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304 A RANCHAPITRE XVe | n’y a lieu ici ni à opposition ni à hostilité. Tout est : identique au fond, et ce qu’on appelle l’école théologique, qui est tout simplement la philosophie chrétienne, admet volontiers les deux formules comme exprimant une même vérité. Elle s'appuie à la fois sur le naturel et le surnaturel, et à ses yeux ils ne sont jamais en contradiction, parce que la vérité, qui se trouve des deux. côtés, ne peut se combattre elle-même. Le naturel, qui ne s'explique en définitive que par le surnaturel, sert de base à l’ordre surnaturel, et ils sont nécessaires l’un à l’autre dans la science comme dans la vie. Done, dire qu’une action est conforme à la loi ou à la volonté divine, c’est dire une seule et même chose; car la volonté divine, c’est la loi, non pas, si l'on veut, immédiatement en tant que volonté, mais comme ressortant de la nature même des choses, constituée par la volonte créatrice.
On dit encore qu’une action est bonne, parce qu’elle est conforme à la droite raison. Beaucoup de théologiens la définissentainsi, saint Thomasentre autres. Cette formule est exacte, mais elle a encore le même sens, Car la droite raison est celle qui discerne ce qui est vrai, ce qui est bien, ce qui est dans l’ordre, par conséquent conforme à la loi et à la volonté divine. C'est par la raison qu'on discerne la loi, qui est elle-même lexpression de la volonté divine. Donc en considérant les actes humains en eux-mêmes, il faut dire qu'ils deviennent moraux par leur rapport avec la loi qui doit les régler, bons s'ils lui sont conformes, mauvais s'ils lui sont contraires. |
Ya-t-il desactes indifférents, c'est-à-dire quine soient moralement ni bons ni mauvais? Il y en à sans aucun doute dans le sens abstrait; ear on peut concevoir des
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actes qui n'aient rien de commun avec la loi morale, et c'est pourquoi les théologiens ont distingué les actes humains des actes de l’homme. Cette distinction, singulière au premier abord, parce que d’après la grammaire ce qui est de l'homme est humain, est vraie cependant en un sens. Îl y a beaucoup d'actes faits par l’homme
- qui ne sont pas proprement des actes moraux, par
exemple, {ous lesactes instinctifs qui ne s’expliquent ni par la raison ni par la liberté; les actes purement physiques, qui n'ont rien à démêler avec la loi morale, bien que dans la vie réelle ils puissent prendre un sens moral par l'intention qui s’y attache.
Mais si on considère les actes dans celui qui les fait, il n’y en à plus d’indifférents ; ce qui résulte clairement de l'examen de l’acte concret et individuel.
Ici le sujet devient plus compliqué; car il faut entrer dans la réalité, et la réalité est toujours complexe. Considérés en général, les actes sent de l’histoire naturelle, des faits psychologiques. Mais quand on entre dans la vie, quand il s'agit de déterminer ce qu'il faut faire ou ne pas faire, et d'apprécier telle action pour savoir si elle est bonne ou mauvaise, les conditions du jugement deviennent multiples.
En effet, dans l’action, que vous voulez faire ou juger, il y a trois choses essentielles à considérer : 1° l'acte en soi, ce qu’on appelle l’objet de l'acte, à savoir si ce qu’on veut faire est conforme ou contraire à la loi: 2 l'intention de celui qui agit : c’est un nouvel élément que nous n'avons point encore examiné; car la description des vertus et des vicesne parle pas desintentions, elle est une exposition générale de tous les cas possibles sous le rapport moral, tandis que dans les faits individuels il faut regarder à la fin voulue. Pourquoi a-t-on
nr es en pe ne soit mauvaise par toits comme aussi une aclion, qui semble indifférente, est transformée par les motifs qui l'ont amenée, par la vue - quilPadirigée; 3°les circonstances dans lesquelles onagit,
manière dont elle a agi, les moyens qu’elle d'employés. M Tels sont les trois éléments dont il faut tenir compte " pour apprécier la valeur morale d’un acte individuel.
