‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 34 sur 69 · PAS · texte numérisé non relu

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l'être infini, tous ces êtres associés à la gloire et àla «

vie divine ne peuvent plus déchoir de cet état sublime. Pour eux la chute n'est plus possible; car, pour me

servir de l’expression consacrée en théologie, 1ls sont «

confirmés en Dieu. Celui qui a péché le premier, le

prince du mal, n’était pas en prossession de l’étenelle …

. vie. C'était une intelligence sublime, sans doute, une grande lumière, une volonté puissante par la vertu - même de sa nature et par les dons surnaturels dont il . avait été enrichi; mais il n'avait pas encore passé par

. l’épreuve, et c’est justement dans l'épreuve qu'il a suc-

. combé, dans cette épreuve décisive de la liberté qui

. doit choisir entre le bien suprême qui est Dieu et le bien

particulier qui est la créature.

On peut en dire autant de l’homme. Placé dans le eu de délices, dans le paradis, comme la Bible nous . l'enseigne, il ne participait point pour cela à la vie même . de Dieu. Il avait été créé dans un état de justice et de sainteté , il était rempli de dons célestes et de grâces abondantes; mais il n’était point introduit, et pour ainsi dire implanté dans l'existence même de Dieu et dans sa gloire; car il n'avait pas encore subi son épreuve, et . c'est le sort inévitable de tout être libre de passer par . l'épreuve afin qu’il s'attache au bien par un acte de pré- - férence qui lui soit propre, qui vienne de lui-même, - de son choix, de sa liberté.

__ Quand donc l’homme a consommé son épreuve icibas , quand il a aimé le bien par-dessus tout, et cherché la vérité avant tout, quand de toute la puissance de son

. esprit et de sa liberté, éclairé et fortifié par la grâce,

… il a donné son âme à Dieu, il entre alors dans la vie

divine, il en devient participant, et il n’en peut plus

… déchoir. L’âme, libre désormais de la tentation. affran-

chie de toutes les influences qui au moment de l’é-

preuve la sollicitaient au mal, s’élance tout entière

… vers le bien, vers Dieu, et c’est pour elle une heureuse

| nécessité.

Mais, dira-t-on, que devient alors la liberté? La liberté, elle reste au fond la même, mais elle est trans-

© CHAPITRE Le it PAS RESE

ne a tburbe Ce n’est plus la Hberté der one | placé ici-bas entre la vérité et l’erreur, entre le bien et le mal, puisqu'il a échappé au mal et au mensonge; sa | liberté est devenue une participation à la liberté de Dieu , il devient libre comme Dieu est libre. Dieu, quoi-t. qu’il aime nécessairement le bien, n'est-il pas Tibre be N’était-il pas libre de créer le monde ou de ne pas le créer ? Est-ce qu’il n’a pas créé l’homme, parce qu'il Pan voulu ? Est-ce qu’il ne Pa pas créé bon, à son image et à sa ressemblance? Est-ce Dieu qui a fait le mal, et cette liberté chancelante, qui est plutôt une défec= tuosité qu’une liberté véritable? Fr La vraie liberté consiste , comme nous lPavons vu, non pas dans la nécessité de choisir entre le bien et." le mal, ce qui supposerait le mal nécessaire, mais à M choisir entre plusieurs choses bonnes ou mauvaises, à vouloir ou à ne pas vouloir, à faire ou à ne pas faire, … puis à choisir entre les différents moyens de faire ce qui M a été voulu ; elle consiste à se déterminer, à se décider par soi-même, proprio motu. Il n’est donc pas ÉUS qu'il y ait du mal pour qu il y ait liberté; bien plus, ‘il n’est même pas nécessaire pour qu’elle existe qu ka y ait possibilité de choisir entre plusieurs biens. II suffit & que la volonté se porte par son propre mouvement et. avec conscience vers le bien reconnu. Ainsi, dans. l'état du juste après cette vie, l'âme en face de Dieu l'aime de toutes les forces de sa nature, elle est en con-” templation et en admiration devant sa gloire et sa ma=* jesté, elle ne pourrait pas s’en détacher; la liberté” s'identifie en elle avec une heureuse nécessité. Mais de” plus elle a encore, comme Dieu lui-même, le choix des” moyens pour faire ce qui est bien, pour désirer et cher-. cher ce qui peut augmenter sa félicité. DE

