‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 53 sur 69 · L. où 27, CR · texte numérisé non relu

L. où 27, CR

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392 FENECRAPITRE XV:

la validité des sacrements, la probabilité n’est point admissible. Les sacrements ont une vertu déterminée, positive, et qui agit à certaines conditions, que la probabilité ne peut jamais combattre n1 suppléer. De même pour tout ce qui peut compromettre la vie des hommes et leurs droits, par exemple dans l'exercice de la mêdecine ou de la judicature. On avait été jusqu’à soutenir qu'un médecin n’est pas obligé, dans son traitement, de choisir la médication la plus probable et la plus sûre, pourvu qu’il en adopte une probable, même quand il la supposerait moins sûre. Îl a été décidé qu’il est toujours tenu d'appliquer le remède le plus probable et le plus sûr. Les probabilistes relàächés sont allés jusqu’à dire qu'un juge n’est pas obligé d'adopter lopinion la plus probable, pourvu qu'il en prenne une probable, et qu’il ne sorte pas des limites de la probabilité. Il pourrait, disait-on, juger d’après une opinion suffisamment probable, même quand des raisons plus fortes lui démontreraient que la justice est de l’autre côté. Il s’est même trouvé des probabilistes qui ont osé affirmer » qu'un juge pouvait, sans blesser sa conscience, recevoir des présents et juger sous cette influence, qui devenait une raison de plus pour se former une opinion probable. — Toutes ces assertions ont été formellement con- « damnées par l'Église. :

Enfin, il y a encore des cas où l'opinion la plus sûre doit être suivie, par exemple, si l’on s’y est obligé par une convention, par un vœu, par l’obéissance promise à un supérieur.

3° Troisième question. Entre deux opinions également … probables, est-il permis d’embrasser la moins sûre ? Oui. Il est vrai qu'ici les théologiens se divisent en deux camps, les tutioristes d’un côté, et les probabi-

listes modérés de l’autre. Les tutioristes disent comme les jansénistes : On doit toujours adopter le parti le plus sûr, quel que soit d’ailleurs le degré de probabilité. Les probabilistes modérés répondent : Quand les opinions sont également probables, on peut admettre celle qu’on veut, puisque la probabilité'est égale des deux côtés. — La controverse a été trèés-vive de part et d’autre, et elle continue encore. C’est qu'on se fonde des deux côtés sur d'excellentes raisons, sur des axiomes, sur des principes, dont chacun tire des conséquences favorables à sa manière de voir. Ainsi les tutioristes s'appuient sur cet axiome : /n dubio tutius est eligendum, dans le doute on doit choisir le plus sûr. Si vous admettez qu’il y a probabilité égale des deux côtés, il y a doute, donc vous devez choisir le parti le plus sûr. [ls semblent avoir raison, mais c’est ici comme au barreau, où le dernier qu’on entend paraît victorieux. Écoutons maintenant les autres. [ls mettent en avant deux principes incontestables aussi : 4° Lex dubia non parit obligationem certam, une loi douteuse n’engendre pas une obligation certaine. Il est évident que si on doute de l’existence de la loi, ou si elle n’a pas été suffisamment promulguée, on n’est pas obligé de la suivre. Or dans l'hypothèse présente la loi n’est pas certaine, elle est douteuse. Donc elle n'oblige pas, donc je puis suivre le parti que je veux. 2° Ils en appellent encore à un autre principe : {n dubio melior est condilio possidentis, dans le doute, la condition de celui qui possède est la meilleure. Or, il y a doute sur la loi, puisqu'il y a deux probabilités égales. Telle opinion probable dit qu'on peut agir ainsi, telle autre également probable affirme qu’on peut faire le contraire; donc la loi est douteuse, donc ma liberté possède et donc sa condition

est a meilleure, je puis choisir le parti qui me plaît. 20 Heureusement qu’il y a dans ce monde une auto-

rité instituée divinement , et c’est ici qu’on en reconnaît le bienfait. La question a été jugée à Rome, mais pour la pratique seulement. Car l'Église toujours sage discerne et régle dans ces-cas ce qu’il faut faire dans Ja réalité, et laisse la question spéculative aux agi- - tations des écoles. Le probabilisme modéré n’a jamais

- été condamné ni directement, ni indirectement; donc.

il peut être enseigné et appliqué. En outre, Pie VIF a

confirmé le décret de la congrégation des rites, qui. déclare qn’on n’a rien trouvé à reprendre dans les

écrits de saint Liguori, principal défenseur du probabilisme modéré,

Enfin à une question alrossée au grand pénitencier par le cardinal de Rohan, archevêque de Besançon, savoir, si un professeur de théologie morale pouvait dans son enscignement suivre Liguori, il a été répondu aflirmativement ; et si un confesseur, qui applique cette doctrine à la direction des âmes et dans le saint ministère de la confession, pouvait être inquiété, il a été répondu

négativement, sans cependant qu’on doive regarder

comme répréhensibles les opinions contraires, soutenues par des docteurs approuvés.

Ainsi il est permis de combattre le probabilisme, mais

non de le condamner. Il est permis aussi de l’appliquer dans la direction des consciences, et nous ajouterons que

cela est non-seulement permis, mais très-utile et très-

efficace. Car il n’est pas possible de diriger les âmes,

surtout celles qui ont été longtemps engagées dans le

mal, et qui en sont très-affaiblies, il n’est pas possible de les ramener à la santé morale, au bien, à la vertu, sans employer cette doctrine et ses moyens. On ne

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traite pas les âmes dans la pratique comme les ques-

- tions dans l’école. Ces hommes si sévères, les lutioristes,

les jansénistes, étaient bien plus des hommes de théorie que des hommes de direction. Or, dans les affaires de conscience, quand on doit conseiller, guider, soutenir, guérir des hommes faibles ou passionnés, on n’est point placé seulement devant la vérité d’une manière spéculative , mais devant une pauvre âme qui est dans le mal, dans l'erreur, sous le joug des passions ou de

lhabitude, et qui a beaucoup de peine à s’en détacher.

Il faut donc la porter à des efforts successifs et mesurés, la mener pas à pas, la prendre, la soulever

peu à peu, la ramener d’abord à la justice, puis à la

vertu, et enfin, s’il est possible, au plus parfait, Mais si au début vous voulez la pousser à labnégation complète, au sacrifice le plus entier, vous lui demanderez

ce qu'elle ne peut faire, et pour vouloir trop gagner

vous n’obtiendrez rien.

Voilà pourquoi on ne peut pas recommander aux confesseurs trop d’indulgence, de bienveillance, de concessions raisonnables. Je dis raisonnables, parce qu'ilne faut jamais tomber dans le relâchement, ni aller contre

la loi de Dieu. Mais tout ce qu’on peut ôter légitime-

ment à la sévérité de la loi par l'indulgence, on doit le retirer sans crainte, quand le salut d’une âme ou la charité le demande.

Telle est la conclusion morale de cette controverse, qui théoriquement ne finira jamais. C’est à chaque con-

” fesseur à former sa conscience à cet égard dans l’exer-

cice du saint ministère, et pour le rendre aussi fructueux qu’il le pourra.

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