‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 26 sur 69 · PRE ET EE OEM PC · texte numérisé non relu

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Du reste, pour nous édifier sur ce sujet et confirmer par l'autorité ce que nous venons d'établir par le raisonnement, voici quelques passages de plusieurs Pères de l'Église, qui sont aussi de profonds philosophes.

« Deus liber qui malum velle non potest, » dit saint Augustin, et plus loin : « an ideo inillo non libera vo- « luntas erat, ac non magis tanta erat, quia magis pec- « cato servire non poteral ? » (S. Aug., de præd. sanct. c. XV.)

« Ad rationem liberi arbitri non pertinet ut inde- « terminate se habeat ad bonum vel malum, et ideo ubi Cperfectissimum est liberum arbitrium, ibi in malum «tendere non potest, quia imperfectumesse non potest. »

- (S. Thom. Il, dist. XXV, quæst. L, art. 1.)

« Major libertas arbitrii in angelis qui peccare non « possunt, quam in nobis qui peccare possumus.» (Id., d: 124.0; )

« Posse peccare non est de natura liberi arbitrii sed « consequitur liberum arbitrium, secundum quod est in « natura creata. » (Id., de verit. q. XXIT, art. 3.)

« Quod liberum arbitrium diversa eligere possit, ser- « vato ordine finis, hæc pertinet ad perfectionem liber- « tatis ejus ; sed quod eligat peccare, hæc pertinet ad « defectum libertatis ejus. » (Ed. V, q. if.)

« Non pertinet ad definitionem hberi arbitrii posse « peccare; nec libertas, nec pars hbertatis est potentia « peccandi. » (S. Anselm., de hb. arb. c. L)

Ces passages sont clairs et décisifs. Je tenais à signaler cette erreur, parce qu’elle est très-commune, et qu’on l’emploie souvent comme excuse. Rappelonsnous donc que la liberté ne consiste point à faire le mal, et que le pouvoir de pécher, conséquence du libre arbitre, n’est ni l'essence, ni le caractère, ni une

partie de notre liberté. Au contraire, plus nous nous éléverons au-dessus du mal, plus notre volonté luttera

avec lui et le surmontera, plus aussi nous deviendrons

libres de la véritable liberté, de celle qui ressemble à la liberté même de Dieu, qui ne peut faire le mal.

Analyse de l'acte libre. — Objections contre la liberté et réponses, — Système janséniste. — Théories de la science moyenne et conditionnée. — De la contempération. — De la prémotion ou prédétermination physique.

Avant de passer aux objections contre la liberté, pour mettre le lecteur plus en mesure de les apprécier, il . nous semble à propos de résumer ce que nous en avons dit dans les deux derniers chapitres par une analyse succincte de l’acte fibre dans sa plénitude. Car . bien qu'il y ait déjà exercice de la liberté dans le vouloir intérieur, dans une résolution prise au dedans, l'acte - cependant n’est complet et n’a toute sa portée que si Yexécution s’y joint.

Dans tout acte volontaire il y a le sujet qui veut, et . l'objet ou la chose voulue. Nous ne voulons jamais sans motifs, puisque nous sommes des êtres raisonnables; … l'acte de liberté supposant la raison, il faut qu’à tous nos - actes libres 1l y ait des raisons ou des motifs. Mais nous - ne sommes pas seulement des êtres raisonnables, nous sommes aussi des êtres sensibles; en vertu de notre sensibilité nous pouvons être poussés à agir d’une cer- . taine manière, et notre volonté peut adhérer à cette impulsion ou s’y refuser. De là la distinction de ce qu'on appelle les mobiles et les motifs, deux choses qu'il ne

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faut pas confondre. Le mobile est, comme son nom l'in-

dique, une force d’impulsion. Ainsi dans l’ordre phy- …

sique, une boule qui pousse une autre boule et lui communique son mouvement est un mobile. Il est vrai que dans l’ordre moral ce sont des forces spirituelles qui agissent ; mais celles-ci ont aussi leur mode d’impulsion. Étant donné un être doué de sensibilité, si on lui fait éprouver du plaisir ou de la douleur, on amènera in- “failliblement par cette impression une réaction sympathique ou antipathique, un désir ou une aversion. Or, nous agissons le plus souvent en raison des impressions agréables ou désagréables, des désirs ou des répu-

gnances, soit que la force de ces mobiles soit telle qu’elle :

nous entraine à l’improviste, avant toute réflexion, et dans ce cas il n’y a pas de liberté ; soit que nous les pesions et les examinions dans notre esprit; et alors ils cessent d’être des mobiles, ils deviennent des raisons d'agir ou de ne pas agir, c’est-à-dire des motifs.

La liberté ne pouvant agir sans un mobile ou sans un

motif, le premier élément de l'acte libre est l’action du mobile ou du motif, Car nous n'avons jamais l'initiative de nos actes à proprement parler. Nous réagissons à mesure que nous sommes impressionnés, et c’est pourquoi il faut choisir avec discernement les milieux où l’on se place pour n’en recevoir que de bonnes impressions. Si nous n’en recevions aucune, nous n'agirions pas,

comme si les sens étaient occlus, la vue et l’ouie surtout, .

parce que l’esprit fermé à l'influence des choses exté-

rieures, et ne recevant point d’impressions, ne serait.

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