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. Sans monter si haut, nous avons dans l’état actuel des nécessités de nature, de nature physique et de nature … morale. Ainsi, peut-on ne pas aimer la vie? Même quand . elle devient dure et douloureuse, on l’aime encore. Le . bücheron appelait la mort, parce qu’il était accablé de la - chaleur du jour, du poids de son fardeau et des misères . de son existence. Elle se présente, et il la prie simplement de l'aider à reprendre sa charge. Ainsi de nous tous. Nous aimons la vie nécessairement, car la vie est - un bien; nous aimons notre existence, notre bien, notre bien- ro nous avons horreur du non-être, de l’anéantissement , du néant, mot sans idée, et qui cependant - nous terrifie comme la somme de toutes les négations. ï Ensuite, peut-on ne pas s’aimer soi-même ? Ce se serait . un grand malheur que de ne pas s'aimer du tout, et ce - malheur n’est guère à craindre ici-bas. Mais ne a ‘ Dos l'excès pour la chose. Il est bon que la créature LS’aime, parce que cet amour la porte au soin de son existence, et lui fait exécuter instinctivement une foule d’ actes nécessaires à sa conservation. De là tous nos . instincts naturels , les instincts supérieurs et inférieurs. « Qui ne préfère la vérité au mensonge, la justice à lin- . justice, le bien au mal, lorsqu'il est désintéressé et sans * passion? Pourquoi ? Cest que nous sommes faits pour la vérité, la justice et Le bien. Il y a en nous un instinct qui les réclame, c’est l'instinct noble, généreux, qui fait - V'élan de la jeunesse non encore désabusée par les ex- … périences fâcheuses de la vie et de la socièté. C'est ce … qui fait la candeur de l'enfant, qui croit tout ce qu'on “lui dit, quand il n’a pas été trompé. Voilà des choses . nécessitées par les instincts naturels qui nous poussent à agir.

Dans ces cas y a-t-il liberté? Non sans doute, car il

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y a nécessité d'agir; nous agissons instinctivement, sans w

ment. Voilà pourquoi nous avons distingué l'acte volon-

taire de l'acte libre. Tous les actes instinctifs sont volon- M taires, parce que nous voulons l'être et le bien-être, et M que nous les aimons nécessairement. Mais ils ne sont M

pas des actes libres, parce que, n’ayant point à choisir, nous n’agissons pas avec réflexion, mais par l'impulsion de la nature. Mais si la raison se substitue à l'instinct,

aussitôt (ous ces actes deviennentlibres; car cessant d'a- # gir par l'entrainement aveugle, irréfléchi de la nature, 4 nous nous déterminons par nous-mêmes, avec délibéra- w tion, avec conscience, et dès lors avec liberté. Ainsi, «

dans les anges et dans les saints l'intelligence ayant absorbé et remplacé les instincts, qui n’en sont qu’un sup-

plément temporaire, tous leurs actes sont libres, parce « que tous procèdent d’une volonté éclairée, qui n'agit pas M

à l’aveugle, mais dans la plénitude de la lunuère.

