ou voit quelque chose, on ne se donne pas la peine d’exa- «
miner, de réfléchir, de délibérer ; non, la tête se monte,
l'imagination s’exalte, on se représente les choses sui- 4 vant la disposition du moment, selon la manière dont 4
on a été impressionné, on agit en conséquence, et on agit follement. De là de fausses démarches, des mouvements précipités, des actions violentes, dépourvues de raison et dont on a souvent lieu de se repentir.
En second lieu, outre ces causes secondaires de nos
actions que nous venons d'énumérer, et qui sont tirées
de notre intérieur, nous sommes encore poussés à agir par l'influence non raisonnée et presque instinctive de
ceux avec lesquels nous vivons. Ainsi l'exemple et l'imi- #
tation nous entraînent souvent, et cela sans jugement
préalable, indépendamment de la raison qui pèse les 4 motifs ét se décide après délibération. Il suffit quelque- #
fois de voir faire une chose pour être tenté de la faire,
et dans les masses, dans les multitudes, la plupart agiss & sent d’une certaine manière, uniquement parce que # ceux qui les entourent agissent ainsi. Si vous leur des #
Le mandez. pourquoi üls fat telle ice ils vous répon 4 .dront naivement : c'est que tout le monde la fait. C’est une affaire presque machinale et comme le mouvement d’une impulsion donnée.
Ce penchant à l’imitation est très-naturel dans les enfants et en général parmi les hommes réunis, dans les mulütudes. Ceux qui les composent sont comme les moutons qui sautent tous le fossé quand un seul a passé; mais si le premier s'arrête, aucun ne veut sauter. Les moutons ne sont pas des êtres raisonnables et je comprends leur entraînement, mais des hommes doués d'intelligence et de liberté, et qui se laissent mener en aveugles ! Hélas! la plupart ne sont pas plus raisOnNables que des moutons, et heureux encore si. dans ces circonstances 1ls en conservaient le caractère. Mais sou- - vent ils deviennent bêtes féroces; il suffit de l'exemple du crime pour faire abonder le crime, Ainsi quand les pharisiens cherchaient à perdre Jésus-Christ, malgré l’attachement que la foule lui montrait, malgré les ve mations de louange et d'honneur que le peuple avait fait retentir à son entrée à Jérusalem, et l’espèce de triomphe qu'il lui avait décerné, les pharisiens qui le détes- * taient, parce qu'il démasquait leur hypocrisie et renversait leur empire, parce que sa veriu et sa puissance excitaient en eux une ardente jalousie, n’ont eu qu'à crier au milieu de ce peuple consulté par Pilate : To/le, » tolle eum, et le peuple se mit aussitôt à crier de tous: côtés : Crucifigatur. Ce qui arriva alors arrive encore de nos jours. L’imitation et la contagion de l'exemple, - qui font des héros sur le champ de ae ont fait sou- dainement aussi des scélérats et des monsires de cruauté - au milieu des orgies sanglantes des émeutes et des révo- Jutions.
Le respect humain agit encore singulièrement sur la volonté. Cependant il a quelque chose de plus réfléchi. Il y a dans le respect humain la crainte de l'opinion, la peur d’être blâmé, d’être moqué, ou bien on recherche des louanges, on quête une approbation, et dans l'un et l’autre cas en dépit de sa conscience. Car, si on était du même avis que ceux dont on redoute ou brigue l'opinion, il n’y aurait point de respect humain, on suivrait sa propre pensée, on aurait le courage de sa conviction. Mais celui qui est dominé par le respect humain n’a pas ce courage. Ce qu'il ne fait pas, il voudrait pouvoir le faire, mais il n’osepoint par la peur d’être montré au doigt. ILest donc dominé par le jugement des autres, il est esclave de l’opinion. D’autres fois on fait ce qui répugne le plus à sa nature ou à sa conscience. De soimême on ne commettrait pas telle action, on la commet pour plaire aux autres, pour attirer leurs éloges, pour se faire peut-être une espèce de réputation de mauvais sujet; car on recherche aussi ces réputations-là, au moins à un certain âge. En somme, c’est une faiblesse, une lâcheté, et dans ces circonstances la volonté, en . manquant à son devoir, en disant ou faisant ce qui est contraire à sa conscience, se dégrade elle-même et sacrifie sa dignité à la vaine opinion des hommes.