le temps, le lieu, la personne, la qualité dela personne, la $
Prenons pour exemple l’aumône. L'eumône consiste
à donner à celui qui est dans le besoin un secours auquel = il na pas droit à titre de justice; car il n’y aurait pas aumône si c'était une dette à payer, ou une réparation à faire. C'est pourquoi ceux qui veulent que toutes choses appartiennent à tous n’admettent point l'aumône, # - et la regardent même comme une insulte. L’aumôneest M en soi une bonne action; car elle est conforme à la loi #
- autant qu'il est possible.
montre la différenceres deux sphères où nous nous sommes successivement placés. Considérée d’une manière
générale, l’aumône est toujours bonne; mais dans la pratique, ou dans le cas présent, on peut demander dans quel but elle est faite. A-t-on réellement en vue de soulagerla misère de son semblable? S'il en est ainsi, l’action déjà M » bonne par son objet l’est encore par l’intention. Mais a-tonuneautre fin, par exemple, l’ostentation, le désir de capter l'opinion publique, d'acquérir la réputation de |
fait, pour qu’on le répète avec des circonstances plusou moins honorables au donateur? Est-ce pour qu'on .. limprime dans les journaux, et qu’alors circule dans
- quiprescrit de donner au nécessiteux ce qui lui manque,
Mais quelle est l'intention de celui qui la fait?lcise
“générosité” Est-ce pour qu’on voie et loue ce qui a été
22 toutes 1 Dodhee ie nom “de unes personnes
qui font beaucoup de bien? Cela n’est pas impossible. L.
I est évident que dans tous les cas l’action est moins bonne, parfois même mauvaise. Car que veut, que
“cher de alors celui qui donne? Il cherche, non pas l objet | . de Faumône, qui est le soulagement de son semblable,
mais sa propre gloire, sa réputation, ce que dira de lui
. Popinion publique, et par conséquent ce n’est plus la fin
intrinsèque de l'aumône qui caractérise son action, mais la fin extrinsèque qu’il se propose, et par là son action devient intéressée. Aussi l’Apôtre dit-il : Quand …
je donnerais tout mon bien aux pauvres, si je n'ai
la charité, je ne suis rien. Car même en donnant tout votre bien, si vous n’avez en vue qu’une vaine gloire, vous vous cherchez vous-même et nullement le soulagement des pauvres; ce n’est plus la loi que vous
aimez, ni l’accomplissement de la loi que vous voulez,
mais votre intérêt.
. Les circonstances peuvent aussi modifier notablement les actions morales, et même changer lear nature et leur espèce, comme nous le verrons plus tard. Par exemple, un riche fait l’aumône; s’il donne largement, ce qui n'arrive pas toujours , il ne s'impose pas un grand sacrifice, car il donne de son superflu. Cependant c’est toujours une bonne œuvre. Il y a un bien
. matériel produit, puisque ce qu’il donne va soulager
l'indigence , il y a même un bien formel, s’il veut pardessus tout être utile à son semblable. Considérons maintenant la pauvre femme de l'Évangile, que Notre-
Me Seigneur montre à ses apôtres mettant dans le tronc sa
petite pièce de monnaie, Les riches en passant y je-. taient des pièces d'or et d'argent; la pauvre veuve, qui - n'avait qu’un denier pour toute fortune, en fait l'of-
368. Ar 7 CHAPITRE” XYL frande; vous voyez cette pauvre femme, dit le Sauveur, en donnant le peu qu’elle avait, elle a donné plus que tous les autres ; car ils ont donné de leur superflu, elle de son nécessaire. | |
On voit ici comment une circonstance peut modifier un acte, en agrandir la vertu ou le vice. Ainsi, pour citer encore un exemple, il y a des gens qui font l’aumône avec l'argent des autres. Tous ceux qui donnent, et ne payent pas leurs dettes, sont dans ce cas. Que chacun fasse donc un retour sur lui-même, et se demande sil a toujours été juste avant d’être charitable, et si, tout eu donnant ce qu’il ne devait pas, ila commencé par payer ce qu'il devait. Hélas ! il en est ainsi plus souvent qu'on ne pense; car beaucoup d'hommes ont un bon cœur, mais peu de tête dans le gouvernement de leurs affaires, et toujours disposés à secourir un pauvre qui les implore, ils font attendre au contraire leurs ouvriers ou leurs créanciers. L’aumône, dans ce cas, devient une injustice ; car on donne ce qu'on ne possède pas.