Il y a encore des nécessités d’un autre genre. Par 4 exemple, quand un effet sort de sa cause, c’est une nécessité physique; quand, une conséquence dérive de son M principe, c’est une nécessité logique. Ainsi dans l’ordre M de la nature et de la pensée il y a de la nécessite, Vous ;

n'êtes pas maître de faire que deux et deux donnent plus ou moinsque quatre. Vous ne pouvez pasdavantage changer la rigueur de la logique. 11 y a là un fatum, auquel on

n'échappe que par l'inconséquence, c’est-à-dire par l’ab- « surde. Mais si vous pensez juste, si vous déduisez rigoureusement le principe posé, vous êtes chligé d'accepter

délibération , sans le concours de la raison. Quand nous s nous aimons nous-mêmes, quand nous cherchons notre bien-être et ce qui y contribue, nous suivons un instinct M naturel, et nous ne sommes point hibres de faire autre- 4

les conséquences, et vous ne pouvez vous y refuser sans

déraisonner. Mais la pratique ne comporte jamais la . rigueur de la spéculation, et il y a toujours un mécompte, quand on passe de la théorie à l'application. Car celle-ci est dominée par les circonstances, les conditions, les influences, par le plus ou le moins des éventualités et des faits, en sorte que, si l’on y veut appliquer strictement la logique, surtout en politique, on ne fait que des sottises ou même des horreurs. Ayant posé des principes vrais en soi, si on les pousse à l’extrème dans la vie publique, on ne recule devant aucune conséquence, pas même devant le crime, pas même devant le sang, uniquement préoccupé de la rigueur des conséquences, et ne regardant point si elles sont applicables aux réalités du moment. Dans ces cas, comme en plusieurs autres, on se sauve par l’inconséquence. De même dans les sciences exactes et Leurs applications 1l est impossible de faire coïncider de tous points la théorie et les faits. La réalisation est toujours plus ou moins imparfaite, défectucuse.

Dans l’ordre de la nature et dans l’accomplissement de ses lois il y a une certaine nécessité relalive et conditionnelle. Aïnsi on sait par la physiologie que tel organe est nécessaire à l'entretien de la vie, et qu’il agit et fonctionne d’après certaines lois. Si donc il vient à être lésé d’une manière grave, soit par une blessure, soit par une altération de tissu, la vie, se trouvant empêchée dans l’un de ses principaux instruments, ne peut plus s'exercer, elle est compromise par le défaut ou la destruction d’un organe. Dans ce Cas, tous les médecins du monde, après avoir reconnu et constaté l'état morbide, affirmeront que le malade ne peut vivre; il doit mourir, parce que Îles conditions organiques de la vie n'y sont plus. C’est une question de temps. La

ainsi condamné n’est pas mort. Il est vrai que les méde-

RS CHAPITRE La .

mort est done nécessitée , et cette éco dérie du défaut des conditions vitales et de Ia perturbation des

Jois qui président au fonctionnement de l'organisme. Cependant il est arrivé plus d’une fois que l’homme

cins ne sont ni des prophètes, ni des oracles ; mais, dans ces cas, ce n’est pas leur science qui a été en défaut; ils avaient bien jugé, car suivant les lois ordinaires et d’a-

près les règles de l’art la mort était nécessitée. Qu'est-il donc arrivé? Une puissance supérieure aux lois de la

nature, par un acte immédiat, transcendant, en passant par-dessus les intermédiaires, a rétabli directement les organes, les a refaits, et alors l'existence réparée a con-

tinué. Cette opération s'appelle un miracle. Qu'y at- . il donc de si extraordinaire dans un miracle, que tant A de gens refusent d'y croire ou s’en moquent ? Pour moi, j'avoue en être peu étonné, car qui a fait ces organes, 4 n'est-ce pas le Créateur ? S'il les à faits, ne peut-il pas ©

les refaire ? Il me paraît plus difficile de faire derien, A et par la seule vertu de sa parole, un organisme aussi

merveilleux, que de le restaurer par une guérison sou=. “4

daine, ou de rappeler dans ce corps la vie quis’enéchap-

pait. Celui qui est la source de la vie la donne ou la

retire quand il lui plait; il crée et recrée quand il

veut, et s’il importe à sa gloire, à sa miséricorde, où 4

“au salut des âmes, que.sa puissance se manifeste di M

rectement, d’une manière surnaturelle, et par- -dessus les lois de la nature, qui l'en empéêchera? C'est cequ'on LM peut appeler les coups d' État du Tout-Puissant, etil. en faut quélquefois pour sauver ce qui n’est plus sau- » vable par les moyens naturels et humains. |

