‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 22 sur 69 · UE. OP · texte numérisé non relu

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notre part, sans délibération préalable, et indépen- . damment de l'exemple des autres ou de l'influence que … leur parole peut exercer sur nous. Il y a des jours, des . instants où il se passe en nous quelque chose de singu- … lier. Quand nous sommes irrésolus, il nous vient soudai- hement une lumière qui nous décide, et cette lumiere - ne nous apparaissait pas auparavant; ou bien, si nous - sommes tombés dans l'indifférence ou dans le découragement, nous ressentons tout à coup une commotion qui nous ranime, une force nouvelle qui nous porte à agir, et dont nous étions destitués tout à l’heure. D'où viennent cette lumière , cette commotion, cette force ? |

Puis il y à encore le fait si remarquable de la tentation. Nous sommes tous tentés, c’est-à-dire sollicités, poussés par une puissance invisible à faire le mal.

” Quelle est cette puissance? qu'est-ce qui nous tente? La

tentation ne suppose-t-elle- pas un tentateur? 11 y a là . une force qui s'applique à notre volonté pour la mettre - en mouvement vers le mal, une force de séduction qui - cherche à arracher notre consentement, parce qu’elle ne peut rien sans lui. Sans doute l’organisation y con- | tribue, l’objet extérieur par son attrait peut exciter les

sens, enflammer l'imagination, et, comme dit l’apôtre . saint Jacques, celui qui est tenté est charmé et entrainé par sa concupiscence. Mais qu'est-ce qui excite la concupiscence ? l’objet? oui, sans doute, mais n’y a-t-il rien derrière l’objet. Quand Eve, la mère du genre humain, considérait le fruit défendu, ce fruit si beau à voir, et - quiparaissait sibon à manger, excitait sans doute en elle … l'appétit concupiscible et sa convoitise ; mais n’apercevez-vous pas aussi au tronc de l’arbre le serpent tenta-

teur, ou la figure de l’ennemi de Dieu et de homme,

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du ie de ha révolte et du mensonge, ‘dus prince du mal, lequel, en même temps qu’elle contemplait le fruit

avec envie, versait dans son esprit avec des paroles per- fides le venin de la désobéissance et de la contradiction?

Par le charme du fruit assurément, maïs plus encore

par sa pernicieuse parole, l'esprit tentateur entre en: commerce avec elle, discute la loi qui lui a été imposée, soulève et tourne sa raison contre le commandement

divin, Or, aussitôt qu’on se met à raisonner avec la loi,

on est perdu; car on ne raisonne avec elle que pour avoir raison contre elle, et parce qu’on veut déjà l’en-

freindre, Dans la première tentation, source du pé-

ché et du malheur des hommes, et type de toutes les tentations subséquentes, on voit qu'avec l'objet qui tente, il y a aussi un tentateur ou l'esprit de la tentation.

Rappelons-nous encore certaines paroles de saint Paul, le grand apôtre, qui se vante noblement et hum= blement à la fois de n’avoir eu d’autre maître que Jésus- Christ. Saint Paul, exposant aux Corinthiens les révéla-

tions sublimes qu’il a reçues, dit : « Je connais un

homme, est-ce dans son corps ou hors de son corps, Je

ne le sais, qui a été ravi au troisième ciel, enlevé au

paradis, et là il a entendu des paroles secrètes qu’il n’est pas permis à l’homme de répéter. Mais après ce ravissement, et pour que je n’en fusse point exalté, j'ai senti

dans mon corps un aiguillon de la chair. » Croyez-vous

qu’il en reste là? s’il ne disait que cela, il constaterait w

un fait de physiologie où de psychologie, mais il va plus

loin, parce qu’il est apôtre, parce qu'il est théologien, « et éclairé par la lumière divine il ajoute : « J'ai senti 4

dans mon corps un ange de Satan qui me souffletait, » . Done, d’après la science de saint Paul, qui est une. science divine, il y à au fond de chaque tentation un *

DE L'AGTE VOLONTAIRE. 447

esprit À entateur, et 4. même que. toutes les tentations du monde proviennent de la tentation primitive dont Eve a été la victime, ainsi chaque tentation particuliere … cache aussi un esprit séducteur, qui est la vraie source du mal. C’est pourquoi saint Paul écrit aux Éphésiens :

« Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu pour pou:

voir vous défendre contre les embüches du démon; car

la lutte n'est pas seulement avec la chair et le sang,

> mais contre les principautés et les puissances, contre les

princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits de

la méchanceté répandus dans les airs. » Et saint Pierre

- s’écrie dans sa première épitre : « Mes frères, soyez

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sobres et sur vos gardes, car le démon votre ennemi

tourne autour de vous comme un lion rugissant cherchant qui dévorer. » :

A l’exemple de ï tentation je joindrai le fait de l'inspiration qui lui est analogue, bien que les résultats en soient contraires. Si nous sommes souvent tentés, 1l nous arrive aussi parfois d'être bien inspirés, soit dans notre esprit, soit dans notre cœur. Il y a des circonstances où, après avoir longtemps délibéré sur un parti

à prendre, on ne sait plus que faire dans la perplexité de ses pensées, et tout d’un coup un rayon de lumière

arrive, sans qu’on sache d'où il vient, et si on a le bon<

-heur d'accepter cette illumination soudaine qui certai-

nement ne part point de nous, on voit nettement ce qu’il faut vouloir, et on agit avec assurance, avec efficacité. D'autre part, en cherchant une vérité ou la solution d’un problème quelconque, on s'épuise quelquefois en réflexions stériles ; puis tout à coup, au moment où l’on y pense le moins, au réveil ou même dans le sommeil, une lumière inespérée se fait dans l'esprit, et on

s’écrie avec Archimède : Evpexa, je l'ai trouvé! D'où

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vient cette iiniète Il faut bien qu’elle vienne 4 quelque part. Il n’y a pas de lumière sans un foye erqui

la rayonne.

L'expérience psychologique constate donc qu'il y a en nous des suggestions bonnes ou mauvaises, des ten- tations et des inspirations qui ne viennent pas de nos

semblables, qui ne viennent pas de nous-mêmes, et qui, par conséquent, doivent provenir d’une cause supérieure. Quelle est cette cause ? Nous l’avons indiquée et

la croyance générale l’atteste, c’est l'influence des bons

et des mauvais esprits.

Reste à examiner l'influence des influences, celle de

Dieu. Iei nous touchons à un sujet grave, que nous ne pouvons développer en ce moment dans toute son étendue, savoir l'explication de laction divine sur l'âme humaine. Il n’est déjà pas facile d'expliquer une action quelconque exercée sur l’âme, pas plus qu'il n'est aisé de rendre compte de la communication du mouvement dans l’ordre physique. Qu'est-ce que le mouvement? une impulsion donnée ; mais qui la donne, et qui la reçoit? Comment se transmet-elle, et comment sans s’épuiser peut-elle se communiquer à travers plusieurs corps qu’elle anime instantanément et pousse dans sa direction? Quelle est cette vertu, cette puissance, cette force, comme on voudra l'appeler, passant d'un corps dans un autre, et qui en remue toute la masse, en ébranle toutes 16 molécules? Est-il plus aisé d’ der comment une pensée se communique à un esprit, et de comprendre l'action d'une âme sur une âme ? Nous opérons ces choses continuellement, nous parlons, nous agissons pour mouvoir moralement nos semblables, et de fait nous parvenons souvent à les pousser, à les entrainer dans notre propre voie. Com-

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