L’appréciation des actes moraux n’est donc pas toujours facile, parce qu'il faut tenir compte des trois éléments qui y concourent, déterminer la part de chacun et comment ils se combinent, pour juger le caractère de l’action bonne ou mauvaise. Dans tous les cas voici une règle sûre : Pour qu’une action soit moralement bonne, il faut qu’elle le soit dans ses trois élémeñts, savoir, dans son objet, dans les circonstances et dans la fin. De là l'axiome des anciens théologiens : Bonum ex integra causa. Le bien se fait par l’accomplissement de toutes ces conditions. Si une seule manque, l’action est viciée. Ainsi vous pouvez vouloir une chose bonne en elle-même; mais si en la faisant
vous avez une mauvaise intention, ou que dans votre manière de l’accomplir survienne une circonstance qui la vicie, elle cesse d’être bonne, elle devient mauvaise ou moins bonne. De là cet autre axiome : Malum ex quocumque defectu, vel tenui. La moindre défectuosité dans les conditions nécessaires à la bonté de l’action lui ôte sa qualité morale, ou la vicie.
Nous examinerons plus loin ce qui concerne les circonstances et la fin. Il nous reste auparavant à considérer l’action bonne ou mauvaise dans son ensemble, À cette fin, nous allons poser plusieurs questions auxquelles nous tàcherons de répondre, afin d'éclairer l’application des règles dans les cas difficiles.
Première question. L'homme peut-il faire des actions si parfaitement bonnes, qu’elles ne soient mauvaises à aucun égard, c’est-à-dire des actions complétement conformes à l'ordre, à la règle, à la loi P
Les théologiens ont été partagés sur cette question, mais il est facile de les accorder. Il faut d’abord signaler, pour déblayer le terrain, une erreur fondamentale de Luther et de Calvin, à savoir que, depuis le péché originel qui a dépouillé l'homme des dons surnaturels et l’a séparé de la vie divine, il est tellement déchu dans sa volonté et dans sa raison, que par sa volonté pervertie il ne peut plus faire une bonne action, en sorte que toutes ses œuvres sont des péchés mortels, et que par sa raison entièrement obscurcie et bouleversée, il est incapable de discerner une seule vérité. D'où il suit qu'abandonné à ses seules forces naturelles, nonseulement il ne peut faire aucune action parfaite, mais encore il ne peut que pécher, et c’est une pure miséricorde de Dieu si ces péchés ne lui sont point imputés. Doctrine désolante s’il en fut jamais, qui a sa source
© CHAPIRE a
dans une o autre erreur à Jaquelle je ne veux pas re monter en ce moment, parce que cela nous entraînerait +2 ke trop loin et dans un autre ordre d'idées ! 0 C’est dans l’ordre moral une erreur semblable à … * celle qui dans l’ordre logique annule la raison hu- maine, C'est l'excès opposé à celui des pélagiens, que la volonté humaine est en elle et par elle-même capable de toute vertu, lequel correspond dans l'ordre spéculatif à cette autre erreur, que la raison peut ex= pliquer toute vérité par ses seules lumières; prétention ordinaire de tous les rationalistes. Cependant les faits et l’histoire montrent la fausseté de la doc- M __ trine luthérienne. Ainsi dans l'Ancien Testament on voit des hommes et des actes agréables à Dieu : l’innocence d'Abel, la sainteté d'Hénoch, la piété de Noë, l'obéissance et la foi d'Abraham. les vertus de Moïse etdes w prophètes, ete., ete. Il est donc certain qu'avant la . rédemption, et malgré le péché d'origine, l'homme M ‘pouvait accomplir de bonnes actions. | | = Mais, au fond, peut-il faire des actions si parfaitement | bonnes, si absolument vertueuses, qu’elles ne soient défectueuses à aucun égard? Qu'il puisse faire ce qui est agréable à Dieu, cela n’est pas douteux; qu'il puisse . discerner des vérités par sa raison, si faible qu’elle soit, on doit l'avouer; mais est-il capable d’embrasser toute la vérité, et de la voir purement, sans nuage, sans ombre, sans mélange, comme Dieu la voit? Non certai-
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nr nement. cela ne lui est pas possible dans les conditions M de sa nature et par la seule lumière de son esprit. [l'en 4 est de même de la vertu parfaite, il ne peut la réaliser. M
par les seules forces de sa volonté, qui est toujours plus ou moms ramenée sur elle-même par la faiblesse et la limitation de la nature créée. L'action parfaitement
