‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 45 sur 69 · PET · texte numérisé non relu

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ere aux hou qui décide ce qu il faut faire ou ne pas faire, le grand nee calégorique, si lon veut. II faut une autorité quelconque au bout de toutes choses, - et si ce n’est pas Dieu, ce sera l’homme, la raison de

l’homme, ou plutôt la faculté de l'absolu, la raison

impersonnelle, comme on l'enseigne de nos jours au nom de la philosophie. La raison impersonnelle doit . être la raison de tout le monde et de personne, ce qui

est déjà diflicile à comprendre. Et puisqu'elle est l’o-

racle qu’on nous propose, on ferait bien de nous dire

où l’on pourrait aller le consulter. Je connais ma raison, je connais la vôtre; mais la raison du genre humain, une -et impersonnelle tout ensemble, je ne la connais pas.

Dans l’ordre moral on en a fait autant. Pour avoir quelque chose de définitif, on a substitué la conscience à Dieu, comme les naturalistes mettent la nature à la place de la Providence. Alors on fait de grandes phrases sur la conscience qu'on encense, et à laquelle on a l'air

. de rendre une espèce de culte. On la déclare souveraine,

universelle, absolue, indépendante, infaillible; on la

. fait la reine, la divinité du ciel et de la terre, en se ré-

servant toutefois d’être son ministre et son interprète.

Loin de nous la pensée de diminuer l'autorité de la conscience et de contester ses droits; elle a une grande puissance pour empêcher le mal; mais enfin celte puissance n’est ni absolue ni infaillible, et la preuve, c'est qu’elle trompe et se trompe tous les jours; c’est qu'il y a des consciences de toutes sortes, vraies et fausses, certaines et douteuses, scrupuleuses et larges; il y en a de simples, de doubles, de triples; 1l y en a même qui

sont comme des protées ou des caméléons, changeant de forme, d'aspect et de couleur en raison de la pression

Le

du moment ou de la puissance du jour. Comment à une chose si relative, si changeante et si multiple accorder l’universalite, l’absoluité, l’immutabilité?

. C’est pourquoi j'admire la sagesse de Dieu et je remercie sa bonté de nous avoir donné deux moyens, l’un subjectif et l’autre objectif, pour former notre raison spéculative et morale. Dieu, si je puis parler ainsi, nous a pris par tous les côtés, par Pintérieur et par l'extérieur. En même temps qu'il mettait en nous ces hautes facultés par lesquelles nous pouvons connaître la vérité, 1l posait devant nous par sa parole et objectivement cette même vérité, mais seulement, qu’on le remarque bien, en ce qu'il nous est nécessaire de savoir pour la conduite de la vie et relativement à notre fin dernière. Quant au reste, en ce qui concerne le monde et la science du monde, il Pa abandonné aux disputes des hommes : #radidit mundum disputationibus eorum.

À la morale et au salut, la chose uniquement nécessaire, il y a pourvu admirablement. Il a daigné éclairer la conscience supérieure de l’homme, ou former sa syndérèse, en lui donnant le décalogue qui est le fondement de toute morale religieuse et humaine, et pardessus Le décalogue, et pour l'expliquer et le compléter, le commandement nouveau du christianisme, la charité. Cela n’a pas encore suffi à sa bonté. Connaissant la faiblesse et la pesanteur de notre esprit, et la lettre morte ne servant de rien, mais tuant au lieu de vivifier si l'esprit ne s’y joint, il ne s’est point borné à nous mettre entre les mains un livre où nous verrions tout ce que nous voudrions, et où bientôt nous ne verrions plus rien. Dieu à vu qu'avec un livre il faut un enseignement, qu'avec un écrit il faut un maître qui l'explique et le fasse comprendre ; et c’est pourquoi il

À a dés l’origine, institué divinement une autorité chargée d'expliquer sa parole et de former la conscience morale des hommes, une autorité enseignante et directrice, un vrai pédagogue de l’humanité. Cette autorité est l'Église, qui doit diriger le genre humain par sa discipline générale, et ensuite se faisant toute à tous, petite avec les petits, donner un maître, un directeur à chaque âme, pour que tous puissent former leur conscience dans la pratique, pour que chacun, outre la connaissance générale du bien et du mal, du juste et de l’injuste donnée par la loi, trouve une lumière et un guide dans les difficultés de la vie, et puisse savoir sûrement ce qu'il faut

faire ou éviter. C est ce qu’on appelle la direction spi-

rituelle.

