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ment. Ils n'avaient songé qu à décider spéculativement - cette question : une opinion probable, par cela seul . qu’elle est probable, c’est-à-dire digne d’être approuvée, . ne suflit-elle pas pour agir en conscience ? - N'est-on pas autorisé à faire ou à ne pas faire, quand » on à des raisons qui paraissent suffisantes ? Dans la di- - rection spirituelle, dois-je obliger une âme à se ranger . toujours du côté de la loi, même quand il n’est pas - sûr qu'elle existe, et si elle se croit suffisamment en . règle et en sécurité avec une opinion probable, puis-je lui en imposer une autre plus probable? Voilà ce qui fit naître le probabilisme, qui, on le voit, est excessivement pratique.
__ On entend communément par opinion probable celle . qui est approuvable, et qui, pouvant être adoptée sans danger aucun, exclut par cela même toute opinion con- traire. C’est le bon sens. Mais on en est arrivé dans cer- taines écoles à considérer la probabilité en soi, et à y trouver, pourvu qu’on n en sorte point, une raison suf- . fisante d'agir, quelles que soient les raisons différentes ou contraires, à la fois plus probables et plus sûres. Là est - l'erreur du faux probabilisme, et le principe du relâche- * ment et de la licence qu’il a produits. On a été encore - plus loin; car une fois sur cette pente, dans cette voie d'erreur et de laisser aller, on ne s’arrête pas facilement.
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+ trinsèque. La probabilité intrinsèque existe quand jai * un certain nombre de raisons pour admettre une opinion. La probabilité extrinsèque existe quand une opinion est * avancée et soutenue par des auteurs graves. Mais combien en faut-1l pour la rendre probable: Les uns ont 1 dit : vingt ; d’autres dirent : seize; enfin il y en eut qui
pas que ces auteurs aient voulu favoriser le relâche-
- On s’est dit : il y a deux probabilités, mtrinsèque et ex-
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affirmèrent qu'un seul suffisait. Cela paraissait un peu fort. Comment! un seul docteur, une seule autorité pourra vous confirmer dans une manière d'agir opposée à la conduite commune ? On répondit : oui, car c’est un homme grave, et qui a beaucoup étudié la matière. Il a sans doute de très-bonnes raisons pour penser de la sorte, et s’il a mis en avant cette opinion, pourquoi ne la soutiendrais-je pas aveclui? Les autres théologiens répliquérent que, d’après l’usage commun, il fallait au moins seize docteurs autorisés pour donner à une opinion une probabilité suffisante. — Les probabilistes ne se sont pas tenus pour battus. Soit, ont-ils dit, nous allons vous les trouver, et ils trouvèrent en effet seize docteurs qui, dans une consultation, déclarèrent à l’unanimité qu’il n’en fallait qu'un. La cause était gagnée.
Cependant ce faux probabilisme a été jugé et condamné à Rome. Le pape Innocent XI a proscrit en effet la proposition suivante, qui contient la substance du mauvais probabilisme : « Generaliter dum probabilitate sive intrinsecà, sive extrinsecà, quantumvis tenui modo à finibus probabilitatis non exeatur, confisi aliquid agimus, semper prudenter agimus. » En général toutes les fois que nous faisons un acte en nous appuyant sur la probabilité soit intrinsèque, soit extrinsèque, quelque petite qu’elle soit, pourvu que nous ne sortions point des limites de la probabilité, nous agissons prudemment.
On sent à première vue combien cette proposition est dangereuse. Car d'abord, qu'est-ce que la probabilite ? Où en sont les limites? Et puis, une probabite, si petite qu’elle soit, qui suffit pour autoriser les actions les plus importantes! Il est impossible de mettre plus de légèreté, plus d'imprudence dans des choses aussi graves.
| Cette doctrine a encore été condamnée en 1700 par 4 D mblée du clergé de France dans la proposition . suivante: « In quæstionibus de bono et malo, licito vel illcito, jure divino vel humano, potest quis sequi opi- > nionem minus probabilem, minusque tutam, relictà probabiliore et magis tutà, etiamsi notà ut tali. » Dans - les questions sur le bien et le mal, sur la licité ou l’illi- . cité des actes, sur le droit humain et sur le droit divin, chacun peut suivre une opinion moins probable et moins sûre, en abandonnant celle qui est plus probable et plus sûre, même reconnue comme telle. Enfin cette doctrine a contre elle l'Écriture et la raison. L'Écriture dit: Qui amat periculum in illo peribit, celui qui aime le danger y périra. Quand en face - du plus probable et du plus sûr on a la témérité de prendre le moins probable et le moins sûr, il n’est que trop clair qu’on cherche à satisfaire ses passions, ou au moins à s exempter de la gêne de bien faire. On aime - donc le péril, et on court risque de se perdre. + Quoi encore de plus opposé à la doctrine chrétienne qui dit: regnum cœlorum vim palilur, violenti rapiunt illud ? Le royaume des cieux souffre violence, 1l n’y a que ceux qui s'imposent violence à eux-mêmes qui le gagnent. Ce n’est pas avec ces maximes relâchées, et ces habitudes d'indulgence, de faiblesse pour soi, qu’on . peut avancer dans la vertu. Sans doute il y à souvent » des concessions à faire, surtout aux âmes fubles et en- * gagées dans le péché, en raison de leur bonne volonté . de le quitter; mais ces temperaments ne sont accordés que pour les aider à se détacher du mal et à revenir à Dieu.