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QUALIFICATION | MORALE DES ACTIONS. For
EE one serait celle. qui, complétement adéquate à la loi,
s’identifierait si entièrement avec elle, que l’agent disparaîtrait tout à fait, et n'aurait plus dans son acte
aucun retour à lui-même. O homme, quoi que vous
fassiez, vous agirez toujours pour obtenir un bien, pour voire bonheur. Oui, sans doute, vous voulez suivre la loi, parce que c'est votre loi, mais aussi afin de profiter des avantages qui y sont attachés, afin d’être dans l’ordre, et que l’ordre seul fait le bonheur. Vous voulez le bien, vous le cherchez, parce que vous avez besoin de nourriture, de secours, de soutien; car vous ne pouvez vivre de vous-même. L'homme, être fini et borné, est toujours dans le besoin, dans le manque, il a toujours faim et soif dans son âme comme dans son corps; par conséquent, il y a toujours dans ce qu’il fait un retour sur lui-même. Est-ce mal? Non, puisque nous sommes ainsi faits, et qu’en tant qu'être finis ou créatures, nous ne pouvons pas être autrement. Îl y a quelqu'un, et il est le seul, qui accomplit la loi sans rien demander pour lui, c’est celui qui l’a faite, et pourquoi ® Uest qu'il a tout en lui-même et n’a pas à s'inquiéter de sa subsistance ni de sa vie. Mais nous, êtres bornés parce que nous sommes créés, nous avons besoin de chercher notre nourriture, notre subsistance, et, comme dit le peuple, il faut que nous gagnions notre pauvre vie. Est-ce une faute? Non, c’est l’imperfection inévitable de l'être fini qui, n’existant point par lui même, est pressé par l'instinct conservateur à chercher sa subsistance hors de lui. L'homme la trouve dans son rapport avec Dieu, son principe et sa fin, en qui est le mouvement et la vie de son âme ; il la trouve dans l’accomplissement de la justice, qui accorde à chacun ce qui lui est dû; mais par cela qu’il est toujours affamé, tou-
DÉS : CHAPITRE XVI. z ;
jours dans le besoin, il éprouve aussi sans cesse le senti-
ment de sa faiblesse, et il se regarde inévitablement luimême. C’est pourquoi dans l'observation de la loi, dans la pratique du bien et jusque dans l’amour de Dieu, poussé aussi loin qu'il peut aller, il y a encore un retour sur soi, un rapport à soi, un intérêt propre, dominé sans doute par la loi, subordonné au bien, voulant avant tout la justice, mais enfin réclamant sa part et son pain du jour. Là est la solution de la fameuse question de l’amour pur. Évidemment Fénelon avait tort, et Bossuet raison. Bossuet, dans ce cas, a été plus profond philosophe que son illustre adversaire; il avait mieux connu la nature humaine. De cet amour pur ou complétement désintéressé, qui est une illusion de l'imagination , est sortie une mysticité subtile, trèsdangereuse, et qui a produit les excès les plus contraires à la mystique véritable. De là encore de pieuses exagérations , très-louables par le sentiment qui les inspire, mais qui seraient presque des hérésies si on les prenait à la lettre : Mon Dieu, je consens à ma damnation éternelle, pourvu que je vous aime, ou choses pareilles ! Comme si la damnation ne consistait pas justement à ne pouvoir plus aimer Dieu, comme sainte Thérèse disait de Satan : le malheureux qui ne peut plus aimer ! | Dans le monde, c'est la mode de prendre parti pour Fénelon. Il est convenu de trouver Bossuet sévère jusqu’à la dureté, sans cœur et presque sans charité. Ces jugements sont très-injustes, Bossuet n’était rien de tout cela. Sans doute il a plus de fermeté que Fénelon; mais en ce quiconcerne la vie intérieure, qu’on liseses Lettres spirituelles et l’on sera étonné d'y rencontrer ce qu'il y a de plus tendre et de plus affectueux dans un cœur de
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père, tandis que dans celles de Fénelon, si on v regarde , yreg
de près, on trouvera souvent de la sécheresse et beau-
coup de subtilité jusque dans la tendresse. J’admire et je respecte infiniment l'archevêque de Cambrai, surtout à cause des peines qu’il a éprouvées et de la
manière dont il les a portées; mais je ne puis pas ne
pas le dire en toute justice et avec sincérité, ces peines, il se les est attirées, puisqu'il y avait réellement dans la tendance de sa doctrine, bien que je ne veuille pas lui faire un procès de tendance, quelque chose de périlleux.
