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S à MU CHAPITRE XIV.
s’en aperçoit pas, le mal s’accroit en marchant, crescit eundo. | |
La conscience erronée peut l’être de deux manières: ou elle se représente comme un mal ce qui ne l’est pas, c’est le moindre inconvénient; ou elle se figure comme indifférent ou même comme honnête ce qui est mal. Le premier cas est celui des scrapuleux, comme nous le verrons plus bas, et le second est le fait des consciences larges. * |
Les théologiens sont d'accord sur plusieurs points en ce qui concerne la conscience erronée. Ils distinguent celle qui est erronée d’une manière vincible, et celle qui l'est invinciblement; et par erreur invincible, on entend celle où l’on se trouve engagé avec une entière bonne foi, sans même le soupçonner, ce qui ôte responsabilité et imputabilité. Car nul n’est tenu à l'impossible, et quand on a fait pour s’éclairer tout ce qu’on pouvait moralement, ou plutôt quand on n’a pas même cherché à s’éclairer, par cela même qu’on se croyait dans l'ordre, qu’on ne soupçonnait pas le mal, on n’est pas responsable, parce que les actes produits dans cet état d’ignorance n’ont été ni directement ni indirectement voulus. Ils peuvent être matériellement mauvais, ils ne le sont pas formellement, c’est-à-dire que si vous les rapprochez de la loi, si vous les comparez à la règle des mœurs, ils sont en opposition avec elle; mais si vous les appréciez par l'intention de l’agent, laquelle est.en définitive la règle prochaine de la moralité, ils sont bons, s'ila cru faire une bonne action.
Il est souvent difficile de déterminer le cas d'erreur invincible. Dans nos sociétés civilisées, où il y a tant de moyens de s'instruire, où les idées morales rayonnent et pénètrent partout, par l'éducation, par la législation,
par les livres, et surtout par opinion, où l'influence du Chritianisme s'inliltre de toutes parts et sous toutes les
formes, il paraît malaisé, en fait de morale, de prétexter des erreurs invincibles.
L'erreur, l'ignorance viennent principalement de l'imprudence, de la légéreté, du défaut d'instruction, de la paresse, de la précipitation à juger, et surtout de la négligence à s’instruire, soit qu'on ne cherche point la vérité, soit qu’on ne la reçoive pas quand elle est offerte, soit qu'on la redoute à cause des obligations qu’elle impose. Dans tous ces cas il y a erreur vincible, et par conséquent culpabilité.
En général l'erreur est toujours vincible dans les devoirs d'état; car, pour exercer une profession, tout homme sait qu’il doit s’y préparer, et acquérir l’instruc-
. tion nécessaire et la capacité requise pour s’en acquitter
convenablement. Ainsi, un médecin qui n’aurait point fait sérieusement ses études médicales, qui aurait négligé de s’occuper d'anatomie, de pathologie, de suivre lé
. cliniques, d'étudier la a l'action des médicaments
sur l'organisme, et qui ensuite, dans la pratique, com-
mettrait de funestes bévues, ne pourrait pas prétexter une erreur invincible. Cependant, il faut le reconnaitre,
1] y a de ces erreurs en médecine. Ceux qui s’en sont
occupés savent très-bien qu’il se rencontre des maladies
dont le siège est profond, qui n’ont pas de signes évi- . dents, de symptômes saisissables, et qu’il est impossible
de soupçonner. On ne pressent même pas où est le foyer
. du désordre. Il ne se révèle que par l’autopsie, qui cons-
tate trop tard les ravages du mal. Alors, évidemment,
le médecin n’est pas responsable.
Quand l'erreur est vincible, c’est-à-dire quand elle
pouvait être évitée, elle n’excuse plus. La conscience