- Saint Paul a dit: Omne quod non est ex fide percatum est, tout ce qui ne se fait pas avec foi est péché. Je le
demande à peut-on agir avec conviction quand on sait que lopinion se on adopte est la moins sûre, la moins | probable, et qu’on s'expose ainsi à mal faire? N’est-il
pas impossible de prétexter la bonne foi dans ce cas ? La raison aussi condamne formellement une telle manière de juger et d'agir, comme contraire à la sin-
cérité et à la prudence. il est évident que, si on est con= vaincu qu'une opinion est moins probable et moins
sûre, on ne peut ni la soutenir ni la suivre sincèerement.
C'est une imprudence qu’on se garderait bien de com=. mettre dans les affaires humaines. Car enfin dans vos. affaires d'intérêt adopteriez-vous une opinion moins
probable et moins sûre en face d’une autre plus probable et plus sûre? Non, certainement, vous prendrez toujours !
le parti le plus probable, et surtout celui qui exposera
le moins votre fortune. Eh bien, ce que vous faites pour
votre argent, ne le feriez-vous pas pour votre âme? De ce faux probabilisme sont sorties toutes sortes
d'opinions singulières, de maximes relâchées, qui ont »
porté un grand préjudice aux bonnes mœurs, et ont donné lieu à un livre célèbre, que je ne veux pas nommer ici, parce que je serais obligé dedire qu'avec un style
merveilleux, et qui n’a point d’égal, ne s y trouvent pas |
toujours malhiuréusement la charité et la bonne foi. 2% Deuxième question. Est-il permis de suivre une
opinion moins sûre, mais plus probable, en face d'une
plus sûre et moins probable ? Oui, car notre conscience
doit se décider par les raisons les plus fortes et les plus «
nombreuses. L'opinion peut être moins sûre, mais nous “4 ne sommes pas tenus au plus sûr, quand nous ayons pour »
nous la plus grande probabilité. L'opinion contraire a
été condamnée à Rome par Alexandre VII, savoir: « « Non licet sequi opiniones vel inter probabiles, pro-
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Ébabibssinns. » IL n’est pas permis de suivre, en fait | d'opinions probables, même les plus probables toutes . les fois qu’elles sont moins sûres.
L'assemblée du clergé de France a condamné égalepoocnt cette doctrine dans la proposition suivante : - « Absit vero ut probemus errorem eorum qui negant
‘licere sequi opinionem, velinter probabiles, probabilis- . simam, » Loin de nous la pensée d'approuver l’erreur . de ceux qui prétendent qu'on ne peut suivre l'opinion . la plus probable parmi les probables. | . Ces décisions ont été rendues contre les jansénisies, * qui, comme on le sait, se distinguaient par un grand
rigorisme. Îls ont été, dans le cas qui nous occupe, condamnés pour leur excessive rigidité; car ils sou- tenaient, et soutiennent encore, que dans tous les cas il faut prendre le parti le plus sûr, ce qui est une doc- - trine désespérante. C’est comme si l’on prétendait que . dans tous les cas il faut aspirer au plus parfe fait. Qui est capable du plus parfait? On n° y arrive qu après beaucoup d'efforts et de travaux, après une vie d’abnégation » et de sacrifices. L’exiger de prime abord, ce serait de- * mander à un pécheur de devenir tout d’un coup un saint. Gardez-vous donc avec les pécheurs d'imposer toujours le parti le plus sûr. Commencez par le plus convenable à leur situation, le plus approprié à leur faiblesse. Autrement, vous certe d'eux ce qu'ils sont incapables de faire, et sous le prétexte de les mener à la perfection, vous les jetterez dans le désespoir.
Il est donc décidé qu’on peut suivre en pratique le parti le plus probable, quoique moinssür, sauf cependant les exceptions où la probabilité ne peut plus s'appliquer. Ainsi, en ce qui concerne le salut et les moyens - absolument requis pour y arriver, pour ce qui touche à
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