Deuxième question. Une action peut-elle être en même temps bonne et mauvaise?
Dans l’ordre spéculatif la négation est certaine; car une chose ne peut être à la fois vraie et fausse;
donc une même action ne saurait être bonne et mau-
vaise. Mais dans la pratique, dans un acte concret, où, comme nous l'avons vu, se mêlent tant d’éléments divers, il y a plus de difficultés. Car si l'action peut être bonne en elle-même, et mauvaise par sa fin et les circonstances qui l’accompagnent, ne pourrait-il pas se faire qu’elle fût bonne par un côté et mauvaise par un autre? Je citerai encore l’aumône, parce que cel exemple est le plus clair. Dans les choses subtiles de la casuistique, il faut toujours prendre des faits évidents.
Vous voyez quelqu'un faire l’aumône généreusement, vous êtes porté à dire: voilà une bonne action, cet homme est charitable. Un autre, qui le connait mieux que vous, dit : « Je sais bien pourquoi il donne aujourd'hui, c’est pour qu’on en parle demain. » L'action serait-elle donc à la fois bonne et mauvaise P Non, à coup sûr, il n’en n’est point ainsi, Mais voici ce qui peut arriver dans la réalité. Si l’une des conditions,
STE NT compte ave
soit l'intention, soit les LGV)
est ns ou dénaturé. ane he le cas cu, cet - homme est charitable en apparence; mais s’il cherche avant tout sa propre gloire, l’action devient mauvaise,» puisqu 1l Fu par les apparences du bien à à S ‘attirer :
vicié au fond, alors l’action reste hors dans son objet mas sa bonté est diminuée, ou, si elle est mauvaise, sa \ malice. : 4
Troisième question. Une action peut-elle avoir plu- #1 sieurs espèces de bonté ou de malice, être bonne ou. mauvaise à différents titres ? ;
Oui, car une action peut être bonne par son objet, » bonne par sa fin, bonne par les circonstances. On peut # faire l’'aumône et être charitable de plusieurs manières: 4 d’abord, pour faire du bien à son prochain, c’est la plus directe; ensuite, pour expier ses fautes, pour réparer des injustices. Alors on fait du bien aux pauvres, mais ® aussi à soi-même, par les privations que l’on s'impose et par la réparation accomplie, On peut encorele # faire pour donner un bon exemple au prochain et « l’'édifier. Donc cette action peut devenir bonne à ces trois titres, par le don, par l'expiation et par l’édification, et à chaque degré la bonté s’'augmente, se mulnl: 6 Prenons maintenant une action mauvaise, un vol, par « exemple. Voler est contraire à la loi de justice qui dit : Cuique suum, à chacun ce qui lui appartient. Done si vous volez, vous commettez une injustice. Mais si vous dérobez des vases sacrés dans une église, la circonstance … du lieu aggrave le vol, vous commettez en plus un sacrilége: à la mauvaise action s'ajoute donc une difformité
nouvelle. Mais si,en outre, celui qui fi un volsaer éden a
encore en vue d ‘employer le produit du vol à ue
. une mauvaise passion , l'ivrognerie, par exemple, une nouvelle faute s'ajoute encore aux deux premières; par
ES
consèquent l’action est mauvaise à plusieurs titres. Quatrième question. L'action extérieure ajoute-t-elle
h à l'acte intérieur, qui la dirige, un nouveau degré de E bonté ou de malice ? Les uns disent oui, les autres disent non,.et pour contenter tout le monde, s’il est possible,
nous disons oui et non, et voici comment. Rappelons-
+ nous que l'intention est réputée pour le fait toutes les
. foisqu'il y a impossibilité de l’accomplir ou dela réaliser. » Autrement, que ferait-on du sacrifice d'Abraham, qui
avait mis sur les épaules d’saac le bois nécessaire au sa-
. crifice, l'avait étendu sur le bûcher, et tenait le couteau
levé sur sa tête, au moment ou l’ange, arrétant son bras, lui dit que sa foi lui a été imputée à justice. Que feraiton de cette parole de Jésus-Christ : En vérité, je vous
le dis, celui qui dans son cœur a désiré la femme de son prochain est déjà adultère. Ainsi d’un côté comme de l’autre l'intention a la valeur du fait, dans le bien ou dans le mal, et par conséquent l’action extérieure, si elle venait à réaliser une intention si marquée, n'ajouterait rien à la bonté ou à la malice de l’acte intérieur. N'ou-
. blions pas cette belle parole de l'Évangile, parole si pro-
fondément philosophique : c’est ce qui sort du cœur qui souille l'homme; car du cœur viennent les mauvaises
__ pensées, les homicide. les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes. Ainsi
l’action extérieure reçoit toute sa malignité de l'acte intérieur et ny ajoute rien, toutes les fois que l’exécution a été impossible par des circonstances indépen-
tes de la volonté de l'agent , lequel est devant Dieu
SA RER ET ve
310 ee CHAPITRE XVI.