Nous faisons cette remarque en passant pour ras-. surer ceux qui s’effarouchent des miracles, et qui

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n’ont point réfléchi sérieusement à ce qui les constitue. Les miracles , guérisons subites, ou autres faits de ce genre, ne détruisent ulbeut les lois de la … nature. Mais dans un cas donné l’action divine s’en passe, agiss nt par-dessus ces lois et sans intermédiaires. C’est ce qui arrive souvent, bien plus souvent qu'on ne croit; carily a beaucoup de miracles cachés, surtout pour guérir les âmes, ct ceux-là, à mon sens, sont encore plus admirables que ceux qui rétablissent le corps. Faire quelque chose de rien est le premier et … le plus grand de tous les miracles; car restaurer ce “ qui existe déjà est moins que créer ce qui n’est pas. Si donc on admet la création, et il faut bien l’ad- - mettre, autrement on ne saurait expliquer l'origine - des choses, pourquoi ne pas admettre aussi la régéné- … ration, la réorganisation, la recréation, ou, si l'on veut, la restauration de l'existence, quand il plaît à Dieu de l'opérer lui-même, quand, cédant à une foi * vive, à une prière ardente, ou par toute autre raison - que lui seul connaît , il daigne se manifester dans des … êtres privilégiés, en y versant des grâces surnaturelles … et la surabondance de la vie. | “ Ceci étant posé, il suit que la volonté de l’homme se = trouvant dans un de ces cas de nécessité dont je viens … de parler n’est pas libre, puisque alors son action n’est … point le résultat de son choix, mais d’un entrainement “ nécessaire. Cette nécessité a été affirmée comme universelle et constante par un certain nombre d'opinions … philosophiques ou de préjugés populaires. De là la - croyance au fatum, ou le fatalisme des anciens, qui # . pensaient que tout était déterminé d’une manière rigou- reuse dans le monde, que l'univers était sous le poids de la nécessité qu’ils appelaient la Mémésis, ou autre

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ment, et qu'en définitive au-dessus de tous les io

Fours et même des dieux supérieurs se trouvait le Destin, qui décidait inexorablement de toutes choses; qu’ainsi la liberté humaine se débattait en vain pour

échapper aux arrêts et à l’empire du Destin, car elle

devait toujours finir, malgré son courage, son intelligence, sa persévérance, par en être accablée. C'était une grande erreur, où se trouvait cependant un reflet de la vérité. Le monde ancien, en effet, était sous le coup d'une sorte de fatalité, conséquence nécessaire du péché d'origine, qui avait mis l'humanité sous le joug de l'ennemi de Dieu. Il pressentait qu’il ne pouvait sortir de cette servitude par ses propres forces, et qu'ainsi, quoi que l’homme fit, réduit à lui-même avec sa raison obscurcie et sa volonté affaiblie dans sa lutte contre le fatum, il ne pouvait jamais être victorieux. De là le sens profond, l’idée fondamentale de la tragédie antique. Il y avait du vrai dans cette croyance, mais du vrai faussé, exagéré, défiguré, c’est-à-dire que l’homme tombé en effet sous le joug du mal ne pouvait par lui-même s’en dégager et rétablir son rapport avec Dieu. Mais cette fatalité n’était point absolue : il pouvait par l’exercice convenable de sa raison et de sa liberté se disposer à recevoir le secours et le Sauveur qui lui avaient èté promis aussitôt après sa chute, et dont on retrouve l'annonce et l'espérance chez tous les peuples sous une forme ou sous une autre. C'est pourquoi l'Église enseigne que. bien qu’en dehors du christianisme l'homme ne puisse arriver à la participation de la vie éternelle ni à la plénitude de la perfection morale, il peut cepen-

dant, par l'exercice régulier de sa raison et de sa li- © berté, parvenir à une certaine connaissance de la vé-

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