Mais la volonté est surtout influencée par les affections bienveillantes ou malveillantes. Les premières, comme le mot l'indique, désirent le bien de ceux qui en sont l’objet. Plus elles sont vives, plus on est porté à vouloir du bien à ceux qu'on aime; et enfin quand elles vont jusqu’à la passion, elles ne voient plus, elles ne laissent plus voir dans les personnes aimées que leur beau côté, elles rendent aveugles pour les défauts et même pour les vices, si encore elles ne les tournent.
PRINCIPES MÉDIATS DE L’ACTE VOLONTAIRE. À37
pas en qualités et en vertus. Alors on est disposé à tout
vouloir, à tout faire pour l’objet aimé, et uniquement parce qu'on l'aime. Aïnsi d’un côté il y a obscurcissement de l'esprit qui ne distingue plus le bien et le mal, et de l’autre la volonté.séduite devient tellement faible, qu’elle n’a plus le courage de rien refuser. C’est ce qui fait la misère et le danger des passions humaines ; car une fois que la volonté est devenue l’esclave d’une autre volonté par la passion qu’elle lui inspire, elle est sous Île joug, elle est traînée à la remorque. On a beau dire pour s’excuser et se rassurer : je n’irai que jusquela, on est trainé d’un pas à un autre, d’un désordre à un autre désordre, et puis au crime. On n’a plus le courage n1 la force de s’arrêter ; une fois que la volonté est prise dans l’engrenage de la passion, tout l’homme y passe, biens, corps et âme.
Quand, au contraire, c’est une affection malveillante qui domine, quand on hait auelqu’un, non-seulement on voit tout en noir dans cette personne, mais encore on est porté à lui vouloir du mal en toute occasion, à tout propos et même hors de propos, parce qu’on est indisposé contre elle. La passion dans ce cas rend injuste, comme tout à l'heure elle faisait tout voir en beau, et la prévention qu’elle inspire est telle, qu’on aperçoit du mal même dans le bien, et qu’on ressent une maligne joie de ce qui peut affliger ou abaisser ceux qu'on n’aime pas. Voilà ou nous mènent les affections naturelles quand elles se passionnent et que, livrées à ellesmêmes, elles ne sont ni contenues ni réglées par le sentiment chrétien qui élève la volonté au-dessus de ces influences si ardentes et parfois si dangereuses.
Enfin, il y a des cas où la volonté est comme subjuguée par le respect, par l'admiration, et cela peut ailer
a Eh Ta,
138 CHAPITRE Vi.
jusqu’à une sorte de fanatisme. Il se rencontre de ces :
hommes remarquables qui exercent un tel prestige, soit
par leur génie, soit par leur caractère, qu’ils fascinent pour ainsi dire ceux qui les entourent, au point que, même jusque dans la mort, leur volonté leur est encore soumise et abandonnée, oubliant tout, leur vie, leur âme même, devant celui qu’ils Orne car c’est vraiment une espèce d'idolâtrie. On connait l’ascendant de Napoléon sur ses soldats. Quand il visitait le champ
de bataille après une victoire, passant au milieu des
morts et des mourants, on voyait ces pauvres soldats blessés mortellement, et qui allaient rendre le dernier
soupir, se relever de tout ce qui leur restait de forces, et
crier encore une fois avec enthousiasme : Vive l’Empereur! puis ils retombaient expirant. Certes, je ne veux pas rabaisser un tel dévouement, le dévouement a toujours quelque chose de noble et qui transporte. Mais si je cite ce fait, ce n’est pas non plus pour le faire admirer, je l’avoue, c’est surtout pour prouver l’ascendant qu'une volonté puissante peut prendre sur d’autres volontés, et la confiance qu’elle leur inspire. Il est beau sans doute de voir des soldats, même au milieu des angoisses de la mort, rendre un tel hommage à leur général. Toutefois je dois confesser que dans ce terrible moment oùil s’agit de passer de ce monde dans un autre,
et cela d’une manière si violente, j'aurais mieux aimé dans ces braves gens, qui venaient de payer leur dette à F4 patrie en donnant tout leur sang pour elle, une autre M
pensée, une pensée plus haute que celle de la gloire .