aussi méritant ou aussi Dirt ques'ilavait pu réaliser | ses intentions. LES Cependant il est très-vrai de dire qu'accidentellement | l'action du dehors peut ajouter quelque chose, non pas à l'essence de l'acte intérieur, mais aux circonstances … qui le déterminent davantage et lui donnent plus deréalité, et c’est pourquoi nous avons dit tout à l’heure : our » et non. Le non, nous venons de le voir, Le oui, levoici: … c’est que l’action extérieure complète l’acte moral, en le faisant passer dans le monde réel, et alors, considérée par rapport à celui qui la pose, comme par rapport à » ceux qui l'entourent, elle a des conséquences que l'acte ” intérieur seul ne peut avoir. Ainsi l'agent, qui exécute une volonté, doit la vouloir avec plus d'intensité; car M la réalisation demande du temps, des efforts, de la persévérance. Il faut réitérer son acte de volonté, pour l'installer au dehors par l’action physique au milieu des difficultés qu’on rencontre toujours. C’est une épreuve de plus pour la vertu.
En outre, il y a aussi une extension plus grande de « Pacte à cause de la durée indispensable à l’exécution. Il faut combattre, souffrir, ou s’évertuer plus longtemps … suivant les circonstances. Enfin l'intensité même de la volonté s’en augmente, parce que dans la continuité où la réitération de l'acte volontaire pour s’objectiver, on = réfléchit davantage à ce qu’on fait, on le veut aussi davantage pour aller jusqu’au bout et parvenir à lacon- … sommation. On s’arrête donc plus pleinement dans le ” bien ou dans le mal; la volonté a plus d’ardeur, l’intention plus d'intensité; c’est la différence de la puissance à l'acte, de l’idée à la réalité, is Puis, quand un acte est tombé dans le oui hes du temps et de l’espace, on ne peut plus le reprendre” É
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en résulte alors des choses fatales, des conséquences inévitables. Une parole échappée devient irrévocable, une action une fois accomplie, on ne peut plus la dé- - truire. Dès que la volonté est exécutée, elle tombe sous Ja juridiction de la loi civile. Elle rend passible de censure, de punition, de restitution, de réparation; - tandis que si vous n’avez rien posé extérieurement, vous - êtes insaisissable par le dehors. Par l’action réalisée on - se précipite dans la fatalité du monde physique; on est . engagé dans l'engrenage de la nature et de la société. C'est par là seulement que l’action extérieure ajoute - quelque chose à la qualité morale de l'acte, acciden- - tellement mais non essentiellement; car la vertu ou le vice de l’acte vient du dedans.
