‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 31 sur 69 · RE · texte numérisé non relu

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- a À 24 214 CHAPITRE IX. à voir comment la liberté humaine s'accorde avee la pres- | cience divine au milieu de toute cette contempération.

Enfin le quatrième système, adopté par Bossuet et qui est celui des thomistes, accorde la prescience divine et la liberté humaine par ce qu'il appelle la prémotion ou la prédétermination physique, c’est-à-dire que tout en admettant que Dieu fait tout en nous, parce qu’il est tout-puissant, tout en admettant qu’il est l’auteur de notre être et de nos actes, puisqu'il à produit notre existence et notre activité, on affirme aussi que Dieu a voulu que nous fussions hbres et par conséquent, quoi qu'il arrive, nous le sommes parce qu'il l’a voulu, et que sa volonté est infaillible et toute-puissante.

Ainsi, dit-on, la prescience divine n’exelut pas la liberté parce que Dieu a voulu que nous fussions libres. Ce qui est très-vrai en soi, mais ne montre nullement l'accord de ces deux grandes choses, qu’on cherche à concilier.

Comment sortir de cette apparente contradiction, comment accorder entre eux deux attributs essentiels de Dieu et de l'homme, sans lesquels il n’y aurait ni Dieu ni homme. Nous dirons franchement que nous n’en savons rien. Nous ne voyons aucunement comment la prescience divine et la liberté humaine s'accordent entre elles. Nous commençons donc par confesser notre ignorance, Mais ce que nous savons, nous allons le dire.

D'abord nous savons par la conscience que nous sommes libres. Nous avons démontré l'existence de ” la liberté par l'expérience interne et par l’observa= « tion externe. La liberté est un fait, et jamais un raisonnement, quelque subtil qu’il soit, ne peut prévaloir" contre un fait. Ainsi, par exemple, tous les hommes croient à l’existence du monde extérieur et admettent

comme des réalités les phénomènes perçus par leurs

sens. Cependant on peut prouver que tout cela est une illusion , une fantasmagorie, et les sceptiques ne man-

quent pas d’arguments pour démontrer que rien n'existe

. de ce que nous voyons et qu’il n’y a tout au plus que . des idées. Je demande si des raisonnements pareils ont

- une force probante contre la vérité des faits, et si dans la pratique ils nous feront douter le moins du monde - de ce qui nous entoure. Il en est de même pour la li-

| berté. Elle est un fait, nous la sentons en nous, nous

er exerçons à tous les insiants: et ce fait subsiste, quels - que soient les raisonnements qu’on lui oppose. Un so-

phiste niait le mouvement, et pendant qu'il en dé-

montrait subtilement l'impossibilité, Diogène se mit à

. marcher devant le raisonneur. Il répondit par un fait ; - une fois le fait établi, qu'importent toutes les arguties? . Posons donc d’abord ceci: qu’un raisonnement, si pro- - bant qu'il paraisse, ne vaut jamais contre un fait.

Ensuite, un fait évident, comme l’existence du monde,

« l'existence du mouvement, ou, dans le cas qui nous oc-

- cupe, celui de la liberté dont nous avons la conscience, ne peut jamais être détruit par une idée obscure, par

» une idée incompréhensible.

Or, la prescience divine est une idée très-obscure ;

- je dis plus, c’est un mot qui n’a pas de sens ; car prescience veut dire savoir d'avance, Or, pour savoir d’a- . vance, il faut un passé, un présent et un futur, il faut

donc être dans le temps. Celui qui prévoit ce qui arri-

vera est dans le présent, il n’est pas encore arrivé au

moment où la prévision se réalisera. Donc dire que Dieu

prévoit, c'est le mettre dans le temps, c’est dire qu'il voit à la manière d’un homme, c’est confondre Pinfini

et le fini. On ne peut donc pas dire proprement que Dieu

prévoit. Il ne faut pas lui attribuer la prescrence, mais l'omniscience, car Dieu est présent partout dans l'espace et présent partout dans le temps. Il n’y a pour lui mi passé ni avenir, il n’y a qu’un présent perpétuel. Il sait tout, il connaît tout dans les causes mêmes des choses, et dans la coordination des causes et des effets, c’est-àdire dans ses idées, et ses idées sont éternelles. Maintenant comment expliquer le rapport entre l’omniscience de Dieu qui voit toutes choses dans ses idées éternelles et le déroulement des faits dans le monde et dans le temps? Il y a là un rapport entre deux choses incommensurables, entre le fini et l'infini, entre le temps et l'éternité. C’est une question mal posée, ou plutôt qui ne doit pas être posée, parce qu’elle ne peut être résolue, et notre raison est aux abois. C’est la quadrature du cercle, le mouvement perpétuel, la pierre philosophale, la panacée universelle, c’est l’insoluble,

Mais de ce que nous n’apercevons pas Île lien entre deux vérités certaines, il ne s'ensuit pas que nous devions nier l’une ou l’autre ni leur rapport. Toutes les deux sont évidentes, elles sont nécessaires chacune en soi ; nous ne pouvons donc affirmer qu'elles n'existent

pas, parce que leur liaison nous échappe. Ainsi la liberté .

est un fait évident dans la conscience humaine. C’est «

un fait aussi clair qu’un fait puisse l'être dans l'ordre psychologique. Il y a plus, ce n’est pas seulement un fait, c’est encore une idée, car il est impossible de concevoir l'humanité sans la liberté. Il n’y a pas d'homme sans liberté pas plus que sans intelligence. Donc la

liberté est une idée nécessairement comprise dans l’idée … de l'humanité, elle est essentielle, inhérente, identique à

la nature humaine, On ne peut la nier sans nier l’humanité ou sans la dégrader.

Said L' 28 47 Li RARE he ss CET Se y OST ar le

D'unautre côté, l’omniscience est une idée nécessaire

- à la nature divine, comme l’omniprésence. Impossible de concevoir Dieu sans la toute-présence et la toute-

science, et la toute-présence offre le même mystère

que la toute-science. Dieu est présent partout, remplit tout non pas seulement de son esprit, de sa pensée,

non pas seulement de ses dons, de sa vertu, de sa lumière, mais même de sa sHbsiarice, en sorte qu'il est bbstantiellement présent partout, et principalement - dans nos âmes et dans nos esprits. Et nous, et tous les

êtres qui nous entourent, nous avons aussi une substance, et cette substance est dans la substance de Dieu, “in ipso sumus, vivimus et movemur, dit l’apôtre. Com-

: prend-on cette coexistence, cette compénétration de

. substances , et cependant on ne saurait concevoir Dieu sans cette toute-présence substantielle. Comment done

. ces êtres qui se touchent sans cesse par tous les points -et si intimement impliqués les uns dans les autres ne

se confondent-ils pas? Comment avec la substance uni-

verselle qui remplit le monde, qui contient le monde, y a-t-il de la place pour les substances particulières? Pro- blèmes insolubles à Ja raison humaine:

ll faut bien le dire, puisqu'il en est ainsi, nous ne pouvons pas démontrer le rapport de la liberté humaine et de la prescience divine, et cependant nous. ne pou-

vons nier ni l’une ni l’autre. Mais parce que nous sommes incapables de saisir ce rapport, n’allons pas nier les idées nécessaires qu'il suppose, et disons seulement que nous n’apercevons point leur liaison. Ainsi,

comme dit Bossuet avec énergie, tenons ferme les deux

bouts de la chaîne, même quand nous n’en voyons pas

les chaînons intermédiaires. Les deux bouts sont la

liberté d'un côté, la prescience de l'autre. Gardons

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