humaine dont ils étaient les victimes, une pensée qui les rapprochàât de Dieu plus que de l'homme au moment de paraître devant Dieu. J'aurais mieux aimé que ce reste d’une voix qui tombait, d’une vie qui s’éteignait,
PCT
Dr
PRINCIPES MÉDIATS DE L’ AGTE VOLONTAIRE,
| cfa employé à à exhaler vers le ciel un cri de miséricorde,
une dernière prière offrant le sacrifice de leur vie, plutôt qu'une exclamation de triomphe qui ne pouvait avoir d’écho que sur la terre.
J’aborde maintenant les influences du monde invisi-
ble, influences mystérieuses auxqueiles nous sommes
continuellement exposés et qui agissent PO sur notre volonté pour la mouvoir et la déterminer.
là sortent des inspirations bonnes ou mauvaises que nous ne pouvons rapporter à nos semblables, aux hommes avec lesquels nous vivons, mais qui nous arrivent par d’autres êtres imperceptibles à nos sens et avec lesquels cependant nous sommes en rapport. El faudrait, pour traiter ce sujet à fond, du temps et beaucoup de développements. Je ferai seulement remarquer en passant
plusieurs faits historiques et psychologiques qui prouvent que l’homme est en commerce avec des agents Invi-
sibles qui influent sur les déterminations de sa volonté, Premier fait. C'est une croyance générale chez les
- anciens et les modernes, chez les païens et les chre-
tiens et dans toutes les religions, qu'il y a au-dessus de
. l'homme et au-dessous de Dieu des esprits qui ressem-
blent à l’homme par leur intelligence, et qui en diffe-
- rent, parce qu'ils n’ont point de corps ni d’enveloppe
matérielle, Ces êtres spirituels ont reçu différents noms.
- Les anciens les appelaient des génies, dayoves, les chré-
tiens les ont appelés des anges. Quel que soit le nom qu'on leur donne, l’histoire done comme l’histoire
sacrée atteste la croyance commune à leur existence,
La philosophie elle-même la reconnait, au moins la philosophie de Socrate et de Platon. Fi philosophie mo-
è derne ne sait trop qu’en faire, Comme elle est fort rationnelle et qu'elle ne veut pas voir plus loin que sa
die o Re
raison, elle ne sait comment expliquer ces existences, et alors prudemment, ne sachant qu’en dire, elle n’en dit rien. [l n’en était pas ainsi de Socrate. Qui n’a entendu parler de son génie ou démon familier? Socrate, que Platon met en scène dans ses dialogues, raconte à plusieurs reprises qu’il reçoit souvent des avertissements mystérieux qui l'arrêtent au moment d'agir et l’empêchent de faire ce qu'il voulait. Il reconnaissait après coup l'utilité de ces avertissements par un malheur qui lui serait arrivé, s’il avait agi comme il se le proposait d’abord. Ainsi un jour il voulait passer par une rue etil entend la voix qui lui dit : Ne passe point par cet endroit. Il s’en abstint, et il apprit plus tard qu'il y était arrivé un accident dont il eût été la victime. Platon rapporte aussi que Socrate restait quelquefois des journées entières dans une immobilité complète. Il n’avait pas l'air de dormir, il était comme absorbé en lui-même, profondément recueilli et semblait en communication avec un autre monde. En outre, Platon parle sans cesse de génies, de démons, d’esprits qui vont et viennent
entre le ciel et la terre, messagers des dieux, apportant
aux hommes les ordres divins, leur annonçant les volontés d’en haut, et ainsi les inspirant de toutes sortes de manières. Gette doctrine a été poussée à l'excès dans le néo-platonisme, et les philosophes alexandrins ont fini par tout expliquer par la démonologie et la magie. En voulant restaurer et raffermir le paganisme, ils l'ont ramené à sa vraie source, à ce qui lui a donné quelque fondement et un simulacre de vérité, à savoir, la croyance aux esprits, aux génies, à tous ces êtres spirituels, intermédiaires entre Dieu et l’homme, et dont l'imagination humaine à fait des divinités ; ce qui a produit le polythéisme.