Il y aurait encore à examiner cette question : si l'évé- . nement qui arrive après Coup, en raison d’un acte posé, ajoute quelque chose rétroactivement à la bonté ou à - Ja malice de cet acte. Il est évident que si cet évène- . ment arrive indépendamment de notre volonté, et que - nous n'ayons pu le prévoir, il n'ajoute rien à la bonté mi à la malice de l’action. Mais si l’on a pu et surtout dû le : prévoir, il y ajoute sa malignité ou sa vertu. C'est pourquoi il est dangereux de se laisser aller à des actes lé- -gers, imprudents, dont les suites sont faciles à apercevoir, et que la passion ne veut pas regarder. On est responsable de toutes les conséquences qu'on devait prévoir, et que le mal commis pouvait produire. Aussi l'entrainement des passions est fatal, surtout si elles troublent ou ôtent la raison. Et même, dans toute - passion, quand elle va à l’extrême, la raison disparait dans le paroxysme du sentiment, dans l’exaltation de Vimagination. L'homme violemment passionné est jusqu’à un certain point en démence; car, dominé par une
+818 cn. pe QUALIFICATION MORALE
compos sui, “1 n te la conscience de ” personne. e possession de lui. Il est comme aliéné de lui-même, et alors, dans cette fascination et cet entraînement , quéE | ‘quefois avec de bonnes intentions il pose des actes fer.
tiles en consequences fâcheuses ou funestes, qu'il re- À trouvera plus tard. C'est pourquoi, on ne aol trop.
le redire, il faut de bonne heure apprendre à se contenir, à se maintenir, et ne pas lâcher les rênes de sa” -vie à Ce coursier fougueux qu'on appelle le jeune âge. « Dans la jeunesse on ne doute de rien, on est rite À à l'affirmation et à l’action par tous les instincts de. ‘1 l'âme et du corps; on est toujours prêt à parler et à « faire, on voudrait tout changer, tout renouveler, tout. À Derfechionner. On commence beaucoup de choses avec . 4 ardeur, et bien qu’on ait peu de persévérance et qu’on. aille rarement jusqu’au bout, on jette néanmoins des semences qui donneront leurs fruits. On pose une infi- … nité de paroles et d’actes qui ne resteront pas stériles, | et plus tard, à l’âge mür, c’est-à-dire à l'époque sérieuse | de la vie, on retrouve dans le champ de son existence: 4 toutes ” mauvaises herbes, toutes ces tristes “pas qui le dévorent et qu'il faut arracher, si l'on veut en. tirer quelque bien. Alors on consume souvent la: se conde moitié de sa vie à détruire la première avec tout … ce qu'elle a produit, et heureux encore quand en peut la détruire ou la réparer! ne
LES HO RRCE
| Importance des circonslances, ou conditions accessoires à Paetion, qui | peuvent en modifier ou même en changer la moralité. — Elles influent
sur la qualité morale des actes de trois manières, — Explication des
sept circonstances principales, quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, ë Vs quando ? — Circonstances aggravantes ou aflénnantes.
. Nous cherchons ce qui constitue la moralité des actes . humains, et ainsi comment on peut les apprécier au point de vue FA Pour cela nous avons distingué les actes - considérés d’une manière générale. et les actes indivi- » duels, en tant qu'ils sont faits actuellement par un agent - libre. Les actes généraux sont faciles à caractériser: il | suffit de les comparer à la loi qui les règle, et ainsi
3 autant il y a d'articles dans la loi, autant il y aura de
QE
* bonnes actions, si elles leur sont conformes, et d'actions | mauvaises si elles leur sont contraires. e
* Mais là n’est pas le plus difficile. Quand on veut con-
naître les maladies en général, on peut, sans beaucoup : | qui les classent en raison des phénomènes et des symp-
* tômes qu'elles présentent. Mais s'il s’agit de discerner et de caractériser une maladie au lit du malade, une
maladie spéciale, actuelle, vivante, là est la difli-
culté. Ainsi de nos actions. Les diviser et les classer
théoriquement esi chose facile; il l'est beaucoup moins
de juger une action actuelle, et de dire précisément . . ce qui la fait bonne ou mauvaise. Trois choses con-
de peine, consulter ie nosologies des nosographies
BD 2 CHAPITRE XVI. < courent à qualifier l'acte individuel , et à en déterminer la bonté et la malice, savoir: l'objet, les circonstances … et la fin; et l’action n’est bonne qu’autant que ces trois choses on bonnes, selon l’axiome : Bonum ex integra causa. Mais il suffit qu’une seule soit viciée et défectueuse pour que l'action le soit aussi, suivant cet autre axiome : Malum ex quocumque defectu.