il y a donc dans l'Église comme une incarnation de la morale. L'Église, c'est la morale vivante, la morale qui s’est faite homme, afin de diriger les hommes, nonseulement par la loi divine dont elle est le dépositaire, et qui leur impose tous les commandements nécessaires, mais encore par toutes les institutions utiles à leur perfectionnement et à leur salut, par le zèle et la sollicitude de ses ministres, qui enseignent et exhortent les âmes en général par la prédication, les soignent en outre et les conduisent chacune en particulier, les consolant,

les éclairant et les forüfiant par les grâces divines dont ils sont les dispensateurs. Je dis que c’est là une chose admirable, qui n’a pu être établie que par la sagesse de Dieu, et qui durera toujours, comme ce qui est divin.

Conscience vraie. — Conscience douteuse. — Conscience certaine. — Conscience scrupuleuse et origine des scrupules. — Conscience largeou

trop facile.

Nous avons commencé à exposer ce qui concerne la

conscience morale, ce qu’elle est en elle-même, com-

ment on l'appelle dans le langage ordinaire qui est tou- - * - jours figuré, les conditions de son développement, et enfin son autorité, qui est absolue quand elle défend; car il n’est jamais permis d’agir contre sa con “4 [n’en est pas de même, nous l'avons vu, pour ce qu “elle 4

peut commander ou conseiller. On n’est pas tenu de faire tout le bien que la conscience inspire, pas plus

qu’en n’est obligé de dire toutes les vérités qu’on sait.

; États divers de la conscience morale, — Conscience erronée ou fausse. —

PR

La conscience n’est donc ni souveraine ni infailhble, et

pourquoi le serait-elle, puisqu'elle n’est que la raison humaine appliquée à discerner le bien et le mal, le juste. 1 L'eU injuste ? Si la raison est faillible, là conscience doit « … l'être aussi. Elle est si peu infaillible que les théologiens | distinguent plusieurs espèces de consciences, la cons- # . cience erronée ou fausse et la conscience vraie, la cons- … cience douteuse et la conscience certaine, la conscience :

scrupuleuse, la conseience large, la conscience probable

= + où improbable. Nous allons expliquer ces distinctions.

Qu’ est- -ce qu' une conscience erronée ou faussée, une fausse conscience? Il est évident qu’il en existe, Nous voyons tous les jours des hommes qui font des fautes, qui commettent des crimes avec une certaine bonne foi. Ils ne croient pas mal faire, ou du moins ils croient faire un mal moins grave que celui qu’ils font réelle . ment. Îl y a donc là une erreur de conscience, une cons cience erronée, faussée. ES Il ne suffit donc pas de dire : ma conscience me : . pousse à agir ainsi, elle m’inspire telle action. Il faut dis- cuter sa conscience, car elle peut être égarée par les pré- à “jugés, les préventions, les habitudes, les passions, les : désirs, les intérêts, l'opinion, toutes choses qui la trou- blent et l’égarent trop souvent. Or, cette discussion est d'autant plus nécessaire ici qu’il ne s’agit pas de spécu- .. lation, mais de pratique. Quand l'erreur est dans l'es prit seulement, c'est déja un malheur assurément, car : toute erreur est chose fâcheuse. Mais s’il s’agit d'actions, de conduite, de mœurs, l’erreur devient bien plus grave, et elle a de tout autres conséquences. Comme nous agissons en raison de nos pensées, de nos croyances, de la conscience que nous nous formons sur le bien ou le mal, si notre conscience est fausse, elle nous mêne dans une mauvaise voie, une voie d'autant plus mauvaise que nous y avançons avec plus d'assurance, quand nous sommes de bonne foi. En outre, ïl devient plus difficile alors de reconnaître le mal commis, d'en + avoir des regrets, du remords. La voie du retour est > fermée, ou du moins elle est plus embarrassée, Une fois . engagés dans une fausse route, on ne sait pas où elle + aboutira; car personne ne peut déterminer où l'erreur entraine. L'erreur étant une déviation du droit che - min, plus on avance, plus on se fourvole, et si lonne :

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