PRINCIPES MÉDIATS DE L'ACTE VOICXTAIRE. 14
La religion chrétienne admet aussi des esprits, les anges avec leur hiérarchie. C’est un point fondamental de sa doctrine qu’il y a des bons et des mauvais anges, des esprits de lumière et des esprits de ténèbres qui exercent un certain ministère pour la cause du bien ou pour celle du mal. Ce premier fait est donc incontestable.
Un second fait, c’est qu’on a toujours cru que ces esprits ont une action sur l’homme pour le porter au bien ou l’entraîner au mal, et qu'ainsi, comme l’indique le mot ange, ils sont les ministres, les hérauts du bien ou du mal. La philosophie elle-même, quand elle considère les choses impartialement, ne peut pas le nier, parce qu'enfin, s’il existe des esprits supérieurs à nous, des êtres spirituels plus intelligents, qui soient en rapport avec Dieu, pourquoi ne seraient-ils pas aussi en
rapport avec nous, puisque notre intelligence est sem-
blable à la leur? En théorie, on ne peut pas soutenir que
. cela soit impossible, car il n’y a aucune répugnance
dans les termes, et par conséquent point d’absurdité. Il se peut donc que ces esprits agissent sur les nôtres, et que les nôtres réagissent jusqu’à un certain point vers eux. Comment, par quels moyens s'opère cette communication ? là est la difficulté, et il y a toujours beau-
- coup d’obscurité dans les explications. Sans prétendre rien éclaircir à cet égard, nous constaterons seulement . que les hommes ont cru dans tous les temps à ce com- . merce mystérieux, et que l’histoire sacrée et profane, - la poésie, la littérature et les arts de tous les siècles sont remplis de faits remarquables qui le supposent.
Tantôt ce sont des apparitions sous forme humaine,
+ tantôt des visions qui se passent dans l’entendement ou
-en images sensibles au dehors, ou bien des songes pen-
dant le sommeil. Il y a encore des voix intérieures, ‘quelquefois des voix extérieures, et il y a tant de témoins de ces choses parmi les pains et parmi les chrétiens, et surtout parmi les saints, qu’en vérité, avec quelque pudeur, on ne peut pas soutenir que ceux qui affirment des faits qu’ils ont vus ou entendus soient des … imbéciles ou des imposteurs. L'Ancien Testament présente une multitude de faits de ce genre, et l'Évangile en est rempli. Ce sont des # anges qui annoncent aux bergers la naissance du Christ, M et les mages venus de l'Orient, qui ont vu son étoile pa- ” raître au ciel, ont reçu un avertissement mystérieux qui | les pousse vers le roi des Juifs qui vient de naitre. H ya 4 dans les Actes des apôtres la vision de saint Pierre à Joppé, où il lui est dit qu’il peut recevoir dans l'Église W les incirconcis, parce qu’il n’y a plus rien d’impur depuis que tout a été purifié par le sang de Jésus-Christ. [lya le vision d’Ananie à Damas, qui lui annonce la conver- » sion éclatante de saint Paul, et que ce persécuteur ae Jésus-Christ en deviendra l’apôtre le plus fervent. Je w n’en finirais pas si je voulais citer tous les endroits de” l’histoire sainte qui prouvent ces communications supérieures par lesquelles Dieu fait connaître aux hommes ses volontés, et leur donne avec ses ordres la lumière et ? la force nécessaire pour les accomplir. | Mais nous en avons dans l’histoire moderne un exemple bien frappant et qu’on ne peut nier, à moins d’être... ah! je n'ose pas le dire, je n'ose pas nommer « en ce moment, par pudeur pour lui et pour nous, l’homme de génie dont le cœur a été assez dépravé M pour tenter de déshonorer Jeanne d'Arc! Eh bien!" Jeanne d'Arc, qu'est-ce que vous en faites, philosophes & rationalistes ou naturalistes, incroyants de tous les degrés 4
TER LÉ SES à
ee PRINCIPES MÉDIATS DE L'ACTE VOLONTAIRE - 143