.. L'objet de l'acte, c’est la chose à faire; car l’acte est la réalisation de quelque chose, ce qui est bon quand il est conforme à la loi. Mais cela ne suffit pas pour établir la moralité de l’acte, il faut encore tenir compte … des circonstances et de la fin. C’est ce qui nous reste
à faire.
Qu'est-ce que les circonstances dans une action? Dans tous les procès criminels, l'appréciation des circonslances, aggravantes et sente a une grande influence sur le jugement, sur la condamnation ou l’ab- | solution, et sur la proportion de la peine à infliger. Une circonstance , comme le mot l'indique, est ce qui est autour d’une chose, quod circumstat, ce qui, entourant de près une chose, la touche, la modifie jusqu’à un cer » tain point, non pas au fond précisément, mais par le dehors; ou bien, si l'influence de la circonstance arrive jusqu’au fond, c’est en passant par le dehors, en sorte que là modification imprimée peut être plus ou moins profonde. Il peut même arriver que par l'influence des circonstances une action change tout à fait de nature. D'autres fois elle n’est qu’augmentée ou diminuée dans | le degré de sa bonté ou de sa malice; d’autres fois en : core, il y a une bonté et une malice nouvelles qui se surajoutent, et viennent pour ainsi dire se greffer sur la bonté où la malice première de l'acte: ce qui fait un cas complexe.
ni après cch, on peut distinguer les circonstances en essentielles et en accessoires : les unes qui changent 4 jusqu'à un certain point la nature de l’action, les autres - quisimplement en augmentent ou eri en la bonté ou la malice. Cependant il faut avouer que ce mot de - circonstance n'est pas parfaitement exact; car la circonstance, désignant ce qui est alentour, et-par conséquent au dehors, semblerait impliquer une influence qui ne va pas au fond, et cependant la circonstance . peut, avons-nous dit, changer la nature de l’acte; ce qui met l'expression en contradiction avec la chose. Peutêtre ferait-on mieux de dire : les conditions de l’action, et encore faudrait-il toujours sous-entendre que ces conditions ne sont pas indispensables, et que l’acte peut exister sans elles : ce qu’on veut exprimer par le mot. de circonstances. | Expliquons par des exemples, car cette matière est subtile. ;
. C’est un crime ou un délit d'exercer une violence sur un homme, de le frapper, de le maltraiter; mais si l’objet de la violence est un père, voilà une circonstance qui modifie singulièrement l’action et la rend plus méchante. Cependant la nature de Pacte n’est pas changée, c’est toujours une violence. Mais celui qui en est l'objet étant le père du coupable, comme, pour se laisser aller à une telle extrémité contre l’auteur de ses jours, il faut avoir perdu le sentiment et le respect filal, et ainsi être dénaturé dans son cœur, il est évident que la faute est immensément aggravée par cette circonstance.
Allons plus loin encore : frapper son pére, c’est déjà : bien grave; mais sa mére! ah! une mère n'est-ce pas quelque chose d’horrible que de maltraiter sa mèrer
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et la pitié. C’est parce qu'il y a entre une mère et { son enfant quelque chose de si intime, de si profond, qui … tient tellement aux racines de l'existence, que se laisser w aller à violenter sa mère en paroles ou en actions, « c'est refouler la vie vers sa source, c'est aller contre toutes les voies de la nature et de te création , c’est À presque un blasphème, un sacrilége ; car c’est ES : verser le rapport le plus sacré qui puisse exister natu- *
turellement entre deux créatures. Cependant, au fond, il ny a qu’une circonstance de plus, mais elle ajoute | un crime à un autre.
Voler est toujours une faute, car il n’est jamais permis ÿ de prendre le bien d'autrui. La loi de justice dit: Suum cuique; par conséquent prendre à quelqu'un ce qui est | à lui, c’est agir contre la loi, c’est faire une action qui
Jui est directement contraire. Mais voler un riche? ily en a qui ne s’en font pas scrupule, surtout en temps de
révolution. Cependant, le crime est toujours un crimes. le délit est toujours un délit, et ainsi, que celui qui est
volé soit plus vo/able qu'un autre, ce n’est pas une raison …
pour qu'il soit permis de le voler: Son droit est aussi ,