et de toutes les nuances, qu'est-ce que vous ferez de cette femme? une istonnéren Dieu veuille que nous en ayons beaucoup de cette espèce. Une folle? Elle n’a jamais donné le moindre signe de démence, elle. était simple, droite, pure, pleine de courage et d'humilité, dévouée, toujours prête au sacrifice et ne déviant jamais de la ligne qui lui avait été tracée dès le commence- - ment. Par qui? par une voix qui venait du ciel. Il lui a été dit qu’elle devait délivrer la France des Anglais, et conduire le roi à Reims pour y être sacré. Qu'elle hésite dans la voie merveilleuse qui lui est ouverte, aussitôt elle souffre, elle est troublée, et elle ne retrouve la paix du cœur et son courage que quand elle suit fidélement l'inspiration d'en haut qui la mêéne! Je le demande, qu'est-ce qui peut transformer ainsi une jeune paysanne ignorante én une personne plus intelligente des besoins de la France qu'aucun esprit de son temps? Qui a pu lui … enseigner ce qu'il y avait à faire pour sauver une monar- … chie qui s'écroulait ? D'où lui est venue cette énergis … qui à rendu capable de commander des armées celle qui n'avait conduit jusque-là que des brebis? Qui lui a … inspiré l'intelligence nécessaire pour présider aux con- . seils des princes de la terre, et faire prévaloir ce qui lui . avait été dit mystérieusement, malgré les opinions dés … généraux et des politiques. Qu'est-ce qui l’a fait résister … à toutes les fatigues, à tous les ennuis, et affronter tous . les obstacles pour accomplir sa mission ? Enfin qu’est-cé que sa mission qui a sauvé la France d’une façon si mer- … veilleuse? Peut-on la nier, cette mission, quand on voit … de si grandes choses accomplies en si peu de temps par > une pauvre fille, par une bergère, la plus faible des . créatures si elle avait été réduite à elle-même, et qui en . est devenue une des plus puissantes par l'inspiration
jai | na CHAPITRE NI.
qu'elle a recue, et la volonté divine ain elle a été ë: % l'instrument! [ei encore, comme pour annoncer son Évangile et changer la face de ja terre, Dieu a choisi ce … qu'il y avait de plus faible pour confondre la force du
monde.
Du reste, les faits de ce genre sont affirmés de la ma-
niere la plus positive par la doctrine si gracieuse et si.
consolante des bons anges qu’enseigne l'Église catho-
lique. Non-seulement e elle reconnait l'existence des anges et de leur hiérarchie, messagers célestes, ministres spirituels de Dieu, qui entire sa lumière, manifestent ses volontés et communiquent sa grâce, mais en-. core elle déclare que chaque homme est sous la protec- .
tion d’un ange, d’un esprit du bien qui le surveille, le dirige, lui suggère de bonnes pensées, et que c'est par l’influence salutaire de cet ange, éclairant sa raison naturelle, que se développe la conscience morale de chaque homme. Malheur à ceux qui scandalisent les petits enfants, a dit Jésus-Christ, car leurs anges voient
la face de mon père qui est dans le ciel! Le principal
soin des anges gardiens est d’écarter ou de combattre les influences malignes des esprits ténébreux qui cherchent à entraîner au mal la volonté de l’homme, soit en obscurcissant son entendement pour qu’il ne reconnaisse plus le bien et la justice, soit en excitant sa con-
cupiscence et ses passions pour le pousser à violer la
loi divine et le tourner contre Dieu.
Enfin, pour terminer, je citerai un troisième fait qui.
est purement psychologique, et qu’ainsi chacun peut vérifier en soï, ce sont les bonnes et les mauvaises inspirations que nous recevons la plupart du temps
au moment où nous y pensons le moins. Notre volonté est souvent poussée à agir avant toute réflexion de *
Lu